Politique

Découpage en RDC : ce qui va changer la vie des Congolais

Scène quotidienne dans le quartier commerçant à proximité de l'avenue du Commerce et du grand marché de Kinshasa, le 14 octobre 2014. © Gwenn Dubourthoumieu / Jeune Afrique

Le 30 juin, la RDC devrait passer de 11 à 26 provinces. Une « réorganisation territoriale » qui apportera de nombreux changements dans l’environnement social et politique des Congolais. Illustrations.

Longtemps préconisé jamais réalisé. Vingt-sept ans après sa dernière expérimentation dans le Kivu, qui fut scindé en 1988 en trois ensembles, le découpage territorial est enfin effectif en RDC. À partir du 30 juin, jour commémoratif de son indépendance, le pays fait en principe – quelques jours de retard ne sont pas exclus – ses adieux à un système basé sur 11 provinces. Il en comptera désormais 25, plus la ville-province de Kinshasa, la capitale.

  • Seules 6 des 11 provinces actuelles sont concernées

Dès l’entrée en vigueur du découpage, seules six provinces – Bandundu et Équateur dans l’ouest du pays, Kasaï oriental et Kasaï occidental dans le centre, Province orientale dans le Nord-Est et Katanga dans le Sud – cesseront d’exister dans leur configuration actuelle pour laisser la place à vingt-une nouvelles entités (voir la carte ci-dessous).

Découpage en RDC

Le Grand Kivu, déjà scindé en 1988 à titre expérimental en trois ensembles (province du Nord-Kivu, Sud-Kivu et de Maniema), ainsi que le Bas-Kongo, rebaptisé Kongo central, et la ville-province de Kinshasa, capitale du pays, ne sont pas directement concernés par l’actuelle « réorganisation territoriale et administrative ».

  • Une administration beaucoup plus proche des administrés

Sur le papier, le découpage de la RDC en 26 provinces n’a jamais constitué un sujet de discorde dans la classe politique congolaise. Au contraire. Depuis bien des années, les Congolais sont quasiment unanimes sur la nécessité de rapprocher davantage l’administration des administrés dans un État quatre-vingt fois plus grand que la Belgique, son ancien métropole. Une réforme qui devait passer notamment par celle des territoires.

En 1988, il était question de tenter l’expérience du découpage de manière progressive.

Dans l’histoire récente du pays, une première tentative a eu lieu à l’époque de Mobutu à la fin des années 80. Kasongo Mukeya, coordonnateur du bureau d’études de l’Assemblée provinciale du Katanga, s’en rappelle : « C’était pendant le règne du Mouvement populaire de la révolution (MPR), parti-État. Il était question de tenter l’expérience du découpage de manière progressive, en commençant par une province où l’on pouvait avoir à la fois des entités qui se développent et celles qui ne parviennent pas à décoller ».

Le choix fut alors portée sur le Kivu. Non seulement parce que cette province située dans l’est du pays remplissait les critères retenus mais aussi parce que c’était la province d’origine de Kithima bin Ramazani, alors secrétaire général du MPR. Mais le processus n’ira pas plus loin. Aucune autre province ne sera découpée. Même si les recommandations de la Conférence nationale souveraine (CNS), au début des années 90, et les résolutions du dialogue intercongolais de 2003 avaient vivement souhaité la poursuite de la mise en oeuvre du découpage du territoire national.

« La RDC est composée de la ville de Kinshasa et de 25 provinces dotées de la personnalité juridique. »

L’idée est même reprise dans la Constitution de 2006 adoptée par référendum. Dans les dispositions constitutionnelles en vigueur en RDC en effet, il est disposé clairement que « la RDC est composée de la ville de Kinshasa et de 25 provinces dotées de la personnalité juridique. » Il aurait fallu donc attendre près de 10 ans… À qui la faute ? « Au gouvernement central qui n’a pas donné les moyens aux anciennes provinces de préparer l’installation des nouvelles », accuse Ngandu Diemo, élu provincial de Bukama, dans le Haut-Lomami, l’une des futures provinces qui seront issues du Katanga.

  • Plus de dirigeants locaux

Un autre grief : la multiplication du nombre des dirigeants en province. « De 11 gouverneurs et quelque 110 ministres provinciaux, le pays s’apprête à avoir 26 gouverneurs et plus de 260 ministres provinciaux », s’alarme Bob Kabamba, professeur à l’Université de Liège et coordonnateur de la cellule d’appui politologique en Afrique centrale. « Un processus budgétivore », selon le chercheur qui se dit « sceptique sur la prétention selon laquelle le découpage fera gagner le pays en termes de gouvernance ».

Ngandu Diemo abonde dans le même sens lorsqu’il dénonce « la précipitation dans la mise en oeuvre du découpage, sans penser à rendre disponibles les ressources financières nécessaires ». « À défaut d’avoir créé des infrastructures dans les nouvelles provinces, nous allons déloger les autorités locales actuelles : le gouverneur va prendre la résidence du commissaire de district, les ministres celle des administrateurs du territoire… », détaille-t-il.

En revanche, aucun changement du côté des sénateurs qui représentent chacun leur province. L’élection de ces derniers en 2007 s’était en effet déroulée suivant la configuration de 26 provinces à venir. Idem pour les députés provinciaux.

  • « Un nouveau niveau de taxation » sur la population

Comme le processus du découpage n’a été prévu ni dans le budget annuel de l’État ni dans celui des provinces, beaucoup craignent que les nouvelles entités, en quête de ressources financières pour fonctionner, se payent sur la bête. « Il y aura sûrement un nouveau niveau de taxation sur les citoyens », craint le professeur Bob Kabamba.

« Les nouvelles provinces ont été créées mais le budget de l’État est resté le même et ne pourra pas subvenir aux besoins de ces entités qui vont être mises en place », explique le chercheur. Conséquence : des populations devront mettre (encore) la main à la poche. D’autant qu’il y aura d’un côté des provinces très riches (Ituri dans le Nord et Lualaba dans le Sud par exemple) et de l’autre, des provinces très pauvres (Haut-Lomami dans le Sud, Bas-Uele, Haut-Uele, Équateur, Tshuapa, Nord-Ubangi, Sud-Ubangi dans le Nord).

« Une caisse de solidarité nationale est prévue », assure-t-on dans l’entourage de Salomon Banahumere, ministre congolais en charge de la Décentralisation. Problème : elle était déjà prévue avec les 11 provinces mais elle n’a jamais été inaugurée…

 

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