Mines

Le minier AngloGold se diversifie pour mieux régner

Située dans l'ouest du Mali, la mine de Sadiola n'est pas affectée par la partition du pays. © David Newton

Coté à Johannesburg, le troisième groupe aurifère du monde AngloGold ne tire plus que 32 % de ses revenus d'Afrique du Sud. Sa croissance, il est parti la chercher en RD Congo, au Mali et en Guinée.

Le 14 novembre, le travail a repris à la mine de Mponeng, en Afrique du Sud. AngloGold Ashanti reprend son souffle. Au total, depuis septembre, les conflits sociaux dans ses sept mines du pays l’ont privé de 293 000 onces d’or, l’équivalent de 500 millions de dollars (environ 390 millions d’euros) de revenus. Malgré cette déconvenue, les grèves n’ont guère eu d’impact sur la valeur à la Bourse de Johannesburg : depuis le 30 août, le titre a progressé de 6,8 %, après un premier semestre décevant marqué par une baisse de 20,3 %.

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Cette bonne résistance boursière s’explique par la forte internationalisation de la compagnie. Depuis la création d’AngloGold à partir des actifs aurifères sud-africains d’Anglo American, en 1998, le groupe est parti chercher sa croissance ailleurs. Aujourd’hui, même s’il reste dirigé depuis Johannesburg, il n’extrait plus que 32 % de son or dans la nation Arc-en-Ciel. Marié en 2004 au ghanéen Ashanti Goldmines, affranchi en 2007 de son ancienne maison mère – devenue actionnaire minoritaire -, AngloGold Ashanti est désormais un minier de classe mondiale. Il est donc moins sensible au contexte sud-africain, très tendu depuis la répression violente, le 16 août, des manifestations des grévistes de la mine de Marikana, exploitée par Lonmin.

Bénéfice record

Après des années de pertes, AngloGold Ashanti est revenu à la rentabilité en 2010. En 2011, il a affiché 6,57 milliards de dollars de revenus (+ 23 %) et un résultat net record de 1,55 milliard de dollars multiplié par 20 en un an. Si bien que la cote du premier minier du continent et troisième producteur d’or du globe (derrière le canadien Barrick et l’américain Newmont) est nettement remontée auprès des financiers.

« Nous sommes à l’affût de toutes les opportunités, nous ne limitons pas notre horizon d’action, assure Richard Duffy, vice-président chargé du continent. En Afrique du Sud, nous continuons à investir pour allonger la durée de vie de nos gisements, mais nos nouveaux projets sont tous à l’extérieur du pays. Nous extrayons déjà 1,5 million d’onces par an dans le reste de l’Afrique, soit 35 % de notre production. »

Pour grandir encore, le groupe compte sur les projets les plus prometteurs du continent. Aujourd’hui, les productions des mines d’AngloGold Ashanti au Ghana (600 000 onces par an) et en Tanzanie (500 000 onces) sont les plus importantes. Mais Richard Duffy attend beaucoup de ses deux projets en RD Congo : « La mine de Kibali [Province orientale, NDLR], développée en partenariat avec Randgold, entrera en production à la fin de 2013. La réalisation des infrastructures de la mine de Mongbwalu [Ituri], que nous détenons à 85 %, a pris quelques mois de retard, mais tout sera prêt en 2014. »

AngloGoldÀ elle seule, la mine de Kibali pourrait produire jusqu’à 600 000 onces par an. Au cours actuel (1 723,50 dollars l’once le 15 novembre), ce projet rapporterait plus de 450 millions de dollars par an à AngloGold, qui en détient 45 %. La compagnie minière compte aussi étendre et optimiser ses mines de Siguiri, en Guinée, et Sadiola, au Mali.

D’autres projets pourraient voir le jour, particulièrement en Afrique de l’Ouest : « C’est la région qui recèle aujourd’hui le plus d’opportunités, poursuit Richard Duffy. Nous y sommes déjà solidement implantés à travers les anciens projets d’Ashanti Goldmines. Mais nous regardons également avec attention le plateau nubien [sud de l’Égypte et nord du Soudan], qui renferme, nous le savons, des gisements d’or attractifs. Enfin, nous continuons nos activités d’exploration en Afrique centrale, particulièrement en RD Congo et au Gabon. »

Risques calculés

AngloGold Ashanti affiche un profil plus « risqueur » que d’autres majors minières actuellement en repli en Afrique, comme BHP Billiton ou Anglo American. « Nous prenons des risques, mais ils sont calculés : au Mali, par exemple, nos mines de Morila, Sadiola et Yatela n’ont pas souffert de la crise politique en cours, car elles sont loin de Bamako et du Nord. Nous avons évacué quelques jours nos expatriés, mais ils sont vite revenus, et la production est restée à la normale, indique le vice-président. En RD Congo, nous avons bâti des relations étroites avec les autorités nationales et provinciales sur nos deux projets ainsi qu’avec la population. Enfin, en Guinée, nous ne nous sentons pas menacés par la révision des contrats en cours, et le dialogue avec les autorités est constructif. »

Valeur refuge, l’or est toujours au plus haut en raison de la crise économique, et Richard Duffy n’est pas inquiet. « C’est vrai qu’en Afrique nous devons gérer le risque politique, mais notre portefeuille est diversifié, tous nos oeufs ne sont pas dans le même panier. L’extraction d’or ne nécessite pas des capitaux et des infrastructures aussi lourds que pour le fer et le cuivre, cela nous permet une certaine flexibilité, explique-t-il. Nos coûts d’exploitation sont en progression de 10 % par an, mais ils ne sont pas plus élevés en Afrique qu’ailleurs. Sur le continent, nous réussirons à les maîtriser, notamment grâce à l’énergie hydroélectrique et à un personnel local qualifié qui remplace les expatriés. » Le groupe compte 50 000 salariés sur le continent, dont 15 000 en dehors de l’Afrique du Sud.

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