Société

Livres : et il est comment le dernier… Kangni Alem ?

Mis à jour le 5 juin 2015 à 18:22

Il existe plusieurs sortes de polars africains. Le Gabonais Janis Otsiemi et le Béninois Florent Couao-Zotti font plutôt dans le genre gouailleur avec fortes doses de créatures callipyges. 

Plus sage, le Malien Moussa Konaté préférait se faire anthropologue et emmener ses lecteurs à la découverte des us et coutumes de son riche pays. Avec La Légende de l’assassin, le Togolais Kangni Alem invente un nouveau genre : le polar vaudou. Si vous n’êtes pas ouvert aux sentiers escarpés de la sorcellerie, passez votre chemin. Si vous acceptez de ne jamais vraiment savoir qui a tué qui, comment et pourquoi, alors suivez Apollinaire, avocat de 70 ans, diabétique et revenu de tout (ou presque).

En matière de vertu morale, par exemple, on fait mieux que ce vieux roublard : "J’ai le même rapport avec le droit que celui que j’ai avec mes maîtresses. Je préfère, la plupart du temps, la manipulation à la sincérité des sentiments." Mais, à l’heure de la retraite, maître Apollinaire a tout de même un regret, celui de n’avoir pas vraiment été à la hauteur dans une affaire de meurtre. "Un individu nommé K. A. avait décapité un autre individu dont le nom n’intéressa personne.

Le crime avait secoué la torpeur des habitants de TiBrava", explique-t-il. Un homme d’Église étrange l’avait à l’époque mis en garde contre l’erreur qu’il s’apprêtait à commettre en laissant l’affaire suivre son cours avec désinvolture, mais il n’avait pas tenu compte de ses conseils. Finalement incapable d’oublier ce moment de sa carrière, voilà Apollinaire prêt à prendre la route pour rejoindre Gail Hightower, révérend supérieur de l’Église des Saints de Dieu, à Afiadenyigban.

Pour le résumé de la suite des événements, mieux vaut s’en remettre à la plume de Kangni Alem, puisque le monde dans lequel il a décidé de plonger ses lecteurs n’est pas exactement celui de la sèche rationalité occidentale. Dans ce monde-là, par exemple, couper des têtes peut être "un métier comme un autre, pour un commerce universel, aussi vieux que les continents".

"À bien y réfléchir, la chose se tenait. Il faut avoir des têtes et, si on ne peut pas les obtenir en tuant soi-même un adversaire, on les achète." Peu à peu, les rets de la magie entortillent le cerveau de maître Apollinaire et le plongent "dans une boue d’illusions", dans "une campagne où le terreau premier est la superstition et la sorcellerie". Mais c’est dans ce vaudou littéraire mâtiné de considérations politiques désabusées que Kangni Alem se montre à son meilleur.