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Livres : les incontournables de la rentrée littéraire afro

De g. à dr. : Toni Morrison, Boualem Sansal, Alain Mabanckou.

De g. à dr. : Toni Morrison, Boualem Sansal, Alain Mabanckou. © AFP/VINCENT FOURNIER POUR J.A.

Yasmina Khadra, Alain Mabanckou, Boualem Sansal, Toni Morrison… et bien d’autres nous donnent rendez-vous en septembre pour la rentrée littéraire française. À cette occasion, « Jeune Afrique » vous présente en avant-première les dix romans à ne pas manquer. Bonne lecture !

Les têtes d’affiche

La Dernière Nuit du Raïs, de Yasmina Khadra

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« Syrte, District 2 Nuit du 19 au 20 octobre 2011 Quand j’étais enfant, il arrivait à mon oncle maternel de m’emmener dans le désert. Pour lui, plus qu’un retour aux sources, cette excursion était un ablution de l’esprit. J’étais trop jeune pour comprendre ce qu’il cherchait à m’inculquer, mais j’adorais l’écouter. Mon oncle était un poète sans gloire et sans prétention, un Bédouin pathétique d’humilité qui ne demandait qu’à dresser sa tente à l’ombre d’un rocher et tendre l’oreille au vent surfant sur le sable, aussi furtif qu’une ombre. »

Ainsi commence La Dernière Nuit du Raïs, de Yasmina Khadra. « Plongée vertigineuse dans la tête d’un tyran sanguinaire et mégalomane », selon son éditeur, ce nouveau roman de l’écrivain algérien évoque la chute de Kadhafi. Narrateur de sa propre folie, « le roi des rois d’Afrique » revient, par flash-back, sur son destin extraordinaire, véritablement romanesque. Lors du Salon du livre de Bilbao, Yasmina Khadra s’est expliqué : « Les plus grands écrivains se seraient intéressés à Kadhafi. Tolstoï aurait aimé, Homère ou Shakespeare aussi. Rabelais aurait écrit une trilogie Pantagruel, Gargantua et Kadhafi ! » La Dernière Nuit du Raïs paraîtra simultanément en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Turquie, au Portugal et en Pologne.

La Dernière Nuit du Raïs, de Yasmina Khadra, éd. Julliard, 216 pages, 18 euros, à paraître le 20 août.

Petit Piment, d’Alain Mabanckou

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« Tout avait débuté à cette époque où, adolescent, je m’interrogeais sur le nom que m’avait attribué Papa Moupelo, le prêtre de l’orphelinat de Loango : Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Batkoko. Ce long patronyme signifie en lingala « Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres », et il est encore gravé sur mon acte de naissance… »

Ainsi commence Petit Piment, d’Alain Mabanckou. Pour son onzième roman, le prix Renaudot 2006 renoue avec la verve imagée et cocasse de Verre cassé et Mémoires de porc-épic. Petit Piment, c’est l’histoire d’un Gavroche congolais, orphelin de Pointe-Noire qui s’échappe de l’institution où il a été placé à sa naissance. Et doit apprendre à survivre parmi les gamins des rues. Le salut viendra de Maman Fiat 500, maquerelle généreuse, et de ses « bordèles » qui le protègeront… jusqu’à l’opération « Pointe-Noire sans putes zaïroises » voulue par les autorités. La vie de Petit Piment, vagabond que l’on avait découvert dans Demain, j’aurai vingt ans, bascule alors, son esprit s’égare. Mais est-il si fou qu’il y paraît ?

Petit Piment, d’Alain Mabanckou, éd. du Seuil, 288 pages, 18,50 euros, à paraître le 20 août.

2084, La fin du monde, de Boualem Sansal

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« Ati avait perdu le sommeil. L’angoisse le saisissait de plus en plus tôt, à l’extinction des feux et avant même, lorsque le crépuscule déployait son voile blafard et que les malades, fatigués de leur longue journée d’errance, de chambrées en couloirs et de couloirs en terrasses, commençaient à regagner leurs lits en traînant les pieds, en se lançant de pauvres vœux de bonheur pour la traversée nocturne. Certains ne seraient pas là demain. Yölah est grand et juste, il donne et reprend à son gré. »

