Archives

Cet article est issu du dossier

Urbanisme : des villes et des hommes

Voir tout le sommaire
Économie

Les groupes tunisiens prennent position dans l’immobilier

Mis à jour le 20 décembre 2012 à 10:01

Motivés par les chantiers lancés dans le cadre du développement régional, plusieurs grands groupes tunisiens prennent position dans l’immobilier. De quoi relancer le secteur et réguler le marché.

En octobre, l’indice des prix immobiliers en Tunisie a progressé pour le troisième mois consécutif, et rien n’indique une stabilisation à court ou à moyen terme. « Une évolution inadéquate au vu du revenu des Tunisiens, devenus incapables d’acquérir un logement », souligne Najib Snoussi, directeur général de l’Habitat au ministère de l’Équipement. Conséquence : le secteur immobilier souffre. Filiale du groupe de la Société tunisienne de banque, L’Immobilière de l’avenue a ainsi annoncé un déficit de 1,4 million de dinars (plus de 694 000 euros) pour 2011.

Cependant, malgré des indicateurs au rouge, de grands groupes privés lorgnent ce secteur qui n’appartient pas à leur coeur de métier. Etep Group, actif dans les travaux publics, les carrières, le dragage et l’hôtellerie haut de gamme, lance sa société de promotion immobilière, Mirca. Abou Walid Group, une référence dans la production d’huile d’olive et dans l’hôtellerie, vient quant à lui de créer Immobiliana, spécialisé dans le lotissement et l’aménagement de terrains, ainsi que dans la construction d’immeubles et de zones industrielles.

30 000 logements sociaux doivent être construits ou réhabilités d’ici à fin 2013.

D’autres investisseurs déjà présents dans le secteur consolident leur position en fondant une seconde société de promotion immobilière. C’est le cas de Pireco, le groupe d’Abdessalem Ben Ayed (opérant dans le pétrole et l’industrie), avec Iliade, ou encore de Studi, leader des bureaux d’études et d’ingénierie, déjà détenteur de Simob et qui crée Studi immobilière. Le groupe Driss, dont l’activité dans la filière n’a débuté qu’en 2010, lance, lui, l’Immobilière Tanit avec un capital de 10 millions de dinars, une mise de fonds exceptionnelle dans l’immobilier tunisien.

Décentralisation

Tous sont motivés par la perspective de la décentralisation, nécessaire à la remise en selle de la Tunisie et qui implique le lancement par l’État de grands travaux d’infrastructures, la création de nouvelles zones industrielles mais aussi d’espaces d’habitat. Des programmes perçus comme autant de leviers de relance du secteur.

Premier appel d’offres, auquel ont répondu pas moins de trente investisseurs : la réhabilitation et la construction de 30 000 logements sociaux d’ici à fin 2013. « Si les banques sont actuellement frileuses quant à l’octroi de crédits pour l’immobilier, elles n’hésiteront pas à financer des chantiers dont le commanditaire est l’État. Ce sera un signal fort pour renouer avec la confiance. Par ailleurs, les grands projets n’ont pas mis la clé sous la porte. La direction du projet Tunis Sports City, mené par le groupe émirati Bukhatir, a ainsi annoncé qu’il serait réalisé ; c’est un signal positif », remarque Zouhair Ouertani, analyste du marché immobilier.

La relance permettra également de freiner la spéculation immobilière et de réguler le marché. « Les proportions prises par la flambée des prix ne sont pas justifiables ; l’augmentation du coût des matériaux et de la main-d’oeuvre est un prétexte pour faire du profit. Cette tendance va s’infléchir car elle bloque les ventes », souligne un responsable du site Argusimmo. En venant au chevet d’un secteur fragilisé mais dont ils sont sûrs qu’il sera rémunérateur, les grands groupes misent sur un avenir qui n’est pas uniquement local. Ils ne perdent en effet pas de vue les perspectives offertes par la reconstruction de la Libye voisine. Plusieurs groupes tunisiens qui y sont présents amorcent, eux aussi, une diversification dans l’immobilier.