Energie

Amine Mazouzi, en équilibre sur un baril

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La Sonatrach n’a plus de secret pour cet ingénieur qui y travaille depuis plus de vingt ans. DR

La Sonatrach n'a plus de secret pour cet ingénieur qui y travaille depuis plus de vingt ans. DR ©

C’est un de ceux à qui profite le coup de balai au sein des grandes entreprises publiques algériennes. Mais bien des dossiers sensibles attendent le nouveau PDG de Sonatrach.

Personne ne l’a vu venir, même pas son père, Mohamed Said Mazouzi, ministre algérien du Travail et des Affaires sociales dans les années 1970, cette ère flamboyante où le géant pétrolier Sonatrach était au sommet de sa gloire. Pourtant, le nom d’Amine Mazouzi, 50 ans, figurait en bonne place sur la short-list des candidats éligibles à la direction de l’entreprise publique. Quand, à la mi-mai, des émissaires du pouvoir lui ont discrètement proposé de prendre le poste, l’intéressé n’a pas mis longtemps à donner son accord.

>>>> Algérie : Amine Mazouzi prend ses fonctions à la tête de Sonatrach

Siège éjectable

Une nomination qui intervient alors que le président Abdelaziz Bouteflika a procédé à une « purge » et donc à de nouvelles promotions au sein des banques et des entreprises publiques du pays, après le remaniement ministériel du 14 mai. Le 25 mai, donc, Amine Mazouzi a été officiellement installé dans ses fonctions de PDG de Sonatrach à la place de Saïd Sahnoun, qui en assurait l’intérim depuis juillet 2014. Fini la menace du siège éjectable ? À voir ! Depuis l’arrivée au pouvoir de Bouteflika en 1999, neuf directeurs généraux se sont succédé à la tête de la compagnie, déstabilisant et fragilisant sa direction.

Diplômé de l’École polytechnique d’Alger et de Centrale – l’une des plus prestigieuses écoles d’ingénieurs de France -, détenteur d’un doctorat d’État en ingénierie pétrolière et auteur de plusieurs ouvrages sur les hydrocarbures, Amine Mazouzi a fait toute sa carrière chez Sonatrach. Il a été successivement chef du département techniques nouvelles, du pôle Hassi Messaoud, directeur de la stratégie et de la planification et également cadre à Londres au sein du joint-venture Sonatrach-BP. « Non seulement il est dans le groupe depuis 1995, mais ses compétences sont au-dessus de la moyenne, dit de lui un ex-PDG de la firme. Il va prendre les bonnes décisions. » Ses bons rapports avec le nouveau ministre de l’Énergie, Salah Khebri, devraient lui faciliter la tâche. Et quelle tâche !

Confiance

Le nouveau patron du groupe pétrolier, qui compte 120 000 salariés et 154 filiales en Algérie et à l’étranger, va devoir relever plusieurs défis. Le premier, rassurer et remotiver les employés de l’entreprise, alors que sa réputation a été entachée par des scandales de corruption et que plusieurs de ses hauts cadres sont aujourd’hui en prison. « Ces affaires ont paralysé l’initiative au sein de Sonatrach et certains cadres se sont expatriés pour vendre leur savoir-faire aux multinationales, souligne un expert international. Le PDG doit donc redonner confiance. »

Dans le même temps, Amine Mazouzi devra renforcer les activités d’exploration, augmenter la production des hydrocarbures, en baisse constante depuis cinq ans, et convaincre les groupes pétroliers de réinvestir dans le Sahara algérien. Le pétrole et le gaz étant les deux mamelles du pays, Sonatrach doit faire augmenter son chiffre d’affaires. Mission ardue. Dans un contexte de crise liée à la chute du prix du baril, il devrait s’élever au mieux à 35 milliards de dollars (32 milliards d’euros) à la fin de l’année contre 63 milliards en 2014.

Autre dossier sensible, celui des gaz de schiste, qui a provoqué une tempête sociale et politique dans le pays. Amine Mazouzi a déjà travaillé sur cette question avec les populations du Grand Sud opposées à l’exploitation de ces gaz non conventionnels. Trouvera-t-il les mots justes pour déminer le terrain ? Dans les couloirs du pouvoir comme dans ceux de Sonatrach, nul ne saurait dire combien de temps va durer son état de grâce.

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