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Cet article est issu du dossier «Finance : Ecobank face à son avenir»

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Banque

Comment Versus Bank a retourné la situation

Un second plan stratégique 2016-2018 est lancé pour préparer la privatisation. © Vincent Fournier / J.A

Condamnée à une mort certaine il y a cinq ans, la banque publique a réussi à se redresser. Mais pas question de baisser la garde.

Assis dans ses bureaux de l’immeuble de la Caisse de retraite par répartition des agents d’encadrement de l’Union monétaire ouest-africaine (CRRAE-UMOA), Guy Koizan, le directeur général de la banque publique Versus Bank, savoure sa joie d’avoir pu parvenir à redresser l’établissement en moins de quatre ans. Mais le plus dur reste à venir. Car après la liquidation de la Banque pour le financement de l’agriculture (BFA), Versus Bank, contrôlée à 100 % par l’État ivoirien, fait partie des quatre établissements bancaires à capitaux publics privatisables, aux côtés de la Banque nationale d’investissement (BNI), de la Caisse nationale des caisses d’épargne et de prévoyance (CNCE) et de la Banque de l’habitat de Côte d’Ivoire (BHCI).

Marchés publics

Nommé à la tête de Versus Bank en 2011, à la sortie de la crise postélectorale, Guy Koizan, fin connaisseur du marché bancaire local avec trente années d’expérience, a d’abord mis en oeuvre pour 2012-2015 un plan stratégique ciblant le financement des PME. Le volume de crédits accordés à celles-ci est passé de 14 milliards de F CFA en 2011 à plus de 50 milliards de F CFA en 2014 (de 21,3 millions à plus de 76 millions d’euros), soit une progression de plus de 350 % en l’espace de trois exercices. La floraison de marchés publics, notamment dans le BTP, et les grands chantiers d’État (construction du troisième pont d’Abidjan, réhabilitation du réseau routier…) ont également profité à Versus Bank, qui a financé les entreprises dans le cadre du Programme présidentiel d’urgence (PPU).

 

Le total de bilan a progressé de 40% entre 2010 et 2014. 

Parallèlement, la banque s’est orientée vers les particuliers, une clientèle passée de 2 200 personnes en 2011 à 6 000 individus en 2014. Ces nouvelles orientations ont permis de faire progresser le total de bilan de 35 milliards de F CFA en 2010 à plus de 48 milliards en 2014, soit une progression de près de 40 %. Dans le même temps, les ressources collectées auprès de la clientèle ont connu une hausse de 38 %. Une montée en puissance que traduit l’évolution des bénéfices. L’exercice 2014 s’est soldé par un résultat positif de 625 millions de F CFA, quand il était estimé à 221 millions en 2011.

Points faibles

Mais cette embellie ne doit pas cacher un certain nombre de points faibles. « Avec un réseau de trois agences seulement, Versus fait du surplace. Et elle ne pourra pas se développer tant que l’État n’aura pas pris de position claire sur son éventuelle privatisation », explique un analyste financier basé à Abidjan. Des difficultés que n’ignore pas Guy Koizan, qui affirme que « Versus tient grâce au dynamisme de son exploitation, à la qualité de sa clientèle, à la maîtrise de ses charges, à la performance de ses ressources humaines et de ses outils de gestion qui ont permis de faire passer le produit net bancaire de 1,5 milliard de F CFA en 2010 à 1,6 milliard en 2011, puis à plus de 4,1 milliards ». « Malgré une croissance du nombre de PME dans son portefeuille clients, les créances en souffrance de Versus Bank n’ont pas augmenté.

Bien que publique, elle n’a pas bénéficié des ressources de l’État et elle a gardé une culture d’entreprise privée », notait le cabinet PwC, commis par le gouvernement pour effectuer une étude sur la privatisation du secteur public en 2012. En attendant, Versus Bank prévoit un deuxième plan stratégique pour la période 2016-2018, dans l’objectif de relever le niveau du capital social de 3 milliards de F CFA, ce qui reste inférieur aux 10 milliards théoriquement imposés par la banque centrale. L’établissement poursuivra également son action en faveur des PME et visera un bénéfice de 2,2 milliards de F CFA en 2016, de 2,9 milliards en 2017 et de 3,2 milliards en 2018. De quoi, sur le papier, tourner définitivement le dos aux périodes de turbulences et offrir un meilleur profil avant sa privatisation. 

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