Elections

Espagne : à Madrid et Barcelone, dames rouges sur fond gris

La Barcelonaise Ada Colau, une militante associative.

La Barcelonaise Ada Colau, une militante associative. © Toni Albir/SIPA

La crise s’éternise, les scandales de corruption se multiplient… Et deux militantes proches du mouvement des Indignés ont de bonnes chances de devenir maires de Madrid et de Barcelone.

Le Parti populaire (droite) au pouvoir a remporté le plus grand nombre de voix (27,3 %) aux élections municipales et régionales du 24 mai. Pas assez toutefois pour obtenir la majorité absolue des sièges dans nombre d’assemblées municipales et régionales. Conséquence de la crise économique et des scandales de corruption à répétition, il a perdu 2,5 millions de voix – soit dix points – par rapport à 2011. Le Parti socialiste (PSOE) n’a pas de quoi pavoiser, mais fait quand même un peu mieux – ou un peu moins mal : il ne perd "que" 700 000 suffrages.

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Alliances. Privés de majorités, les deux grands partis traditionnels vont devoir nouer des alliances s’ils veulent conserver leurs fiefs. Le PP tend la main aux centristes de Ciudadanos, quatrième force politique du pays ; et les socialistes, à Podemos, le nouveau parti de la gauche radicale issu du mouvement des Indignés. Ce dernier réalise un véritable tour de force. Manuela Carmena, à Madrid, et Ada Colau, à Barcelone, les chefs de file des coalitions anti-austérité incluant Podemos, ont les meilleures chances d’être élues maires. L’une et l’autre ont pour principal objectif la lutte contre la corruption et les inégalités sociales.

Dans la capitale, Manuela Carmena, une ancienne magistrate âgée de 71 ans, a obtenu vingt sièges de conseillers municipaux avec sa liste Ahora Madrid (Madrid maintenant). C’est un de moins qu’Esperanza Aguirre, la candidate du PP, mais, grâce aux neuf élus socialistes, elle devrait décrocher sans difficulté la majorité absolue. "Le PSOE la soutient, c’est vrai, mais il est très peu probable qu’il entre au conseil municipal, car il ne veut prendre aucun risque avant les élections générales, en novembre", explique José Pablo Ferrándiz, chercheur à Metroscopia, le principal institut de sondages.

Encore inconnue du grand public il y a quelques mois, Manuela Carmena s’est fait connaître en organisant de petites réunions de quartier dont le succès spectaculaire l’a incitée à se lancer dans la campagne alors qu’elle n’avait jamais songé à faire une carrière politique. Militante du Parti communiste espagnol (PCE), elle fut la cofondatrice d’un cabinet d’avocats dont plusieurs membres périrent dans un attentat en 1977. Nommée juge en 1981, elle lutta contre la corruption dans le milieu judiciaire. Si elle est élue maire, elle souhaite diviser par deux le montant de ses émoluments – de 100 000 à 45 000 euros par an – et souhaite ouvrir la gestion de la municipalité aux citoyens.

La Madrilène Manuela Carmena, magistrate ex-communiste à la retraite. © Gérard Julien/AFP

Expulsions. À Barcelone, la situation est un peu plus délicate pour Ada Colau, arrivée en tête du scrutin avec sa liste Barcelona en Comú ("Barcelone en commun"), qui regroupait des Indignés, des militants de Podemos et des indépendants. Pour l’empêcher d’être élue maire, ses divers adversaires peuvent décider de se coaliser autour de Xavier Trias, le maire sortant nationaliste de centre droit, ou d’un autre, mais cette hypothèse n’est pas la plus probable. À 41 ans, cette activiste n’a jamais été membre d’aucun parti. Elle était jusqu’ici connue pour son engagement au sein de la Plateforme des victimes des hypothèques (Plataforma de Afectados por la Hipoteca, PAH), une organisation qui milite contre les expulsions de familles frappées par la crise.

Si elle est élue, Ada Colau a logiquement annoncé qu’elle interdira les expulsions, transformera les appartements vides en logements sociaux, fera baisser les prix de l’eau, du gaz et de l’électricité, créera un salaire mensuel minimal de 600 euros pour les familles les plus modestes et, accessoirement, réduira son salaire à 2 200 euros par mois – contre 143 000 euros par an pour l’actuel maire. Sa victoire a quelque peu douché les espoirs des indépendantistes, qui comptaient sur ce scrutin pour asseoir leur légitimité. Si la future maire n’est pas hostile à la tenue d’un référendum d’autodétermination, ce n’est pas sa priorité : le social avant tout !

Reste à présent à Podemos à faire ses preuves dans la gestion des affaires publiques avant le scrutin décisif du mois de novembre. Et ça, c’est une autre ­histoire.

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