Energie

Les défis gaziers africains débattus à Paris

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L’édition 2015 du Congrès mondial du gaz s’est déroulée du 1er au 5 juin à Paris.

L'édition 2015 du Congrès mondial du gaz s'est déroulée du 1er au 5 juin à Paris. © WGCParis2015/Twitter

Près de 3 500 délégués ont participé au Congrès mondial du gaz, qui s’achève ce vendredi 5 juin à Paris. Parmi les sujets évoqués : l’intérêt du gaz par rapport aux autres sources d’énergie, notamment dans le cas des pays africains.

Le Congrès mondial du gaz (CMG) s’achève ce vendredi 5 juin 2015 au parc des expositions de la porte de Versailles à Paris. Cette édition a été l’occasion de débats sur l’intérêt du gaz par rapport aux autres sources d’énergies, notamment le charbon ; sur les modèles techniques et économiques adaptés aux projets gaziers africains ; et sur le gaz de schiste, alors que l’Algérie et l’Afrique du Sud veulent se lancer dans ce nouveau domaine.

>>>> Voir aussi – Gaz de schiste : l’Afrique du Sud lance une étude d’impact sur l’exploitation

Pour Roger Bounds, le patron de la branche gazière de Shell, « pour répondre à l’augmentation de la population mondiale, la seule solution va être de diversifier les sources d’approvisionnement, le pétrole et le charbon étant, seuls, insuffisants. L’énergie gazière est l’une des plus abordables et pertinentes, en particulier pour l’Asie et pour l’Afrique », a affirmé cet Australien lors de la session du CMG consacrée à l’industrie gazière dans les pays émergents.

« Le gaz présente l’avantage d’être moins polluant que le charbon, mais il faut aussi, pour nos pays d’Afrique, qu’il soit peu coûteux », a fait valoir lors de la même conférence l’égyptien Khaled Abu Bakr, président de la compagnie Taqa Arabia, basée au Caire. « Le gaz fait partie de la solution énergétique pour l’Afrique, mais il ne faut pas l’imposer comme seule la source écologiquement correcte, ou ‘de transition’ avant de passer au ‘tout renouvelable’. Intégrer du gaz dans le mix énergétique offre une plus grande flexibilité aux autorités des pays, qui doivent pouvoir choisir, sans exclusive, entre pétrole, gaz, charbon et énergies renouvelables, en se basant d’abord sur des principes économiques avant d’être écologiques. Au Sud du Sahara, où certains pays affichent un taux d’électrification inférieur à 25 % de la population, la question du prix de l’électricité est cruciale », a-t-il rappelé.

>>>> Jérôme Ferrier : « Du gaz pour l’électrification des pays africains ! »

Infrastructures

« Reste que pour développer de grands projets gaziers en Afrique subsaharienne, le chemin est long, a fait observer Ali Moshiri, le président exploration et production de Chevron Afrique et Amérique latine. Certes, la demande en gaz du continent augmente chaque année de 2,1 % – soit deux fois plus que la croissance mondiale de 0,7 % par an -, mais pour y répondre avec les réserves locales plutôt qu’en important, il faut des infrastructures, encore bien insuffisantes », a relevé le dirigeant du géant américain des hydrocarbures.

« Terminaux gaziers, usines de liquéfaction, et pipelines sont encore peu nombreux », a-t-il regretté, notant la difficulté de les financer dans des contextes politiques instables alors que ces projets nécessitent une vision de long terme, en particulier pour définir la part de gaz pouvant-être utilisée localement pour la production d’électricité, et celle exportée. Même au Nigeria et en Angola, les deux premiers producteurs du continent de gaz naturel, cette industrie n’en est encore qu’à ses débuts.

Selon Ali Moshiri, « au Nigeria, il faut encore étendre les pipelines de distribution pour pouvoir utiliser cette source d’énergie pour l’électrification à l’intérieur du pays, et non pas seulement sur la côte. Quant à l’Angola, la mise au point des chaînes de liquéfaction reliées aux installations pétrolières en mer est extrêmement complexe », a-t-il noté. « Nous avons besoin d’expertises pour avancer, auprès d’organismes comme l’Union internationale du gaz ou l’ONU, en particulier sur la fixation des prix du gaz », reconnaissait Khaled Abu Bakr, de Taqa Arabia.

Schiste

L’intérêt et l’impact des projets non conventionnels de gaz de schiste – domaine complètement nouveau pour l’Algérie et l’Afrique du Sud qui veulent s’y lancer – ont été longuement abordés durant plusieurs conférences du CMG. Pour les experts de l’Union internationale du gaz (UIG) ayant planché sur le sujet et qui ont présenté leurs conclusions à Paris, le modèle américain de développement du gaz de schiste ne peut guère être répliqué ailleurs.

« Les producteurs de gaz de schiste américains ont bénéficié de conditions uniques pour réussir leur développement du gaz de schiste au début des années 2010 : d’abord, ils étaient en profond déficit de production, alors que leur demande intérieure était en forte croissance ; ensuite, ils disposaient de réserves facilement exploitables dans des zones peu habitées ; et enfin, ils ont bénéficié d’un environnement contractuel particulièrement favorable, faisant peser le risque sur l’acheteur », a énuméré Mikhaïl Ushkin, responsable du développement chez le russe Gazprom et membre du groupe de travail de l’UIG. « Nulle-part dans le monde nous n’avons constaté le même contexte favorable, à la rare exception de l’Australie orientale », a-t-il indiqué à l’assistance.

Les émissaires de l’algérien Sonatrach, nombreux au CMG de Paris, dont les ambitions dans le gaz de schiste sont contestées, tiendront-ils compte de cet avertissement des spécialistes ?

>>>> Gaz de schiste : Sonatrach contre-attaque

Découvrez ci-dessous une présentation sur le bilan et les perspectives du gaz dans le monde réalisée par Jérôme Ferrier, président de l’Union internationale du gaz (UIG)

 

BILAN ET PERSPECTIVES DU GAZ DANS LE MONDE

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