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Urbanisme : des villes et des hommes

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Économie

Le Maroc veut faire le ménage parmi les sociétés de gardiennage

Mis à jour le 20 décembre 2012 à 11:08

Face à la menace terroriste, le Maroc a vu se multiplier les sociétés de gardiennage. Une loi entrée en vigueur en septembre doit permettre de faire le ménage dans le secteur.

Dans les villes marocaines, le recours aux services de gardiennage et de sécurité est très visible. Confrontée au terrorisme de l’ère Al-Qaïda, en mai 2003 à Casablanca et, plus récemment, à Marrakech en avril 2011, la société marocaine a cédé aux sirènes de la sécurité privée. À l’entrée des banques, devant les administrations et les commerces, dans les lieux publics, les hôtels, les centres d’affaires et les bureaux, dans les copropriétés comme devant les villas des happy few, le vigile fait désormais partie du paysage.

Le manque de personnel qualifié commence à se faire sentir, et les offres d’emploi sont légion.

Aux côtés des gardiens de voiture, des portiers et des chaouchs, ils font partie de ces hommes à tout faire aux fonctions parfois bien floues. Tous les jours, Brahim se rend à l’entreprise P., à Casablanca, où il est vigile depuis sept ans. Originaire du nord du pays, il y a laissé femme et enfant et partage un petit gourbi avec un collègue. L’un travaillant de jour et l’autre de nuit, ils économisent ainsi un loyer. Brahim travaille de longues périodes, jusqu’à quinze heures d’affilée, et dort la plupart du temps dans les locaux de l’entreprise qui l’emploie. Payé moins que le salaire minimum légal, il accomplit des tâches qui n’ont rien à voir avec le gardiennage – préparation du thé, remplacement du standardiste, etc. Pour arrondir ses fins de mois, il fait même un petit commerce d’objets artisanaux.

« Bodyguard » à Marrakech, une valeur sûre

Rachid El Mounacifi, le patron de Dreampart Security, est une référence de la sécurité à Marrakech, où il s’est spécialisé dans la garde rapprochée de personnalités : Alain Delon, Adriana Karembeu, Jermaine Jackson… Plus que de sécurité physique, il s’agit surtout de proposer un service à la demande, de l’analyse des risques à l’escorte en passant par l’accompagnement linguistique et culturel. « C’est un métier à part, qui réclame tact, discrétion et aisance relationnelle. Certains clients veulent une simple balade à cheval sans risques, d’autres ont des exigences précises : un hélicoptère, une suite dans un palace… À nous de tout rendre disponible pour eux », explique Rachid El Mounacifi, qui a roulé sa bosse d’Ibiza à Stockholm avant de s’installer à Marrakech en 2006. Y.A.A.

L’entrée en vigueur, en septembre, de la loi 27-06 (adoptée fin 2007) a d’ailleurs pour objectif affiché de mettre fin au mélange des genres. Désormais, les entreprises de sécurité doivent séparer leurs activités de gardiennage et de transport de fonds de toutes les autres. La plupart d’entre elles proposent en effet des services annexes (ménage, jardinage, etc.). Surtout, le ministère de l’Intérieur, par le biais des gouverneurs, contrôle maintenant le recrutement des gardiens, qui doivent présenter un casier judiciaire vierge. « Toute embauche de personnel doit, au préalable, faire l’objet d’une déclaration auprès de l’autorité compétente, avec indication de l’affectation », dispose la loi. Une rigueur d’autant plus nécessaire que le législateur a autorisé les agents à porter des armes à feu, à condition qu’ils obtiennent un permis individuel. Autre évolution, les gérants de ces entreprises ne pourront plus faire valoir leur expérience dans la police, la gendarmerie ou l’armée.

Casse-tête

Du côté des professionnels, ces nouvelles contraintes font grincer des dents. Le secteur est ultra-concurrentiel (à côté des filiales de multinationales telles que Black Bird Security International ou G4S, plus de 3 000 entreprises ont éclos ces dernières années) et le manque de personnel qualifié commence à se faire sentir (les offres d’emplois d’agents et de formateurs sont légion), alors que la législation impose désormais que « l’affectation à un emploi doit être conforme à la qualification professionnelle réglementairement déterminée »… Un casse-tête pour les patrons, qui dénoncent l’absence de concertation avant l’adoption de la loi.