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Cet article est issu du dossier «Transport maritime : au bonheur des armateurs»

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Économie

Petits mais costauds

Stéphane Eholié, PDG de Simat. © Olivier/JA

Alors que les grands groupes mondiaux se bousculent au portillon, rencontre avec des dirigeants d'opérateurs portuaires bien décidés à profiter de l'embellie de la manutention sur le continent.

Stéphane Eholié, « serial » entrepreneur

PDG de Simat

Les activités liées au transport et à la logistique sont souvent aux mains de grands groupes. La Société ivoirienne de manutention et de transit (Simat), dirigée par Stéphane Eholié, fait donc figure d’exception. Diplômé de l’université française Paris-Dauphine, cet Ivoirien a fait ses armes chez Bolloré mais, en 1996, son « goût d’entreprendre », comme il aime à le répéter, l’a poussé à quitter la multinationale alors qu’il en était directeur de la manutention. Suivent deux tentatives avortées de lancement d’entreprise. Puis, en 2001, Eholié crée Simat. La PME spécialisée dans la manutention, la consignation, la logistique, l’entreposage et le transit maritime s’est ensuite diversifiée dans l’aérien. Ouverte à Abidjan, Simat dispose désormais d’une antenne à San Pedro. « À l’origine, j’avais une quarantaine d’employés, se souvient le PDG. Nous sommes aujourd’hui 250. »

En 2007, à la recherche d’investisseurs, Eholié a même introduit 20 % du capital de Simat en Bourse. Au grand regret du « serial entrepreneur », sa PME reste l’une des rares sociétés ivoiriennes cotées à Euronext. « J’aimerais développer mon activité dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, glisse-t-il. Si j’y arrivais, ce serait une belle success-story ! » Les clients étant les mêmes d’un État à l’autre, il estime que son souhait pourrait devenir réalité d’ici à 2015.

« C’est aussi pour éviter de mettre tous mes oeufs dans le même panier », explique-t-il. Le business de Simat a beaucoup souffert pendant la crise postélectorale. Son chiffre d’affaires a chuté de plus de 20 % en 2011, à environ 13,3 millions d’euros, mais devrait retrouver cette année son niveau de 2010. Maintenant que les indicateurs économiques du pays sont au vert (environ 8 % de croissance prévue en 2012), Stéphane Eholié espère bien en profiter. « Chaque point de PIB en plus se transforme en millions de tonnes de marchandises échangées dans nos ports », sourit l’entrepreneur, qui souhaite vivement « apporter [sa] contribution au développement économique du continent ». B.T.

Edouard Fochivé, directeur général de 2M. © Nicolas Eyidi/JAEdouard Fochivé, désirs d’export

Directeur général de 2M

En matière de logistique et de transport, son pays lui doit beaucoup. Édouard Fochivé, 52 ans, a contribué à créer l’Institut supérieur de transport et des affaires maritimes du Cameroun avant de prendre la tête de cet organisme de formation. « Nous avons délivré les premiers BTS en 2006 », se souvient-il, enthousiaste. C’est aussi cette année-là qu’il a été désigné expert à la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), chargé de la formation des cadres dans les ports ouest-africains.

Mais avant d’enseigner, Édouard Fochivé est allé à bonne école. Formé en économie à Bordeaux, puis aux transports maritimes et à la logistique à l’Institut portuaire d’enseignement et de recherche (Iper) du Havre, en France, le Camerounais a été repéré dès la fin de ses études par Bolloré. « À cette époque, le groupe voulait intégrer des Africains à des postes d’encadrement, se souvient Édouard Fochivé. J’y suis resté seize ans. » Il est responsable de la logistique des transports au sein de Bolloré Cameroun lorsqu’il quitte la multinationale française.

En février dernier, il devient directeur général du groupe 2M (pour Marine Magistrale). L’entreprise, qui réalise environ 1,85 million d’euros de chiffre d’affaires et emploie 180 personnes, est spécialisée dans la gestion portuaire. « Nous sommes la première société nationale de transport multimodal », assure Édouard Fochivé. Très actif à Douala et à Kribi, 2M envisage d’étendre son activité à d’autres ports d’Afrique centrale. B.T.

Soumanou Seibou Toléba, le réformateur

Directeur général de Sobemap

Enseignant-chercheur à l’université d’Abomey-Calavi, secrétaire général du ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, puis ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme… Riche d’une carrière déjà bien remplie, Soumanou Seibou Toléba a été nommé en juillet 2011 à la tête de la Société béninoise des manutentions portuaires (Sobemap), dont il veut « faire une entreprise moderne, leader dans le domaine de la manutention, du transit et de la consignation ». Pour cela, il compte réformer en profondeur cette société d’État, qui bénéficie d’un monopole sur la manutention du trafic conventionnel au Port autonome de Cotonou. « J’ai mis un accent particulier sur l’assainissement des finances, explique-t-il. Je me suis attelé au recouvrement des créances et à la mise en place d’une Commission d’attribution des marchés publics. »

Le « professeur » – comme l’appellent les Béninois – a aussi mis en place une série de partenariats stratégiques, par exemple avec Bolloré et Maersk Line. Avec un objectif ambitieux : « Faire du port de Cotonou le plus grand des petits ports de la sous-région. » B.T.

Djelloul Achour, DG de l'Entreprise portuaire de Bejaïa. DRDjelloul Achour, l’oeil sur les délais

Directeur général de l’Entreprise portuaire de Bejaïa

Après avoir occupé des postes à responsabilités dès 1980 au sein du groupe algérien Sonatrach, Djelloul Achour a rejoint l’Entreprise portuaire de Bejaïa (EPB) en mars 1991 en tant que chef du département Travaux. Vingt ans plus tard, cet ingénieur en génie civil, aujourd’hui sexagénaire, en prend la direction générale. Depuis les années 2000, près de la moitié du volume d’affaires d’EPB – qui a réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires de 3,8 milliards de dinars (environ 38 millions d’euros) – provient de la manutention. Dans un secteur portuaire dépourvu de concurrence, l’entreprise publique aux 1 500 employés s’est rapprochée d’un seul opérateur étranger. « En 2003, nous avons signé un partenariat avec le groupe singapourien Portek pour la construction et l’exploitation d’un terminal à conteneurs. Désormais, le port est réorganisé en plusieurs terminaux : bois, céréales, papier, rouliers… » précise Djelloul Achour.

Au chapitre de ses priorités, il cite des projets d’agrandissement du port et du terminal à conteneurs afin d’augmenter la capacité d’accueil des marchandises. En outre, des plateformes logistiques financées par EPB seront mises en place dans un avenir proche à l’extérieur du port. Concernant les délais d’attente, le patron reste optimiste. « Actuellement, les conteneurs sortent du port dans un délai de 12 à 15 jours. Nous souhaitons réduire cette attente prochainement en établissant des moyens de contrôle plus efficaces et plus rapides, notamment en termes de scanning et au niveau du laboratoire de vérification. » R.B.

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