Bourse

Gabriel Fal : « Je n’ai aucun regret à quitter la présidence de la BRVM »

Gabriel Fal, présent à l'African CEO Forum d'Abidjan en mars 2018.

Gabriel Fal, présent à l'African CEO Forum d'Abidjan en mars 2018. © Bruno Lévy-JA

L’ancien président de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) explique les raisons de son départ, fait le bilan et explique ses nouveaux projets… dans le capital-investissement.

Après son départ surprise du poste de président de la Bourse régionale d’Afrique de l’Ouest, le financier sénégalais analyse les difficultés rencontrées par les places financières africaines.

En janvier 2013, Gabriel Fal, fondateur du courtier CGF Bourse, avait été élu président du conseil d’administration de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), frappée à la fois par la longue crise politico-économique ivoirienne et par un scandale de détournement. Alors que le financier sénégalais quitte son poste un peu plus tôt que prévu, remplacé par l’architecte Pierre Goudiaby Atepa, il dresse le bilan de ces deux années de mandat.

Jeune Afrique : Depuis le 25 juin, vous n’êtes plus président du conseil d’administration de la BRVM. Que s’est-il passé ?

Gabriel Fal : Avant mon élection début 2013, le précédent président du conseil d’administration était resté en poste dix ans. J’ai toujours plaidé pour une rotation, notamment parce qu’il faut que les huit pays membres de l’UEMOA puissent obtenir cette fonction. Et la règle veut que le poste d’administrateur de la BRVM soit partagé de manière tournante entre plusieurs sociétés de gestion et d’intermédiation sénégalaises. Après le courtier CGF Bourse [que Gabriel Fal a fondé], c’était au tour d’Impaxis, de figurer au conseil d’administration et n’étant plus administrateur, je ne pouvais donc plus être président.

Pas de regrets, donc ?

Pas du tout. Nous avons un directeur général, Edoh Kossi Amenounve, qui fait un excellent travail. Et j’ai d’autres projets, notamment celui pour lequel j’accompagne mon frère Malik, un ancien de Microsoft, qui crée un fonds de capital-investissement pour l’Afrique.

Quel bilan dressez-vous de l’action que vous avez menée ?

Avec le directeur général, nous avons trouvé une institution fatiguée que nous avons redynamisée. Aujourd’hui, la capitalisation de la BRVM – 7 458 milliards de F CFA [environ 11,4 milliards d’euros] fin 2014 – a été multipliée par deux, les volumes des transactions – de 227 milliards de F CFA à la même période – par trois. Même si en 2014, un ralentissement a été observé. Nous sommes partis chercher des investisseurs à l’étranger, car une seule position de leur part est en volume 500 à 1000 fois plus importante que celle d’un petit porteur.

Pour cette année, je vois six ou sept introductions : NSIA Banque Côte d’Ivoire, la Société ivoirienne de banque, peut-être les moulins NMA au Sénégal et une ou deux sociétés d’assurance.

Le nombre d’introductions reste très faible. Pourquoi ?

Les introductions répondent à des motivations spécifiques. En entrant en Bourse, Total Sénégal a attiré 5 000 nouveaux actionnaires et en un mois, les gens se sont mis à voir la filiale de cette multinationale comme une société sénégalaise. Bank of Africa Sénégal, en mettant 2 milliards de F CFA de capital sur le marché, s’est donné 60 milliards de capacité de financement supplémentaire. Malheureusement, toutes les sociétés ne perçoivent pas encore ces avantages. En zone francophone, les chefs d’entreprise ne travaillent pas assez la question des fonds propres et ne regardent souvent que leur compte d’exploitation. Et ils ne pensent pas toujours à une stratégie de sortie, pensant transmettre à leurs enfants dans une logique patrimoniale et non avec un raisonnement d’investisseur.

Pourquoi les Bourses africaines ne profitent-elles pas vraiment de la croissance économique ?