Ainsi commence 2084, de Boualem Sansal, fiction-hommage à George Orwell. Le « récit se déroule dans un futur lointain dans un univers lointain » ironise l’écrivain algérien, en Abistan immense empire qui tire son nom du prophète Abi, « délégué » de Yölah sur terre. Un empire où la pensée est bannie, où la religion est omniprésente et impose ses dogmes à tous. Aucune échappatoire n’est possible. Aucune ? Pas si sûr. Ati, un esprit curieux indépendant découvre l’existence d’un peuple de renégats, qui vit sans le recours à la religion. Un roman puissant sur les dérives du radicalisme religieux. Une lecture acerbe de la montée de la puissance des fous de dieu qui sévissent en Afrique, au Moyen-Orient et qui tend désormais ses tentacules en Europe ? N’ayez crainte, avertit sarcastiquement Boualem Sansal, tout n’est que « pure invention ». « Dormez tranquilles, bonnes gens, tout est parfaitement faux et le reste est sous contrôle. »

2084, La fin du monde, de Boualem Sansal, éd. Gallimard, 288 pages, 19,50 euros, à paraître le 20 août.

Délivrances, de Toni Morrison

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« Ce n’est pas de ma faute. Donc vous ne pouvez pas vous en prendre à moi. La cause, ce n’st pas moi et je n’ai aucune idée de la façon dont c’est arrivé. Il n’a pas fallu plus d’une heure après qu’ils l’avaient tirée d’entre mes jambes pour se rendre compte que quelque chose n’allait pas. Vraiment pas. Elle m’a fait peur, tellement elle était noire. »

Ainsi commence Délivrances, le 11e roman de la romancière africaine-américaine Toni Morrison. Prix Nobel de littérature en 1993, l’auteur de Love et de L’oeil le plus bleu ne cesse d’explorer les questions de peau sans jamais s’autoriser une quelconque simplification. L’histoire de la superbe Bride, née trop noire, sera sans aucun doute l’une des sensations de cette rentrée littéraire.

Délivrances, de Toni Morrison, traduction de l’anglais (États-Unis) de Christine Laferrière, Christian Bourgois, 202 pages, 18 euros, à paraître le 20 août.

Fils du Shéol, d’Anouar Benmalek

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« Si les gardes ont pris la peine de nous compter, c’est que nous sommes importants, que nous comptons. Parce que morts, eh, nous ne servons plus à rien. Alors là, il doit y avoir une erreur. »

Ainsi commence Fils du Shéol, le nouveau roman de l’écrivain marocain Anouar Benmalek, auteur notamment des Amants désunis en 1998. Texte ambitieux, Fils du Shéol remonte le cours des génocides et relie la barbarie nazie aux exactions commises par les troupes coloniales allemandes dans leurs territoires du Sud-Ouest africain (l’actuelle Namibie), rappelant l’extermination des peuples Hereros et Namas planifiée par le général Lothar Von Trotha.

Fils du Shéol, d’Anouar Benmalek,  éd. Calmann-Lévy, 418 pages, 20 euros,  à paraître le 19 août.

Madame St-Clair, reine de Harlem, de Raphaël Confiant

« J’ai toujours su qu’un jour Madame Queen (Queenie pour les intimes) s’évaporerait. Que Stéphanie St-Clair se soustrairait à la vue du monde. Il ne s’agirait ni de subite disparition, ni de fuite éperdue, ni même de s’échapper-descendre dans la folie douce (celle que d’aucuns, dans ma Martinique natale, attribuent à la fourmi-manioc), mais d’une manière d’effacement. »

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Ainsi commence le nouveau roman du Martiniquais Raphaël Confiant, Madame St-Clair, Reine de Harlem, qui nous conte l’histoire de Stéphanie St-Clair (1886-1969), une chef de gang ayant dirigé plusieurs entreprises criminelles à Harlem, résistant un temps à la mafia avant de s’y soumettre. Originaire de la Martinique, elle était connue) à New York sous le nom de « Queenie », « petite reine ».

Madame St-Clair, reine de Harlem, de Raphaël Confiant, éd. Mercure de France, 338 pages, 19,50 euros, à paraître le 3 septembre.

Tous nos noms, de Dinaw Mengestu

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« La première fois que nous nous sommes rencontrés à l’université, Isaac et moi, nous faisions comme si le campus et les rues de la capitale nous étaient aussi familiers que les chemins de terre des villages où nous avions grandi et où nous vivions encore quelques mois plus tôt. »

Ainsi commence le troisième roman de l’écrivain d’origine éthiopienne Dinaw Mengestu. Après Les belles choses que porte le ciel et Ce qu’on peut lire dans l’air, Tous nos noms vient confirmer le talent du jeune auteur pour exprimer avec subtilité toute la complexité des sentiments humains. Ici, deux histoire se mêlent, à un océan et quelques mois de distance. D’un côté, en Ouganda, l’amitié entre deux jeunes hommes, Isaac et Isaac. De l’autre, aux États-Unis, l’amour entre Isaac et Helen. Entre ? Tous les gouffres, les enfers et les bonheurs de liens indéfectibles.

