Energie

L’Africa Progress Panel critique la mauvaise gouvernance des entreprises d’énergie africaines

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Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’ONU, préside l’Africa Progress Panel. DR

Kofi Annan, ancien secrétaire général de l'ONU, préside l'Africa Progress Panel. DR ©

L’Africa Progress Panel, qui consacre son dernier rapport à l’énergie, pointe le rôle joué par la mauvaise gouvernance des « utilities » dans la crise énergétique que connaît le continent.

« La gouvernance des entreprises d’électricité est au coeur de la crise énergétique africaine. » Ce rapport 2015 de l’Africa Progress Panel – qui regroupe dix personnalités dont l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, l’ancien directeur général du FMI Michel Camdessus et le financier Tidjane Thiam – n’y va pas par quatre chemins. La mauvaise gouvernance est l’un des points clés de ce texte de près de 200 pages consacré au déficit énergétique en Afrique. « Les gouvernements voient le plus souvent les entreprises d’énergie comme des lieux d’influence politique et des véhicules de corruption, reléguant parfois la fourniture d’une énergie accessible au rang de préoccupation secondaire », dénoncent-ils

Symptômes de cette mauvaise gouvernance, le rapport, qui appelle à laisser plus de place au secteur privé, pointe notamment la gestion défaillante des finances mais aussi la corruption qui touche ces entreprises, en citant l’exemple de la Tanzanie. Dans ce pays, Tanesco, l’entreprise nationale qui bénéficie d’importantes aides internationales, est accusée d’avoir détourné de ses comptes quelques 124 millions de dollars, souligne le texte.

Le rapport critique également le fardeau que représentent les très larges subventions publiques au secteur de l’énergie (elles viennent ainsi renflouer les comptes des entreprises qui ne couvrent pas leur coût de production). « Beaucoup trop d’argent public est gaspillé à travers des subventions inefficaces et inéquitables. Les gouvernements dépensent 21 milliards de dollars chaque année pour couvrir les pertes des ‘utilities’ et subventionner des hydrocarbures, ce qui revient à détourner ces ressources d’investissements dans l’énergie qui seraient plus productifs. »

« Une électricité 80 fois plus chère »

Ces subventions, qui ne vont pas au développement de l’éducation ou du système de santé, pèsent également sur les conditions de vie des habitants à moyen et long terme, insistent les experts. Elles sont d’autant plus inefficientes que ces 21 milliards de dollars représentent exactement, selon une estimation de l’Agence internationale de l’énergie, les montants annuels nécessaires pour parvenir à fournir l’accès universel à l’électricité en Afrique subsaharienne.

De plus, les investissements dans les infrastructures énergétiques, alliés à une bonne gestion, devraient permettre de faire baisser le coût « exorbitant » de l’électricité payé par les ménages africains comparé à leur pouvoir d’achat. « Une femme vivant dans une zone rurale du nord du Nigeria dépense 60 à 80 fois plus pour une unité donnée d’énergie qu’un habitant de Manhattan ou de Londres », souligne ainsi le rapport.

2015, un rendez-vous crucial

Parmi de nombreuses autres points développés, le texte insiste enfin sur le rendez-vous doublement crucial pour le continent que sera la COP21, le sommet mondial sur le climat qui se tiendra en fin d’année à Paris. Tout d’abord, cette conférence doit déboucher sur un accord de réduction des émissions de gaz à effet de serre destiné à limiter le réchauffement climatique, qui touchera « sévèrement » l’Afrique.

D’autre part, ce sommet doit entériner un système de financement destiné aux pays les plus pauvres pour s’adapter au changement climatique et développer notamment les énergies peu polluantes. « Les risques liés au changement climatique en Afrique sont reconnus. Pris ensemble, les niveaux élevés de pauvreté, la dépendance aux pluies, le déficit d’infrastructures, les faibles filets de sécurité se cumulent pour faire du climat un risque majeur de vulnérabilité, même sans réchauffement », dit-il en appelant à la mobilisation rapide de tous les acteurs, États en tête.

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