Conso & Distribution

Tunisie : Magasin général regagne la confiance des investisseurs

Sur les rayonnages d’un supermarché © Hichem

Après une année 2011 difficile, le distributeur a regagné la confiance des investisseurs en dévoilant son partenariat avec le français Auchan. Et le voilà déjà qui lorgne le marché libyen.

PDG et actionnaire de référence de Magasin général, Tahar Bayahi fait partie des rares patrons tunisiens à pouvoir envisager l’avenir avec optimisme. Incertitudes politiques, attentisme des investisseurs, crise européenne, baisse du pouvoir d’achat… Rien de tout cela ne semble pouvoir entraver le développement de son groupe, l’un des leaders locaux de la grande distribution, porté par l’engouement du pays pour le commerce moderne. Sur les neuf premiers mois de 2012, Magasin général a enregistré une augmentation de son chiffre d’affaires de 53 % par rapport à la même période en 2011. En fin d’année, ses revenus devraient atteindre 671,5 millions de dinars (328 millions d’euros). De bons résultats qui s’expliquent notamment par l’ouverture depuis janvier de sept nouveaux supermarchés Magasin général, ainsi que de trois points de vente Batam, l’enseigne du groupe spécialisée dans l’électroménager.

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Oubliée l’année 2011, marquée par la révolution et un chiffre d’affaires en repli (- 3 %) pour la première fois depuis 2007, date de l’entrée au capital de la famille Bayahi et du groupe Poulina dans l’ancienne société publique. « Aux destructions de points de vente il avait fallu ajouter les revendications salariales et les départs en retraite anticipée, qui avaient alourdi les charges de personnel de 26 % », explique Sofiane Hammami, directeur de la recherche chez Axis Capital. Seule satisfaction, le groupe avait réussi à maintenir son taux de marge commerciale (15,4 %). Insuffisant pour sauver la marge Ebitda (indicateur proche de l’excédent brut d’exploitation), qui avait fondu de près de 60 %, se limitant à 10,5 millions de dinars. Le groupe avait conclu l’année sur une perte nette de 23 millions de dinars. Pas brillant, mais Magasin général n’allait pas tarder à dégainer un argument de taille pour redonner confiance aux investisseurs.

Accord

En mars, Tahar Bayahi annonçait une prise de participation du groupe Auchan de 10 %. Une part qui pourrait même monter à 25 % dans le cadre d’une future augmentation de capital. « L’accord vient juste d’être avalisé par le Conseil du marché financier », précise Imen Ben Ahmed, analyste chez AlphaMena. Dans ces conditions, la hausse de l’endettement, passé de 105 millions de dinars en 2010 à 151 millions l’an dernier, n’a rien d’alarmant.

Comme le groupe Mabrouk, détenteur de l’enseigne Monoprix et partenaire de Casino, ou le groupe Chaïbi, associé au géant Carrefour, Magasin général tient enfin un allié de classe mondiale pour appuyer son développement. Le rapprochement aurait été facilité par Saïd Aïdi, ex-ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi et ancien directeur Afrique et Moyen-Orient de HR Access (un éditeur de logiciels de gestion des ressources humaines), explique Imen Ben Ahmed. Le partenariat devrait rapidement déboucher sur la construction d’un hypermarché Auchan et de supermarchés en Tunisie, même si l’obtention des autorisations administratives et la rareté des terrains disponibles demeurent des freins importants à l’essor des distributeurs locaux.

Cours à la bourse de TunisL’autre axe majeur de la stratégie de Magasin général et de son nouveau partenaire concerne l’ouverture à l’international, en priorité en Libye, dès que la situation sécuritaire le permettra. Il rejoindra sur ce terrain le groupe Mabrouk, qui a déjà affiché ses ambitions dans le pays voisin et vient en outre d’annoncer l’ouverture de points de vente au Maroc. L’accord avec Auchan devrait enfin permettre de passer un cap dans la professionnalisation des équipes, grâce à des formations données en Tunisie ou en France. Présent dans douze pays et employant 269 000 salariés, le groupe français aura sans doute beaucoup à apprendre à son associé tunisien dans ce domaine.

Preuve de l’impact attendu de ce rapprochement, Magasin général prévoit d’atteindre en 2013 un chiffre d’affaires de 738,7 millions de dinars. Grâce à l’appui de la centrale d’achat d’Auchan, mais aussi à l’intégration de Promogro (enseigne spécialisée dans la vente en gros acquise en 2008), le pouvoir de négociation face aux fournisseurs sera aussi accru. La marge commerciale de Magasin général pourrait passer de 15,4 % à 18 % dès 2013. Elle se rapprocherait alors de celle de Monoprix, supérieure à 20 %. En dépit d’une augmentation prévisible de la masse salariale (8,2 % du chiffre d’affaires prévu en 2013), le résultat net poursuivrait son redressement : il pourrait atteindre 20 millions de dinars en 2013.

Refuge

Un optimisme partagé par les investisseurs présents sur la place de Tunis. Si le cours de l’action de Magasin général, dont 25 % du capital est coté en Bourse, avait chuté de 3,3 % en 2011, il a repris des couleurs en 2012, la progression du titre atteignant 17 % depuis le 1er janvier. « Compte tenu du parcours boursier cette année, nous recommandons de réaliser une partie des gains dans le cadre d’une stratégie de prise de bénéfices et de conserver le titre comme valeur de fond », juge Lilia Kamoun, analyste chez Tunisie Valeurs. Dans une économie nationale en plein marasme, le secteur de la distribution fait en effet plus que jamais figure de refuge pour les petits porteurs tunisiens.

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