Défense

Terrorisme : quand Hollande joue les cow-boys au Mali

Le dessin de la semaine. © Sheneman, International New York Times

Au Mali, le président français n'hésite plus à ordonner des assassinats ciblés contre les chefs jihadistes. Une "neutralisation" sans autre forme de procès.

Deux trophées de plus au tableau de chasse de François Hollande. Deux noms en moins sur la liste très confidentielle des terroristes à "neutraliser" qui circule à l’Élysée et dans les états-majors.

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Le premier : Abdelkrim al-Targui (de son vrai nom Hamada Ag Hama), soupçonné d’avoir participé, de près ou de loin, à la plupart des rapts de Français au Mali et au Niger ces cinq dernières années, y compris l’enlèvement et l’assassinat des deux journalistes de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, en 2013, à Kidal. Puissant lieutenant d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), il dirigeait l’une de ses katibas.

>> À lire aussi : Selon Sahara Médias, Aqmi revendique l’assassinat des journalistes de RFI au Mali

Le second : Ibrahim Ag Inawalen, alias Bana, un déserteur de l’armée malienne présenté comme le bras droit d’Iyad Ag Ghali, le chef du groupe islamiste Ansar Eddine. Il aurait joué un rôle dans le massacre d’Aguelhok en janvier 2012 (entre 70 et 153 morts, dont une majorité de soldats maliens).

Les deux Touaregs auraient été tués avec deux de leurs comparses aux premières heures du 18 mai par les forces spéciales françaises, près de la frontière algérienne. Selon la version livrée par l’armée, ils auraient tiré les premiers, avant de subir le feu français. "Nous ne partons jamais pour tuer", assure-t-on à l’état-major. extrajudiciaires. La "neutralisation" – le terme employé par Paris – des jihadistes est pourtant devenue une spécialité de François Hollande.

Le président, s’il n’en parle jamais publiquement, l’assume totalement en privé, au nom de la "guerre globale" contre le terrorisme. Sous les lambris de l’Élysée, on appelle cela les "opérations homo" (pour homicides). Des exécutions extrajudiciaires, en fait, qui ont eu pour théâtre ces trois dernières années l’Afghanistan, la Somalie et surtout le Sahel où, dès le déclenchement de l’opération Serval, en janvier 2013, les ordres donnés aux militaires étaient clairs : "Détruisez-les !" Depuis, une vingtaine de chefs présumés de l’hydre jihadiste sont tombés.

Aucun n’a été fait prisonnier. Cette stratégie d’assassinats ciblés calquée sur celle des États-Unis commence à indigner les défenseurs des droits de l’homme et à embarrasser les diplomates. N’est-ce pas le même président qui défend "partout où il passe", selon l’expression de l’un de ses conseillers, l’abolition de la peine de mort, comme il le fit récemment en Arabie saoudite ?

Elle indispose aussi la justice. "L’audition d’Abdelkrim al-Targui aurait pu être utile dans l’enquête sur l’assassinat des journalistes de RFI, et celle de Bana à propos du massacre d’Aguelhok", déplore un magistrat malien. Mais en temps de guerre, qui se soucie de justice ?

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