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Urbanisme : des villes et des hommes

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Mis à jour le 20 décembre 2012 à 10:21

Rachid Andaloussi, architecte à Casablanca. © Alexandre Dupeyron/JA

Villas, lotissements, complexes administratifs ou culturels, sièges d’entreprises ou écoles… Leurs créations sont encore plus connues que leurs visages. Zoom sur quelques architectes stars du continent.

Maroc : Rachid Andaloussi

Amoureux de Casablanca – il est membre de l’association Casamémoire oeuvrant à la préservation du patrimoine architectural de la capitale économique -, Rachid Andaloussi, 56 ans, s’est rapidement imposé comme une figure majeure de la profession au Maroc. Diplômé de l’École spéciale d’architecture (ESA) de Paris, il a ouvert son propre cabinet après son retour au pays, en 1986. De la Bibliothèque nationale du royaume du Maroc (BNRM), à Rabat, à la bibliothèque Prince-Bandar-Bin-Sultan, à Asilah, ses créations récentes les plus emblématiques montrent son intérêt pour les grands équipements culturels. Une expérience qui lui sera utile pour relever son prochain défi : la réalisation du futur grand théâtre de Casablanca (dont l’ouverture est prévue pour 2016), provisoirement dénommé CasArt, pour lequel il a remporté le concours international d’architecture avec le Français Christian de Portzamparc.

Selma Hamza. DRTunisie : Selma Hamza

Enseignante à l’École nationale d’architecture et d’urbanisme (Enau) de Tunisie, Selma Hamza a un parcours de militante, dans la vie quotidienne comme dans l’exercice de sa profession. Native de Mahdia, dans l’est du pays, elle a une réelle passion pour sa ville, dont elle défend le patrimoine urbain. En 2000, avec l’Association de sauvegarde de la médina (ASM) locale, l’architecte a créé une « maison-laboratoire » qui a permis de rénover nombre de bâtiments de la médina en respectant le bâti d’origine, avec l’utilisation de matériaux traditionnels de base (chaux aérienne, sable de mer, briques palées, bois d’olivier) et en associant des professionnels et des étudiants.

Selma Hamza s’implique aussi dans le concret : le quartier de Borj Erras, dans sa ville natale, se souvient de son action pour la collecte des déchets (qui avait obtenu le soutien de l’Union européenne). Membre de l’association Patrimoine 19-20, créée l’an dernier pour protéger et promouvoir le patrimoine architectural et urbain tunisien récent, elle alerte sur les détériorations de l’écosystème du littoral autour du célèbre cimetière marin de Mahdia, mis en danger notamment par l’initiative de la municipalité d’arracher les plantes qui maintenaient le terrain en place. 

Guillaume Koffi. © Olivier/JACôte d’Ivoire : Guillaume Koffi

Il a l’obsession de la ville bien pensée, indissociable du « mieux vivre ensemble ». Président du Conseil national de l’ordre des architectes (CNOA) de Côte d’Ivoire depuis 2006, Guillaume Koffi a placé au coeur de ses priorités la lutte contre le désordre urbain et le laxisme des autorités qui font des villes du continent des cités-dortoirs désorganisées et déshumanisées. Il appelle à réintroduire de la mixité sociale et fonctionnelle dans les grandes métropoles africaines.

Associé à son confrère Issa Diabaté, le cofondateur et gérant de l’agence Koffi & Diabaté Architectes, à Abidjan, dirige une trentaine de personnes – architectes, urbanistes et autres spécialistes de la ville. L’équipe travaille sur différents types de projets immobiliers et d’aménagement urbain sur le continent : sièges futuristes de plusieurs grandes banques (comme celui de CBAO à Dakar), complexes immobiliers résidentiels ou tertiaires (à Libreville, Dakar, Bamako, Addis-Abeba), villas de tourisme (à Dakar, Cotonou, etc.), hôtels (comme l’Onomo à Abidjan)…

Avant de fonder son agence, Guillaume Koffi a travaillé au début des années 1980 dans les cabinets Goly Kouassi, Blé Yangra et dans celui de Jacques Labro, au sein duquel il a participé au concours Tête Défense (qui a donné lieu à la construction de la Grande Arche de La Défense) et à celui de l’opéra Bastille, à Paris.

Gilles Omezi. DRNigeria : Giles Omezi

Né à Lagos et formé à Londres, l’architecte Giles Omezi, 42 ans, dirige le cabinet Laterite, qu’il a fondé en 2008 avec son compatriote Tochukwu Ikeyina. Au Nigeria, il travaille sur les grands projets d’aménagement de la mégapole de Lagos et surtout d’Abuja. Pour la capitale politique du pays, il a notamment dessiné les plans de l’Institut africain des sciences et technologies (AIST). Directeur du collectif de recherche Bukka et membre du groupe ArchiAfrika, l’Anglo-Nigérian pilote plusieurs études sur les nouvelles techniques architecturales africaines, dans son pays natal mais aussi au Ghana. En Grande-Bretagne, il a en outre participé à la redéfinition du plan urbain de Londres dans l’optique des Jeux olympiques de 2012.

Burkina Faso : Diébédo Francis Kéré

Il ne cesse d’accumuler les prix pour ses projets et réalisations. À 47 ans, Diébédo Francis Kéré est l’un des architectes les plus prometteurs de sa génération. Enseignant à l’université technique de Berlin, là même où il a été formé, ce Burkinabè a choisi d’installer son cabinet dans la capitale allemande.

En 2001, la construction de l’école de Gando, son village natal, lance sa carrière. À cette occasion, il met en application les trois principes qui constituent sa marque de fabrique : utilisation de matériaux locaux rendus plus solides et durables, prise en compte du climat par un système de construction permettant la régulation naturelle de la température et souci du développement durable. La réalisation est primée par la Fondation Aga Khan. Depuis, des projets plus ambitieux se sont multipliés dans le monde et, naturellement, au Burkina. Comme ce « village-opéra », localité entièrement conçue autour d’une salle de spectacle, dont la construction est déjà bien avancée, non loin de Ouagadougou.

Sénégal : Pierre Goudiaby Atepa

À 65 ans, Pierre Goudiaby Atepa se définit comme un « architecte du développement global qui se bat pour faire progresser l’Afrique ». Il est connu pour ses importantes réalisations sur le continent, dont le siège de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), à Dakar. « C’est notre premier projet et certainement celui qui nous a lancés », confie l’ingénieur et architecte sénégalais, qui a créé son cabinet – devenu depuis le Groupe Atepa – en 1977. Le siège de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), à Lomé, au Togo, et l’aéroport international de Banjul, en Gambie, portent également son empreinte.

Les équipes d’Atepa travaillent actuellement sur deux projets au Tchad : celui de la Cité internationale des affaires de N’Djamena (un chantier de 358 millions d’euros, qui doit commencer en janvier prochain) et celui de la ville nouvelle de Gassi Toumaï. Au Sénégal, elles sont impliquées dans le projet du Parc culturel de Dakar, engagé lorsque Atepa était l’architecte-conseil d’Abdoulaye Wade, dont « une partie des projets ont été reconduits par Macky Sall », explique-t-il.