Économie

Algérie : recettes, dépendances et doléances

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Si le pays parvient à consolider son cadre macroéconomique, le bilan des réformes engagées pour diversifier le tissu industriel reste mitigé, et les attentes de la population nombreuses.

Entre l’Algérie indépendante de 1962, dévastée par une longue guerre de libération, commençant à peine à produire du pétrole, et celle d’aujourd’hui, devenue l’un des premiers pays producteurs d’hydrocarbures au monde, avec de confortables réserves de change et une capacité d’investissements publics à faire pâlir d’envie ses voisins, le chemin parcouru est énorme. Notamment en ce qui concerne les infrastructures, en pleine rénovation, les autoroutes (inexistant en 1962, le réseau autoroutier devrait atteindre les 7 000 km en 2014) et la très nette amélioration de l’accès des populations aux services de base (eau, électricité, éducation, santé).

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Se singularisant par les zigzags de ses politiques de développement, l’Algérie – après le socialisme, puis le libéralisme – s’est engagée depuis 2009 sur la voie du nationalisme. Un choix qui lui a permis d’enregistrer de bonnes performances et de consolider son cadre macroéconomique, mais qui contribue à l’isoler des mutations du commerce mondial et à décourager les investisseurs privés et étrangers.

Même si le Fonds monétaire international (FMI) a revu sa croissance à la baisse à 2,6 % au lieu des 3,1 % prévus pour 2012, le pays se sort plutôt bien de la tourmente qui secoue la planète économique. De bons résultats inhérents aux performances du secteur des hydrocarbures, mais aussi à celles du BTP et des services, qui ont tous deux enregistré une croissance moyenne de 10 % ces quatre dernières années, et du secteur agricole (+13,7 % par an de 2009 à 2012) dopé par l’accélération du plan de renouveau agricole et rural. Les recettes hors fiscalité pétrolière ont ainsi augmenté de 15 % par an depuis 2009.

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Le bilan des réformes engagées pour diversifier l’économie et développer le secteur privé est cependant mitigé : difficulté à améliorer le climat des affaires, insuffisance des capacités de l’administration, faible efficacité du secteur bancaire, qui ne prête quasiment qu’au public – le taux de crédits accordés au secteur privé, s’il s’améliore, n’est encore que de 18 %, selon le Forum des chefs d’entreprise, et 90 % des prêts relèvent des banques publiques. Le pays continue d’importer trois quarts de ses produits de base (d’où la cherté de la vie, qui a généré des tensions sociales ces derniers mois) et semble loin de sortir de sa dépendance aux exportations d’hydrocarbures, qui fournissent 98 % des recettes en devises du pays et 75 % des recettes en dinars du budget de l’État.

Mais les autorités algériennes restent confiantes. La politique de désendettement adoptée depuis 2004, couplée à une gestion prudente, a permis à l’État de placer des réserves importantes dans le Fonds de régulation des recettes (FRR). Désormais deuxième plus gros détenteur de réserves de change de la région Maghreb – Moyen-Orient après l’Arabie saoudite, les réserves de change du pays devraient s’élever à 205,2 milliards de dollars (158,4 milliards d’euros) à la fin de 2012, selon le FMI. De quoi s’assurer trois ans d’importations et financer le développement.

En marge du commerce mondial

Prévu au premier semestre 2012, le onzième round de négociations multilatérales pour l’adhésion du pays à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a été retardé, à Alger, par les élections législatives et, à Genève (Suisse, siège de l’Organisation), par le retrait du chef du groupe de travail chargé du dossier. Son successeur, l’Argentin Alberto Dialoto, était à Alger les 3 et 4 novembre pour accélérer les prochaines étapes du processus d’adhésion. Le gouvernement a transmis à l’OMC un mémorandum expliquant la situation économique du pays, ses aspirations, ainsi que la revendication de périodes de transition pour permettre aux entreprises algériennes, notamment celles risquant d’être menacées par la concurrence, de se préparer à l’ouverture.

« Nous avons des documents supplémentaires à fournir », a expliqué le ministre du Commerce, Mustapha Benbada, dont deux offres révisées en matière de marchandises et de services, qui seront déposées auprès de l’OMC en décembre, de même que les documents relatifs aux transformations législatives et aux obstacles techniques au commerce, déjà élaborés. Avant son adhésion, l’Algérie doit encore signer une quinzaine d’accords bilatéraux avec les pays membres (États-Unis, Canada, Turquie, Corée du Sud et Union européenne). Cinq accords ont déjà été conclus (Brésil, Uruguay, Cuba, Venezuela et Suisse) et quatre sont en voie de finalisation, avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Malaisie et l’Indonésie. Pour rappel, le pays a demandé son adhésion en 1987, et les négociations ont débuté en 1996. C.M.

Pression

D’à peine 7 milliards de dollars de 2000 à 2004, le programme d’investissements publics est en effet passé à 150 milliards pour la période 2005-2009 et à 286 milliards dans le plan quinquennal 2010-2014 – dollars principalement destinés au développement des infrastructures, du transport, du logement et des services publics. Toutefois, d’importants progrès restent à accomplir, l’Algérie n’émargeant encore qu’au 96e rang sur 187 pays dans le dernier classement sur l’indice du développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud).

Sur le front de l’emploi, le chômage qui, à son plus haut niveau, s’élevait en 2000 à quelque 30 % de la population active, a reculé pour passer sous la barre des 10 % en 2010 et s’établir à 9,7 % cette année, selon le FMI. En revanche, ce taux est trois fois plus élevé chez les jeunes (20 %). C’est sur ce chapitre que la pression sociale et les attentes des Algériens sont les plus fortes. Ainsi que sur celui de l’accès au logement.

Après la réalisation de 1,6 million d’unités de 2005 à 2009, le gouvernement s’engage en effet dans une véritable course contre la montre pour rattraper le retard pris dans la construction des 1,2 million de logements sociaux prévus dans le plan quinquennal 2010-2014 et d’achever l’autre million prévu par le programme complémentaire (logements ruraux, aidés, etc.). Montant de l’investissement : 3 500 milliards de dinars (33,9 milliards d’euros). Pour le moment, 491 000 unités seulement ont été livrées, la capacité nationale de réalisation étant d’environ 80 000 logements par an, alors que la demande s’élève à 225 000.

Pour accélérer la cadence, le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, Abdelmadjid Tebboune, s’attelle à multiplier les accords avec les gouvernements étrangers afin de diversifier les partenariats entre sociétés algériennes et étrangères, selon la règle 51 %/49 %. L’État ne traite pas directement avec les entreprises mais fixe un quota de logements à réaliser dans le cadre de marchés de gré à gré, autorisés dès lors qu’ils impliquent un associé algérien majoritaire. Fin octobre, Abdelmadjid Tebboune a ainsi signé avec le gouvernement portugais un accord portant sur la construction, à partir du 15 janvier 2013, de 50 000 logements en location-vente. Rappelant que l’État s’engageait à construire 150 000 logements de ce type d’ici à 2014, le ministre a précisé que, sur les « 40 % de logements destinés aux jeunes de moins de 35 ans, 10 % seront réservés aux nouveaux mariés », dont la plupart sont contraints d’habiter chez leurs parents… Les premiers à être ravis par ces programmes pourraient être les entrepreneurs étrangers. Après le Portugal, la nouvelle formule de partenariat de construction a déjà été proposée aux gouvernements espagnol, italien et français, et semble vivement intéresser Russes et Indiens. 

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