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Urbanisme : des villes et des hommes

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Économie

Côte d’Ivoire : Abidjan retrouve la forme

Mis à jour le 20 décembre 2012 à 10:31

Malgré quelques retards, l’opération Pays propre parvient à débarrasser les agglomérations ivoiriennes de leurs constructions illégales. Un préalable indispensable à tout aménagement.

Les grandes villes ivoiriennes ciblées par le programme de lutte contre le désordre urbain commencent enfin à respirer. Pendant plusieurs décennies, la trop forte poussée de l’urbanisation du pays les avait progressivement engorgées. Le schéma directeur des principales agglomérations n’était plus respecté. Dans les zones populaires comme dans les quartiers plus huppés, nombre de constructions se sont faites au mépris des textes de loi. Cette anarchie, favorisée parfois par les autorités municipales, faisait courir de graves risques aux populations, avec des bâtiments empiétant sur des bouches d’égouts, les trottoirs, les espaces réservés aux pompiers en cas d’incendie…

Bulldozers

Démarrée au pas de charge en juillet 2011 sous la direction de la ministre de la Salubrité urbaine, Anne Désirée Ouloto, l’opération Pays propre, dont le coût avoisine 1 milliard de F CFA (1,5 million d’euros), a connu un franc succès malgré les récriminations. Les puissants bulldozers de madame la ministre ont fait du nettoyage partout, sous haute protection policière et militaire. Le célèbre chanteur Alpha Blondy, dont le complexe culturel et gastronomique Le Café de Versailles (situé dans le quartier des Deux-Plateaux, à Abidjan) avait une emprise sur le trottoir, s’est plié à la loi en démolissant la partie litigieuse de son bien immobilier.

Une métropole à assainir

Face à l’explosion de la population de la capitale économique, le dispositif d’assainissement ne suit pas. Abidjan compte un seul collecteur d’eaux usées. Mal raccordé au réseau, celui-ci rejette les déchets en mer, dégradant l’environnement lagunaire. Concessionnaire de l’assainissement de la ville, la Société de distribution d’eau en Côte d’Ivoire (Sodeci) envisage de lancer un plan d’investissement de 50 milliards de F CFA (plus de 76 millions d’euros) pour mettre à niveau les infrastructures, avec le soutien du gouvernement et de l’Agence française de développement (AFD). Il faudra 100 milliards de F CFA de plus pour étendre le réseau à tous les quartiers de la ville. En attendant, le gouvernement a mené entre juillet et septembre, avec le soutien de la Banque mondiale, une campagne de sensibilisation pour signifier aux autorités locales leurs responsabilités en matière d’aménagement et appeler la population à mettre fin aux raccordements anarchiques. B.M.

En dix-huit mois, les principales villes ivoiriennes ont changé de visage. Dans le nord d’Abidjan, la populaire commune d’Abobo, symbole du désordre urbain, n’a pas échappé au nettoyage, même si l’opération Pays propre, entamée le 15 octobre dernier, y a rencontré de grosses difficultés. L’opposition des syndicalistes et de jeunes désoeuvrés a obligé la ministre et sa suite à battre en retraite, avant que les bulldozers ne reviennent achever le travail vingt-quatre heures plus tard.

Artères aérées

À Abidjan, San Pedro ou Bouaké, les grandes artères sont désormais aérées, plus agréables pour les automobilistes comme pour les piétons. La nature ayant horreur du vide, le gouvernement a rapidement cherché à embellir les espaces déguerpis pour empêcher une réinstallation des populations. Et pour veiller et réprimer les réfractaires, une brigade de salubrité a été créée.

La détermination reste de mise, même si l’opération a connu quelques moments d’essoufflement. « L’État ne faillira pas dans sa volonté d’exécuter son programme de propreté et de salubrité publique afin d’aider les populations à vivre dans un meilleur cadre », affirme-t-on au ministère de la Salubrité urbaine. Début novembre, Anne Désirée Ouloto a exhorté les autorités préfectorales à peser de tout leur poids pour que les maires suspendent la délivrance des actes d’occupation du domaine public en attendant la réactualisation du schéma directeur des grandes villes du pays. Le gouvernement ivoirien maintient le cap.