Justice

Drissa Traore : « Il ne faut pas solder le passif de la crise ivoirienne avant la présidentielle »

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Mis à jour le 22 septembre 2015 à 14h46
Me Drissa Traore, vice-président de  la FIDH.

Me Drissa Traore, vice-président de la FIDH. © FIDH

À quatre mois de la présidentielle en Côte d’Ivoire, plusieurs ONG s’inquiètent de l’accélération soudaine des enquêtes menées depuis plusieurs mois sur les violences de la crise postélectorale de 2010-2011. Et demandent au pouvoir de respecter ses engagements en faveur d’une justice plus équitable. Interview de Me Drissa Traore, vice-président de la FIDH.

Dans une lettre ouverte au président Alassane Ouattara, le 25 juin, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), ainsi que dix-huit autres ONG, ont fait part de leurs préoccupations face aux « clôtures imminentes des enquêtes judiciaires en cours sur les crimes les plus graves perpétrés pendant la crise postélectorale » de 2010-2011 en Côte d’Ivoire.

Toutes craignent qu’à l’approche du scrutin présidentiel d’octobre prochain, le pouvoir ivoirien ne veuille rapidement passer à autre chose, en accélérant les procédures. Me Drissa Traore, vice-président de la FIDH, explique à Jeune Afrique les enjeux de la poursuite du travail de de la Cellule spéciale d’enquête et d’instruction créée en juin 2011.

Jeune Afrique : Quelles sont les enquêtes qui, selon vos organisations, risquent d’être prématurément « clôturées » ?

Me Drissa Traoré : Il s’agit de toutes les enquêtes ouvertes par la Cellule spéciale d’enquête et d’instruction, notamment celles sur les crimes de sang. Selon nos informations, des directives ont été données pour que celles-ci soient clôturées à la fin du mois du mois de juin. Pour nous en assurer, nous avons rencontré M. le Procureur général qui nous a dit que ce n’était pas le cas, mais force est de constater que nos informations sont persistantes. Seraient aussi notamment concernées toutes les enquêtes sur les crimes sexuels.

Il faut rappeler que la FIDH, la Ligue ivoirienne des droits de l’homme (LIDHO) et le Mouvement ivoirien des droits de l’homme (MIDH) ont accompagné des femmes victimes de violences sexuelles dans leurs démarches, afin qu’elles se portent partie civile. Nombre d’entre elles n’ont pas encore été entendues. Si les procédures sont clôturées dans l’état actuel des choses, cela voudra dire que le volet concernant les violences sexuelles de la crise postélectorale sera totalement oublié.

Nous ne souhaitons pas qu’il y ait des procès pour avoir des procès.

Concrètement, que réclamez-vous aujourd’hui ?

Les autorités ivoiriennes ont toujours dit que le temps de la justice n’était pas le temps de la politique. Et que la justice avait son propre rythme. Nous demandons juste que ce principe soit respecté. Dans le cas inverse, si l’on privilégie les échéances électorales, en se disant qu’il faut solder tout le passif de 2010-2011 avant d’aborder la nouvelle élection présidentielle d’octobre, il s’agirait d’un très mauvais calcul.

« Un très mauvais calcul », qu’entendez-vous par là ?

L’enjeu, c’est de ne pas se retrouver avec des procès, comme ceux qui viennent récemment de se dérouler avec Simone Gbagbo.

Jusqu’ici, il y a eu beaucoup d’avancées dans les procédures mais celles-ci ne sont pas suffisantes pour la tenue de procès justes et équitables. Nous ne souhaitons pas qu’il y ait des procès pour avoir des procès, nous souhaitons qu’il y ait des procès satisfaisants. Et ils n’auront lieu que si les instructions peuvent réunir suffisamment d’éléments à charges contre les personnes poursuivies. L’enjeu, c’est de ne pas se retrouver avec des procès, comme ceux qui viennent récemment de se dérouler avec Simone Gbagbo et les pro-Gbagbo à Abidjan, où l’on a constaté qu’il y avait très peu de preuves tangibles.

En parlant de « pro-Gbagbo » et donc, de « pro-Ouattara », où en sont les enquêtes concernant ces derniers ?

Les enquêtes de la Cellule spéciale d’enquête et d’instruction ont, au début, concerné des pro-Gbagbo, mais ces derniers temps, elles se sont étendues aux pro-Ouattara. Ils sont huit à ce jour à avoir été inculpés. Et c’est un bon signal pour nous. Car nous avons toujours souhaité que les procédures soient équitables pour tous les auteurs de violations et de crimes graves.

Dans son édition 2842, Jeune Afrique révèle que parmi ces huit inculpés pro-Ouattara, figurent des anciennes figures de la rébellion, dont Chérif Ousmane et Losséni Fofana. Étiez-vous au courant de leurs mises en examen ?

Étant tenu au secret de l’instruction, je ne peux répondre à cette question. Ce qu’il faut regretter cependant c’est que le Procureur de la république, qui avait pris l’habitude de communiquer au début des instructions, de donner les identités des personnes inculpées et les charges retenues contre elles, ne le fait plus aujourd’hui. Du coup, les populations ne sont plus informées de ce qui se passe, et c’est bien déplorable.

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