Cinéma

Moussa Maaskri, tendre voyou

Moussa Maaskri : "Jouer les méchants, cela offre une palette énorme." © Yohanne Lamoulère pour J.A.

Si on le voit souvent dans des rôles de dur et de tatoué, l'acteur franco-algérien Moussa Maaskri est bien plus polyvalent qu'on ne le croit...

Souvent, la question le saisit. Et si le drame du 18 octobre 1980 n’avait pas eu lieu ? Ce soir-là, Lahouari Ben Mohamed, un jeune français d’origine marocaine, était abattu à Marseille par un CRS lors d’un contrôle d’identité. Ce jour-là, Moussa Maaskri n’était pas loin de l’endroit où son copain tombait sous les balles d’un policier à la détente trop leste. Il aurait même dû être avec lui, n’eût été le veto imposé par sa mère au moment où il s’apprêtait à monter dans la voiture conduisant Ben Mohamed vers son tragique destin. "On devait juste aller faire un tour, pas très loin des Flamants, dans les quartiers nord. Au dernier moment, elle m’a dit de rentrer à la maison, parce que le lendemain, j’avais foot…" Le CRS ne sera pas puni, et certains jeunes des Flamants, dont Moussa Maaskri, décideront d’exprimer leur douleur par le théâtre. "Quand on a monté cette troupe, c’était une façon de raconter l’histoire. On a créé une pièce, Ya oulidi, qui signifie "Mon fils", le cri que la mère de Lahouari a poussé… Et on a joué à travers les Bouches-du-Rhône."

Pour le jeune Moussa Maaskri, qui a vite abandonné l’école, le temps défile au rythme des matchs de foot, autre passion, des représentations et de la lecture des classiques français. "Ma mère m’encourageait à suivre la voie artistique." Moussa Maaskri, né en 1962 à Constantine dans une Algérie à peine indépendante, s’arrête un instant sur sa famille. "Mon père est venu en France pour travailler à la construction des routes. On l’a rejoint en 1967, avec ma mère, mes frères et mes soeurs. On a d’abord vécu dans un bidonville. Ma mère, aujourd’hui disparue, a ensuite créé un centre social dans les quartiers nord, puis a contribué à la mise en place d’un planning familial."

Fasciné par l’époque des Lumières, le jeune homme persévère dans le théâtre, tout en travaillant à la Maison de l’étranger, où il s’occupe de la revue de presse. Sa carrière décolle doucement, sur les planches et à l’écran. Un rôle dans Mohamed Bertrand-Duval, d’Alex Métayer, en 1991, une apparition dans un épisode de Navarro et une autre, plus remarquée, dans Bye-bye, de Karim Dridi, en 1995.

Au cinéma, sa carrure, son visage buriné et son regard noir sont une bénédiction offerte aux réalisateurs en quête de personnages sulfureux.

Au cinéma, sa carrure, son visage buriné et son regard noir sont une bénédiction offerte aux réalisateurs en quête de personnages sulfureux. "C’est tout sauf réducteur, soutient Maaskri. Jouer les méchants, cela offre une palette énorme. Car on trouve de tout chez eux : des gens sans vergogne, des sentimentaux, des mecs drôles, des pères de famille. J’ai toujours pris beaucoup de plaisir à incarner ces personnages, même si je meurs souvent avant la fin !" Homme de main de Gaëtan Zampa – incarné par Gilles Lellouche – dans La French (2014), de Cédric Jimenez, Moussa Maaskri a enchaîné les rôles de voyou, avec Requiem, Truands, MR 73, Secret défense, L’Immortel ou Banlieue 13, tournant sous la direction de Frédéric Schoendoerffer, Olivier Marchal, Fred Cavayé ou Luc Besson, côtoyant de grands noms du cinéma français comme Jean Dujardin, Richard Berry, Daniel Auteuil, Jean Reno ou Gérard Lanvin, croisant même son idole, Robert De Niro !

"Je n’ai pas tourné de scène avec lui, mais j’ai pu lui parler un peu sur le tournage de Malavita, de Luc Besson." "Je n’ai pas fait qu’incarner des gangsters, ni jouer des seconds rôles, corrige néanmoins Maaskri. J’ai tourné dans des comédies (Gomez & Tavarès, Nos amis les flics), j’ai eu quelques rôles de policiers, comme dans À bout portant. Ou celui d’un mec amoureux. Je peux jouer beaucoup de choses, et cela je le dois au théâtre. Je l’ai montré dans Vidocq, où j’ai rencontré Gérard Depardieu. Lui et moi, on vient d’en bas. C’est pour ça qu’on s’est bien entendus sur le tournage…"

Trente-cinq ans ont passé, mais la mort de Lahouari Ben Mohamed habite toujours l’acteur, qui réalisera cette année son premier moyen-métrage, L’Ardoise. "L’histoire de cinq potes qui se retrouvent à Marseille, des années plus tard. C’est un retour sur la mort de Lahouari…" Pour le tournage, entre Marseille et l’Algérie, Maaskri fera appel à des acteurs connus, "mais aussi à des gens des quartiers nord, où je vis toujours". Et probablement à ces comédiens jouant dans la web série marseillaise Les Déguns, où il apparaît régulièrement dans le costume d’un flic ripou.

"Je veux être un réalisateur à l’écoute des acteurs, comme j’ai pu en rencontrer. Les meilleurs sont ceux qui aiment les acteurs", résume-t-il, en avouant que remonter sur les planches fait aussi partie de ses projets. "Acteur, c’est un métier difficile, mais comme c’est une passion, on le vit mieux. Même si c’est violent quand un film ne marche pas, quand les critiques ne sont pas celles que l’on espérait." Il ne s’épanche pas plus : c’est à sa femme, et seulement à elle, qu’il confie ses joies et ses peines. "Dans ce milieu, j’ai des potes, pas vraiment d’amis. Ma femme, mes enfants, ma ville, c’est mon équilibre…"

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