Politique

La pauvreté, premier facteur de violence au Burundi

Marche à Bujumbura le 5 juin.

Marche à Bujumbura le 5 juin. © Gildas-Ngingo/AP/Sipa

Déogratias Niyonkuru est secrétaire général et cofondateur de l’organisation burundaise Appui au développement intégral et à la solidarité sur les collines (ADISCO).

Il est rare que le Burundi fasse les gros titres de la presse internationale ou attire l’attention des grands leaders politiques de ce monde. Et quand cela est le cas, c’est souvent pour de mauvaises raisons. C’est malheureusement ce qui se passe aujourd’hui. La décision controversée du président Nkurunziza de se présenter pour un troisième mandat a déclenché de la violence.

Ce qui frappe le pays dépasse toutefois la simple sphère politique. C’est plutôt du côté de l’absence d’un développement inclusif qu’il faut en chercher les raisons. La pauvreté généralisée et les privations représentent de fait les principales causes des mécontentements et des violences qu’on observe au Burundi à l’heure actuelle.

Le pays est l’un des plus pauvres au monde. La mortalité infantile y est parmi les plus élevées d’Afrique. Le Burundi se classe en tête de l’Indice 2014 de la Faim dans le monde  pour la troisième année consécutive, et l’Unicef a identifié que 58 % des enfants de moins de 5 ans souffraient de malnutrition chronique. Son indice de développement humain compte également parmi les plus faibles (180/184 pays en 2014).

Le Burundi n’est pas le seul laissé pour compte de l' »Essor africain » : nombre de pays du continent ne réussiront pas à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement. Si ces derniers ont galvanisé la communauté internationale et favorisé l’investissement dans le domaine social, ils ont trop souvent échoué à renforcer les capacités à la base et à encourager les opportunités économiques pour les populations locales.

C’est cet échec à inclure les communautés locales dans le processus de développement qui nous a conduits à créer ADISCO en 2006. ADISCO œuvre à mobiliser les communautés et à mettre les populations au cœur des actions de développement. Nous encourageons les populations du Burundi à travailler ensemble à la mise en place d’initiatives locales qui favorisent le développement socioéconomique de leur communauté et améliorent leur autonomie financière. Dans un pays où près de 50 % du budget national provient des aides étrangères, nous voulons mettre en lumière ce que les ressources locales permettent de réaliser.

Notre approche est simple, facile à déployer et judicieusement ancrée dans la culture et les traditions locales. Grâce à notre réseau de plus de 600 animateurs locaux, nous aidons les communautés à surmonter les défis, avec des résultats impressionnants en matière de santé, d’agriculture, de société civile et d’entrepreneuriat. Notre expansion spectaculaire illustre la pertinence et l’adaptabilité de notre modèle aux réalités sur le terrain – plus de 200 000 personnes sont impliquées dans les activités soutenues par ADISCO.

Nous devons reconnaître que l’absence de développement est le premier facteur de frustration, de colère et de violence.

L’un de ces défis concerne par exemple l’agriculture qui emploie 90 % de la population du Burundi. Plutôt que d’imposer des modèles descendants, ou nous contenter de donner de l’argent et des animaux, à l’instar de certaines organisations internationales, nous encourageons les paysans à mobiliser leurs propres ressources et à identifier leurs propres solutions pour garantir un avenir durable. ADISCO forme les paysans pour qu’ils mettent en place des coopératives agricoles qui renforcent leur position sur la chaîne de valeur. Nous avons contribué à l’installation de plus de deux mille groupes de solidarité et 26 coopératives qui défendent leurs intérêts. Plus de 110 000 personnes ont plus facilement accès à des soins de santé par le biais de mutuelles de santé.

Notre travail a été reconnu par la Fondation Roi Baudouin qui nous a décerné son Prix du Développement en Afrique. Des initiatives qui partent de la base, faciles à financer et porteuses de résultats impressionnants et durables, sont essentielles à un développement réussi. Nous souhaitons les voir inscrites au cœur de l’agenda politique international, et mises en avant à l’occasion de la Troisième Conférence internationale sur le financement du développement organisée à Addis Abeba en juillet.

ADISCO a été créée dans la foulée des efforts de reconstruction du pays à la suite d’une guerre civile. Le pays est à nouveau en proie au conflit. La priorité absolue est d’unir nos forces pour faire cesser les violences. Mais une fois ce résultat atteint, nous devons reconnaître que l’absence de développement est le premier facteur de frustration, de colère et de violence. Et que le meilleur moyen de relever ce défi est d’encourager les populations à créer et concrétiser leurs propres solutions. Nous le devons aux futures générations de Burundais.

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