Sécurité

Kenya : attaque meurtrière des Shebab contre des policiers près de Garissa

| Par Jeune Afrique
Des policiers kényans en février 2014 à Mombasa.

Des policiers kényans en février 2014 à Mombasa. © Ivan Lieman/AFP

La localité de Garissa fait depuis plusieurs jours l’objet d’affrontements entre les Shebab somaliens et les policiers kényans. Début avril, les insurgés y avaient massacré près de 150 étudiants.

Des policiers kényans ont été victimes d‘une nouvelle attaque meurtrière des islamistes Shebab près de Garissa, dans l’est du Kenya. Les shebab ont affirmé avoir fait plus de 20 morts dans la nuit de lundi 25 à mardi 26 mai. Un bilan qualifié de pure "propagande" par le ministre de l’Intérieur, Joseph Nkaissery, faisant état d’un mort et de quatre blessés.

"L’armée et la police contrôlent totalement la situation et une opération majeure est en cours", a assuré le chef de la police, Joseph Kipchirchir Boinnet. "Tous les policiers manquants ont été retrouvés (…)", a-t-il affirmé.

Une embuscade en deux temps

Selon des sources policière et sécuritaire, les policiers ont été victimes d’une embuscade alors qu’ils étaient en patrouille. L’attaque est survenue près de la frontière somalienne dans les environs du village de Yumbis, à quelque 70 km au nord-est de Garissa.

Selon ces mêmes sources, un engin piégé a d’abord explosé au passage d’une patrouille de police, suivi de brefs échanges de tirs. Un convoi de quatre véhicules de police a été envoyé en renfort et est tombé dans une embuscade. Les quatre véhicules ont ensuite été détruits par des tirs de lance-roquette RPG des assaillants.

Une source policière s’exprimant sous couvert d’anonymat a expliqué que l’incident avait eu lieu "dans la zone la plus isolée de Garissa, pas très loin de la frontière avec la Somalie", justifiant les "difficultés à avoir des informations précises".

Les attaques se multiplient dans les zones frontalières

L’attaque attribuée aux shebab est intervenue quelques jours seulement après un nouveau déploiement de forces de sécurité kényanes dans la région, visée par plusieurs raids des islamistes liés à Al-Qaïda ces dernières semaines. 

La semaine dernière, le village de Yumbis lui-même avait déjà été le théâtre d’une incursion shebab. Selon la presse kényane, les insurgés, lourdement armés, avaient donné une leçon d’islamisme aux habitants et hissé leur drapeau sur un poste de police laissé à l’abandon. Un incident similaire avait eu lieu dans une mosquée de la zone quelques jours plus tôt. La région de Garissa, comme les autres zones kényanes frontalières de la Somalie sont le théâtre d’attaques récurrentes, d’ampleur variable des shebab.

La police anti-terroriste du Kenya critiquée

Depuis l’attaque contre l’université de Garissa le 2 avril, dans laquelle 142 étudiants ont trouvé la mort, la zone est restée particulièrement instable. Pour tenter d’endiguer les attaques parfois sanglantes des islamistes, les autorités ont promis de renforcer la sécurité. Pour empêcher les incursions Shebab, elles ont ainsi décidé de construire un mur ou des pans de mur le long des 700 km de frontière poreuse entre les deux pays.

>> Lire aussi : Pour se protéger des Shebab, le Kenya veut ériger un mur

Ces annonces laissent sceptiques les analystes, convaincus que des cellules Shebab sont déjà implantées au Kenya, où elles recrutent et opèrent sans avoir besoin de passer la frontière. En septembre 2013, les Shebab avaient notamment revendiqué l’attaque sanglante du centre commercial Westgate de Nairobi qui avait fait 67 morts.

Stigmatisation des populations musulmanes

Les observateurs dénoncent par ailleurs une politique kényane contre-productive en matière de contre-terrorisme. Et notamment une stigmatisation des populations somalies et musulmanes qui ne fait qu’exacerber les tensions.

>> Lire aussi : Attaque de Garissa : les Somalis du Kenya dans la crainte de représailles

Les régions pauvres et négligées de l’est kényan, peuplées majoritairement de Somalis et de Swahilis musulmans stigmatisés, sont ainsi devenues une cible privilégiée des islamistes. Ces derniers y trouvent un terreau propice à la radicalisation et pour toute opposition un appareil sécuritaire souvent faible et corrompu.

>> Lire aussi :Terrorisme : le Kenya et la Somalie sous la menace Shebab

(Avec AFP)

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