La croissance n’est pas forcément le moteur des introductions boursières. Ce qui l’est en revanche, c’est la volonté de l’entreprise de passer à un nouveau stade de développement. En Afrique, les entreprises n’en sont pas forcément arrivées là. Et il ne faut pas oublier les conséquences de la crise financière de 2008. Depuis, partout dans le monde, il y a eu moins d’introductions. En 2007, l’Afrique en avait connu soixante. L’année suivante, pas plus d’une petite dizaine.

L’année 2015 sera-t-elle un meilleur cru ?

Il faut être patient car il faut du temps pour préparer une introduction. Pour cette année, j’en vois six ou sept à la BRVM : NSIA Banque Côte d’Ivoire, la Société ivoirienne de banque, peut-être les moulins NMA au Sénégal et une ou deux sociétés d’assurance. A l’échelle du continent, les prévisions sont aussi à la hausse avec 30 introductions contre 24 en 2014.

Les banques sont un peu réticentes à encourager le développement de la Bourse…

C’est exact tant sur le plan psychologique que comptable. Lorsqu’une banque souscrit à une opération de bons du Trésor, elle perçoit un rendement de 3 %. Lorsqu’elle vend un fond de placement (actions et obligations), sa marge est de moins de 1 %. Lorsque la Bourse décollera vraiment, les banques finiront par suivre la tendance mais il ne faut pas compter sur elles pour jouer le rôle de précurseurs.

Votre successeur n’est ni un financier ni un professionnel de la Bourse. Y-a-t-il eu une erreur de casting ?

Pierre Goudiaby Atepa est le plus important des petits porteurs à la BRVM. Sa nomination au poste de président montre que celle-ci n’est pas réservée aux initiés et aux spécialistes.

Les banques sont régulées et dans l’UEMOA, certaines atteignent des rentabilités sur fonds propres de 40 % ou 50 %.

Mi-2012, CGF Bourse a ouvert sa première agence, avec comme objectif d’amener les particuliers aisés à investir en Bourse. Trois ans après, êtes-vous satisfait de ses résultats ?

Le bilan est extrêmement positif. Notre agence de 700 m2 est très bien placée à Dakar et elle reçoit chaque jour une cinquantaine de personnes. En quelques temps, CGF Bourse est passée de 2 000 à 10 000 clients.

Quels sont les objectifs de votre nouveau fonds de capital-investissement, Filao Capital Partners (lire ci-dessous), dédié aux entreprises du secteur financier ?

Nous espérons mobiliser 200 millions d’euros, avec un premier closing de 50 millions en fin d’année ou au début de la suivante.

Pourquoi visez-vous le secteur financier ?

D’abord parce qu’il est demandeur, en raison de l’augmentation des niveaux de capitaux minimums requis pour opérer. Ensuite parce que l’acquisition de logiciels bancaires est de plus en plus coûteuse et comme il est difficile de savoir en combien de temps elle sera amortie, il vaut mieux le financer avec des fonds propres. Enfin, c’est l’un des domaines les plus rentables et les moins risqués. Les banques sont régulées et dans l’UEMOA, certaines atteignent des rentabilités sur fonds propres de 40 % ou 50 %.

 


 

Quand Gabriel Fal se fait capital-investisseur.


Pas de repos pour Gabriel Fal. S’il n’est plus depuis le 25 juin président de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), le Sénégalais, fondateur du courtier CGF Bourse, s’est associé avec Malik Fal, son frère et ancien dirigeant du réseau Omidyar en Afrique, pour fonder Filao Capital Partners, une société de capital-investissement. À leurs côtés figurent Bernard Sagon, ex-directeur général du groupe Dessange, et Jean Paul Seiller, ancien responsable à la Banque européenne d’investissement et fondateur d’Origine Capital, une société d’investissements active en Afrique. Depuis quelques semaines, cette équipe basée à Dakar et à Johannesburg œuvre à la réalisation de son premier objectif : lever 200 millions d’euros pour investir dans des entreprises subsahariennes du secteur de la finance, de la banque à la gestion d’actifs, en passant par le mobile banking. »

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