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Urbanisme : des villes et des hommes

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Économie

Au Togo, une pépinière de bâtisseurs

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Mis à jour le 20 décembre 2012 à 10:11

Cogérée par quatorze États subsahariens francophones, l’École africaine des métiers de l’architecture et de l’urbanisme est réputée et très sélective. Pourtant, face à l’afflux de candidats, elle a admis deux fois plus d’étudiants à son dernier concours d’entrée.

Le petit campus situé dans le quartier Adéwi de Lomé, au Togo, ne s’est toujours pas agrandi. Pourtant, les effectifs augmentent. Pour cette année académique 2012-2013, la direction de la très réputée École africaine des métiers de l’architecture et de l’urbanisme (EAMAU) a en effet décidé d’assouplir légèrement ses rigoureux critères de sélection afin d’intégrer une centaine de nouveaux étudiants (au lieu de la cinquantaine habituelle) sur les quelque 1 500 candidats qui se sont présentés au concours d’entrée. L’école propose trois filières – architecture, urbanisme et gestion urbaine -, de la licence (bac +3) au master (bac +5).

L’EAMAU est une école inter-États, fondée en 1976. À l’époque, les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) avaient décidé de mutualiser leurs ressources afin de proposer de meilleures et de plus larges possibilités de spécialisation sur le continent. « L’intégration africaine passait nécessairement par là, il s’agissait de ne plus apprendre l’architecture au travers d’exemples et de standards occidentaux », explique N’Da N’Guessan Kouadio, directeur général de l’EAMAU depuis quinze ans. « Si vous remontez aux années 1970, vous constaterez que toutes les formations se faisaient à l’étranger », continue l’architecte et ingénieur civil, lui-même formé en Belgique.

Difficile de dire si le pari est réussi. De l’aveu de son directeur, l’école, qui comptait 320 étudiants lors de l’année universitaire 2011-2012, peine à accueillir tous les aspirants architectes, urbanistes et gestionnaires urbains des quatorze pays membres qui siègent au conseil d’administration – actuellement présidé par le ministre nigérien de l’Enseignement moyen et supérieur et de la Recherche scientifique – et de six autres nationalités.

D’ici à 2020, 30 millions d’euros doivent être investis pour moderniser et agrandir le campus.

Ce sont ces insuffisances que veut pallier le plan stratégique adopté à Niamey en septembre 2010. S’échelonnant jusqu’en 2020, ce plan prévoit un investissement de 20 milliards de F CFA (près de 30,5 millions d’euros), affectés notamment à de nouveaux équipements, aux ressources humaines et aux programmes de recherche.

L’un des volets du projet, et non le moindre, concerne les infrastructures (entre 3 et 4 milliards de F CFA). Dans ce cadre, le Togo a déjà accordé à l’EAMAU un domaine de 12 ha pour construire de nouveaux bâtiments qui pourront accueillir plus de 1 000 étudiants. Reste à obtenir les financements. « Le site se trouve dans la zone de Lomé 2, là où se situent le palais présidentiel, les ambassades et l’aéroport. C’est le futur centre urbain de Lomé », s’enthousiasme N’Da N’Guessan Kouadio.

Réflexion

En attendant, les élèves ne manquent pas d’initiatives afin de dynamiser leur lieu d’enseignement. En mai dernier, ils ont organisé la Semaine du bâtisseur. Quatre jours de conférences-débats, d’ateliers et d’expositions, un forum des métiers… Le thème de cette édition 2012 : la ville africaine de demain, lieu de bien-être. « L’idée était de créer un forum de réflexion sur la ville et l’aménagement urbain », explique le Tchadien Didier Moussa Be-Amadji, 24 ans, élève de 6e année, doctorant en architecture, et « de réunir tous les acteurs de la ville pour parler des problématiques africaines : urbanisation rapide, bidonvilles… » poursuit l’Ivoirien Cédric Konan, étudiant en 3e année de gestion urbaine.

Reste à savoir si, au terme de leurs études, leurs parcours confirmeront la dynamique généralement constatée selon les zones. Ainsi que le souligne N’Da N’Guessan Kouadio, la tendance veut en effet que les diplômés originaires d’Afrique centrale intègrent le plus souvent la fonction publique dans le domaine du développement urbain, tandis qu’en Afrique de l’Ouest les anciens élèves créent leurs propres agences et sont consultants dans le privé.