Politique

Ali Benflis : Bouteflika « représente le passé et nous représentons l’avenir »

Mis à jour le 15 juin 2015 à 17:51

Ali Benflis en pleine campagne présidentielle, le 15 avril 2014 à Alger. © Anis Belghoul/AP/SIPA

Près d’un an après la dernière élection présidentielle en Algérie, Ali Benflis, rival malheureux d’Abdelaziz Bouteflika dans la course à la magistrature suprême, a créé son propre parti : « Les Avant-gardes des Libertés », dont le Congrès constitutif s’est tenu à Alger les 13 et 14 juin. Interview.

 

Jeune Afrique : Lors de la dernière campagne présidentielle vous évoquiez déjà la création d’un parti, pourquoi avez-vous tant tardé à le lancer ?

Ali Benflis : La loi réglementant les partis politiques en Algérie est une voie pleine d’embûches, mais j’ai pris un engagement et je souhaitais le tenir. Immédiatement après les élections, nous avons constitué un dossier pour créer ce parti, mais le ministère de l’Intérieur n’a répondu à notre demande d’audience qu’au bout de six mois. Puis, la loi accorde au ministère de l’Intérieur un délai de réflexion de deux mois. Nous avons finalement eu l’autorisation de tenir le Congrès constitutif du parti, les 13 et 14 juin, mais nous n’avons pas eu accès aux grandes salles publiques parce que des instructions ont été données.

À la suite du congrès, nous devrons déposer au ministère de l’Intérieur un dossier contenant à la fois le programme, les statuts, les résolutions du parti, le nombre de congressistes et la nouvelle direction. La loi accorde ensuite un délai de deux mois pour octroyer ou non l’agrément. C’est un parcours du combattant, mais nous ne désarmons pas.

Quels sont vos soutiens dans ce projet ?

Lors de la dernière présidentielle, j’ai bénéficié d’un soutien populaire très important à travers toute l’Algérie et la diaspora. J’ai promis à ces soutiens qui se comptent par millions de fonder un cadre politique et j’ai tenu à respecter mes promesses, en rendant public un livre blanc sur la fraude et avec la création de ce parti politique. Mes soutiens sont les militants du parti, des universitaires et surtout des jeunes. Nous en avons dans toutes les communes du pays et ils sont les véritables promoteurs de ce parti. Je ne suis qu’un militant parmi tant d’autres.

Comment est-ce que vous situez votre parti par rapport au reste de l’opposition ?

Nous avons annoncé la couleur dès le départ, nous sommes une alternative à ceux qui n’ont pas de projet. « Les Avant-gardes des Libertés » s’inscrivent dans l’opposition. Le parti fera partie dès son agrément du pôle des forces du changement que je coordonne, dans lequel partis politiques et personnalités sont associés pour proposer une alternative démocratique pour l’Algérie. Nous travaillons également avec la coordination nationale pour les libertés et une transition démocratique (CNLTD). Nous sommes ensemble dans un travail d’opposition constructive et nous demandons un changement de pouvoir, pacifique, graduel et ordonné. Une transition démocratique.

Au niveau économique l’Algérie est également dans l’impasse. Êtes-vous inquiets ?

L’inquiétude en Algérie est importante. Encore une fois, il n’y a de solution que par un retour à la légitimité populaire. Il faut donner aux Algériens un avenir certain. Le pouvoir actuel est un pouvoir finissant. Il représente le passé et nous représentons l’avenir, parce que nous avons une alternative sur le plan politique, c’est-à-dire la construction d’un État démocratique. Nous avons également un projet économique. Nous voulons sortir de l’économie administrée et aller vers une véritable économie de marché. Sur le plan social, nous voulons rétablir les relations entre gouvernés et gouvernants. Les gouvernants doivent être au service de leur peuple et le peuple doit demander à ses gouvernants de rendre des comptes.