Économie

Algérie : Mohamed Laïd Benamor multiplie les paris gagnants

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Mis à jour le 6 décembre 2012 à 18:01

Laïd Benamor est à la tête de l’entreprise familiale. Il a succédé à son père, fondateur d’une première conserverie en 1984. © Vincent Fournier/JA

Mohamed Laïd Benamor, PDG du groupe Benamor, mène de front la diversification des activités du leader algérien des conserves de tomates et des pâtes et son extension à l’international.

« Je veux toujours aller vite ! » À 46 ans, Mohamed Laïd Benamor se projette plus que jamais dans le futur. Après avoir conquis le marché algérien des pâtes alimentaires et des conserves de tomates, le PDG du groupe Benamor part à la conquête des marchés à l’international. « Nos pâtes alimentaires sont aujourd’hui disponibles en Europe et en Amérique du Nord, se félicite-t-il. Pour le moment, l’exportation ne génère pas un chiffre d’affaires important. Nous venons de commencer. Le marché local reste prioritaire, mais pour se développer, il faut se déployer à l’international à moyen terme. »

Depuis dix ans, le patron de ce groupe familial fondé en 1984 s’est imposé comme une figure incontournable de l’agroalimentaire algérien. Sa recette ? L’innovation, avec de nouveaux produits, et une diversification réussie. L’activité a commencé avec la création de la première unité des Conserveries alimentaires Benamor (CAB, aujourd’hui Conserveries Amor Benamor), spécialisée dans le concentré de tomates, la harissa (purée de piments) et la confiture. « J’ai eu la chance de commencer ma carrière avec mon défunt père, dès le lancement de notre première petite conserverie en 1984, raconte Mohamed Laïd Benamor. Avec lui, j’ai appris à gérer, mais surtout à écouter et à être patient. »

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À la mort de son père en 2002, il prend les rênes du groupe, en étroite collaboration avec ses frères, et accélère la diversification entamée en 2000 avec le lancement des Moulins Amor Benamor (production de semoule). En 2009, il se lance dans la fabrication des pâtes alimentaires puis, plus récemment, dans la construction de logements – en attendant d’investir dans l’hôtellerie haut de gamme. À chaque fois, le succès a été au rendez-vous. Le groupe détient 50 % du marché des conserves de tomates et 30 % de celui des pâtes, qu’il partage avec les marques locales (SIM, La Belle, Métidji) ou étrangères (Panzani, Barilla). Son chiffre d’affaires est passé de 6,2 milliards de dinars (66,3 millions d’euros) en 2003 à 19,2 milliards de dinars (près de 195 millions d’euros) en 2011.

Mohamed Laïd Benamor a également misé sur l’innovation. En 2004, alors que la filière industrielle de la tomate traversait une grave crise en Algérie, il s’est lancé dans la modernisation de la production des plants de tomates. « Nous avons proposé à notre corporation d’accompagner les agriculteurs, avec l’introduction de variétés à fort potentiel de rendement ainsi que de nouvelles techniques de traitement et d’irrigation », explique le patron.

Les autres industriels n’ont pas suivi. Mais « progressivement, nous avons pu maîtriser notre filière de bout en bout. Nous avons éliminé le plant racinaire pour le remplacer par le plant en mottes, qui permet de meilleurs rendements à l’hectare », affirme Benamor. Un succès qui a fini par convaincre les agriculteurs, réticents au départ, d’adhérer au projet. Et pour les fidéliser, le groupe Benamor leur fournit les plants en mottes, les pesticides et leur achète leurs récoltes.

Exportation

Les résultats n’ont pas tardé. La production de plants est passée de 500 000 en 2005 à 25 millions en 2012 et devrait atteindre 50 millions en 2013, selon Mohamed Laïd Benamor. Les rendements à l’hectare ont été multipliés par quatre, passant de 15 à 60 t. Les superficies cultivées sont passées de 2 500 ha en 2004 à 16 000 en 2011. « Notre objectif est d’exporter des conserves de tomates dans les cinq prochaines années », annonce-t-il. Fort de ce succès, le groupe a transposé en 2010 la même méthode dans la céréaliculture, avec l’objectif de multiplier les rendements par 2,5 pour atteindre 45 quintaux à l’hectare dans le blé tendre et 55 quintaux dans le blé dur à l’horizon 2022. L’Algérie produit 40 à 50 millions de quintaux de céréales par an et importe 60 % des volumes qu’elle consomme.