Économie

À Londres, l’industrie minière fait le dos rond

C’est dans une conjoncture morose que s’est déroulée la conférence Mining on top Africa, qui a rassemblé à Londres plus de 120 dirigeants du secteur minier les 25 et 26 juin.

Par - Envoyé spécial à Londres
Mis à jour le 26 juin 2015 à 18:57

L’Afrique ne représente que 16 % du budget global d’exploration des compagnies minières dans le monde.. © Siphiwe Sibeko/Reuters

« Cela fait deux ans que les cours des matières premières minières sont en forte baisse, notamment ceux du fer, du cuivre, et de l’or, les plus importantes pour l’Afrique. Les fonds levés pour les projets miniers dans le monde ont fondu comme neige au soleil, passant de 18 milliards de dollars au premier trimestre 2014 à 10 milliards de dollars sur la même période en 2015. Quant aux opérations de fusion-acquisition du secteur, très affectées, elles sont passées d’un volume mondial de 11 milliards de dollars au troisième trimestre de 2014 à 4,7 milliards au premier trimestre de 2015 », a rappelé Chris Hind, directeur de la recherche de SNL Metal & Mining lors de l’ouverture du sommet.

Yeux doux

Dans ce contexte difficile, l’Afrique doit se battre pour attirer des investisseurs et compagnies minières, alors que le continent ne représente que 16 % du budget global d’exploration des compagnies minières dans le monde. Des délégués d’une quinzaine de pays africains, dont les ministres des Mines ivoirien, ghanéen, camerounais, kényan et zambien, sont venus à Londres -capitale financière prisée des miniers – pour vanter leurs gisements et climats des affaires, chacun avec une stratégie bien à lui. Jean-Claude Brou, le ministre ivoirien des Mines a profité de l’événement pour mettre en avant son nouveau code minier, « l’un des plus attractifs du continent » selon lui, qui prévoit notamment des exemptions fiscales de 3 à 5 ans pour les nouveaux projets extractifs.

La Mauritanie a quant à elle fait les yeux doux aux compagnies qui pourraient l’aider à diversifier son secteur extractif, concentré sur l’extraction de fer, qui a perdu 40 % de sa valeur en 2014 et contribue au tiers des revenus de l’État. «  Nous voulons développer des projets dans l’or, mais aussi l’uranium », a indiqué Cheikh Zamel, directeur de la géologie et du cadastre minier du pays, présent à Mining on top Africa, qui espère une entrée en production de cette dernière filière dès 2018. Le Cameroun parie lui sur la réussite des projets déjà lancés pour attirer d’autres investisseurs.

« Le démarrage des projets de fer de Mbalam-Nabeba, mené par l’australien Sundance, ceux du chinois Sinosteel à Lobé, et ceux de l’indien Jindal à Ngovayang, seront nos meilleurs arguments », confie Fuh Calistus Gentry, le secrétaire d’État camerounais aux mines, qui concentre les efforts de son administration sur ces trois gisements cruciaux. « Les temps sont durs, mais nous n’acceptons pas n’importe qui. Nous voulons des groupes miniers sérieux, pas des spéculateurs qui achètent des licences pour les revendre sans les développer », a fait valoir le ministre kényan Najib Balala, qui, ces derniers mois, a retiré pas moins de 65 permis d’exploration à des compagnies minières inactives.

Réduction des coûts

La plupart des compagnies minières actives en Afrique – qui compte plus de 3 700 concessions minières d’exploration ou de production – continuent de croire au sous-sol du continent mais ont ralenti le développement de leurs projets.

« Notre environnement a été complètement bouleversé ces deux dernières années. Nous nous focalisons d’abord sur les projets existants, en réduisant nos coûts au maximum, c’est le seul moyen que nous avons pour que les projets africains restent compétitifs », a expliqué Bill Scotting, le patron de la branche minière du sidérurgiste ArcelorMittal, éprouvé par la chute des cours du fer, mais aussi par l’épidémie d’Ebola au Liberia où sa compagnie est implantée.

Martin Hogan, le patron de la junior anglaise Toro Gold, présente au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Gabon, relevait toutefois quelques opportunités dans cette période difficile pour son industrie. « Bien sûr, il est plus difficile de convaincre des partenaires financiers d’investir dans nos projets, mais si vous avez des fonds suffisants pour lancer vos projets, leurs coûts de développement et d’exploitation ont beaucoup baissé : du fait de la diminution de l’activité globale du secteur, les sous-traitants font des efforts », a-t-il remarqué.

Reste que les financiers présents au sommet londonien ont insisté auprès des compagnies et des États sur leur plus grande sélectivité, non seulement du point de vue économique, mais également avec une plus grande attention consacrée aux risques politiques, notamment de mauvaise gouvernance. « Nous sommes prêt à investir, mais nous sommes très regardants. Si vous venez nous voir pour obtenir notre soutien, mieux vaut avoir un projet attractif et extrêmement bien ficelé », a prévenu le banquier Laurent Charbonnier, directeur du département métaux et minerais de HSBC pour l’Afrique et le Moyen-Orient.