Tourisme

Tourisme en Algérie : éden à l’Ouest

| Par Jeune Afrique
Le fort de Santa-Cruz, construit par les Espagnols au XVIe siècle, domine la baie d'Oran.

Le fort de Santa-Cruz, construit par les Espagnols au XVIe siècle, domine la baie d'Oran. © Reza Deghati/Webistan

Mostaganem et ses plages, Oran et son hyperactivité, Tlemcen et sa sérénité sont autant de destinations touristiques prisées par les nationaux. Et quelques autres privilégiés.

D’Oran l’hédoniste à Tlemcen la vénérable, des vignobles de Mostaganem aux grottes d’Aïn Fezza, le Nord-Ouest de l’Algérie a tout pour devenir une destination phare des amoureux des cultures et des paysages de la Méditerranée. Les belles plages encore sauvages qui le couronnent pourraient rapidement devenir un eldorado de la plaisance, des sports nautiques et de la détente balnéaire. Les habitants d’Alger le savent bien, qui prennent la route nombreux pour aller goûter le temps d’un week-end aux charmes d’Oran el-Bahia (« la radieuse »), s’encanailler au rythme du raï dans les cabarets de la corniche ou savourer la gastronomie locale revisitée par les chefs des grands hôtels qui s’y ouvrent à cadence accélérée.

À deux heures des quartiers haussmanniens, art nouveau ou art déco d’Oran, vers la frontière marocaine, Tlemcen, « la perle du Maghreb », est un exemple superbe de cité arabo-andalouse qui pourrait concurrencer ses voisines impériales chérifiennes Fès et Meknès.

Optimisme

Toutefois, en matière touristique, l’Algérie ne bénéficie pas encore de la réputation de ses voisins marocain et tunisien. Mais le souhaite-t-elle vraiment ? La nécessité de développer le secteur est régulièrement mise en avant, mais les concrétisations tardent. En 2008, le président Abdelaziz Bouteflika avait souligné que « le développement du tourisme en Algérie [était] devenu une priorité nationale et une option fondamentale appelée à occuper la première des places en tant que vecteur de croissance ». Mais quatre ans plus tard, Abdeslam Abdelhak, guide et membre de l’association de sauvegarde du patrimoine oranais Bel Horizon, se montre plutôt sceptique à l’égard de la volonté des pouvoirs publics : « Tant que la rente pétrolière permettra de juguler les crises sociales, les pouvoirs en place n’éprouveront pas le réel besoin de développer d’autres secteurs. Les rares initiatives en faveur du tourisme sont le fait de particuliers. » Il met toutefois ses espoirs dans la nouvelle équipe ministérielle, en place depuis septembre, pour que soit relancée l’application du Schéma directeur d’aménagement touristique (SDAT 2025) élaboré en 2007. L’objectif : « Hisser [le tourisme] au deuxième rang des activités économiques exportatrices après celle des hydrocarbures. »

Les rares initiatives en faveur du secteur sont le fait de particuliers.

Raymond Aldeguer, lui, créateur de l’agence L’Heureux Tour, est plutôt optimiste : « D’ici à sept ou huit ans, le tourisme en Algérie et dans l’Oranais sera une réalité, et le pays deviendra une attraction majeure de la Méditerranée. » Ce pied-noir, venu revoir sa terre natale dès le début des années 1970, a très vite conçu le projet d’y emmener des groupes de touristes, mais le désengagement des autorités dans les années 1980 et les troubles des années 1990 ont mis fin, temporairement, à l’aventure. En 2001, il a relancé ses opérations en s’adressant plus particulièrement aux nombreuses familles de pieds-noirs originaires de l’Oranais, de Mostaganem et de Sidi Bel-Abbès, qu’il emmène désormais redécouvrir l’Ouest algérien par centaines chaque année. Des visiteurs qui témoignent à leur retour de la beauté du pays et de son hospitalité, contribuant ainsi à développer l’intérêt des Français pour la région.

Changements

Si les tourismes de loisir et de mémoire restent principalement algériens, celui qui est lié aux affaires, plus international, prend une place grandissante depuis l’ouverture du siège de Sonatrach et la tenue d’un sommet de l’Opep à Oran, en 2008. Sur la terrasse du Sheraton qui surplombe la baie de la radieuse cité, Nabil Louhala, attaché commercial du cinq-étoiles, s’enorgueillit d’afficher un taux de remplissage de 70 %, grâce à une clientèle d’affaires en très grande majorité. « Depuis notre ouverture en 2005, la ville a connu des changements radicaux : l’autoroute est-ouest, le projet Medgaz, la construction de nouveaux quartiers et l’inauguration récente du plus grand Palais des congrès d’Afrique du Nord ont boosté la région et attiré les investisseurs européens, notamment espagnols, mais aussi turcs, chinois et coréens. »

L’ouverture en juin d’un Méridien adossé au Palais des congrès, vitrine africaine de l’enseigne, et celle d’un Four Points, prévue en avril 2014, concrétisent l’intérêt du groupe hôtelier Starwood pour le potentiel de la région. Outre les hommes d’affaires, les émigrés sont également très nombreux à revenir chaque été dans l’Oranais pour profiter des belles plages de la côte.

À Tlemcen, c’est le titre de Capitale de la culture islamique 2011 qui a amené la réalisation d’infrastructures d’accueil de qualité avec, entre autres, l’ouverture d’un hôtel Renaissance et d’un Ibis.

La multiplication des établissements hôteliers et des routes, l’arrivée du tramway, l’assainissement du réseau d’eau ont jeté les bases du développement touristique dans l’Ouest algérien. Il revient maintenant aux pouvoirs publics de promouvoir la destination à l’international et de faciliter l’obtention de visas, toujours délicate. 

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