Tous nos noms, de Dinaw Mengestu, traduction de l’anglais (États-Unis) de Michèle Albaret-Maatsch, éd. Albin Michel, 338 pages, 21,50 euros, à paraître le 20 août.

Les surprises…

 Les Transparents, d’Ondjaki

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« – dis-moi quelle est la couleur du feu… l’Aveugle parlait la tête tournée vers la main du garçon qui le soutenait en le tenant par le bras, tous les deux, effrayés, tentaient d’échapper aux énormes langues de feu qui montaient du sol vers le ciel de Luanda »

Ainsi commencent Les Transparents, quatrième roman de l’écrivain angolais Ondjaki, récompensé par le Prix Saramago 2013 et dont les éditions Métailié publient la traduction française. Ce récit surprenant évoque le quotidien des habitants d’un « immeuble mystérieux, décati, pauvre, à travers lequel la vie promenait sa célébration » et où une eau régénératrice s’échappe des canalisations du premier étage. On y croise Amarelinha, une brodeuse de perles dont s’entiche le MarchandDeCoquillages. Paizinho, le laveur de voitures à la recherche de sa mère dont il a été séparé lors de la guerre. Le CamaradeMuet qui épluche des pommes de terre en écoutant des vinyles de jazz. On y rencontre aussi un ministre, un facteur, un journaliste, des contrôleurs douteux, un voleur maladroit, une marchande de poisson grillé, un homme à la tumeur mal placée, un père de famille nostalgique en train de devenir transparent… Dans une veine poétique créole forte et séduisante, où l’imagination cocasse le dispute à l’ironie tranquille, où la narration chahute la ponctuation, Ndalu de Almeida, de son vrai nom, décrit un Angola contemporain détruit par des appétits voraces mais où la saudade d’un passé autre résiste. Un roman puissant à l’écriture superbe, emplie de couleurs et de sensations douces et vives.

Les Transparents, d’Ondjaki, traduit du portugais (Angola) par Danielle Schramm, éd. Métailié, 368 pages, 21 euros, à paraître le 20 août.

Octobre, de Zoë Wicomb

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« Mercia Murray est une femme de cinquante-deux ans qui vient d’être quittée. Nous le savons, et elle aussi d’ailleurs, cette situation pour le moins banale équivaut à une forme de mort. Mais voilà une métaphore qui ne sert pas à grand-chose. En dépit de tout ce vide, son cœur est en mille morceaux et elle verse un nombre incalculable de larmes. »

Ainsi commence Octobre, le nouveau roman de la Sud-Africaine Zoë Wicomb. Traversé par les questions du racisme et du déracinement, le livre raconte un retour au pays, et plus particulièrement à Kliprand, dans le Namaqualand, région où est née l’auteur en 1948. Un texte dense qui multiplie les aller-retour temporels et géographiques.

Octobre, de Zoë Wicomb, traduction de l’anglais (Afrique du Sud) d’Edtih Soonckindt, éd. Mercure de France, 290 pages, 23 euros, à paraître le 10 septembre.

Vauxhall, de Gabriel Gbadamosi

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« Elle avait le front en accordéon contre le trottoir. Elle a essayé de s’agripper au câble en tombant », a dit quelqu’un. J’ai levé les yeux vers le poteau télégraphique, ses câbles en spirale étaient connectés à toutes les maisons de la rue, au-dessus de nos têtes. »

Ainsi commence le premier roman du poète, dramaturge et essayiste Gabriel Gbadamosi, Vauxhall. Fils d’un père nigérian musulman et d’une mère irlandaise catholique, l’écrivain raconte une enfance en bord de Tamise dans une famille métisse, étrangère, où la richesse n’a rien à voir avec le chèque qui vient ou ne vient pas en fin de moi. Un texte salué par le prix Tibor jones Pageturner.

Vauxhall, de Gabriel Gbadamosi, traduction de l’anglais d’Elisabeth Gilles, Editions Zoé, 370 pages, 22 euros, à paraître le 22 août.

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