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Cet article est issu du dossier «Énergie : très chère électricité»

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Energie

Kenya : énergie en sous-sol

Vue sur la centrale Olkaria IV.

Vue sur la centrale Olkaria IV. © Roberto Schmidt/AFP/Getty

Dans les profondeurs de la faille du Rift, les Kényans disposent d'une source d'énergie considérable. Et ils se donnent les moyens de l'exploiter de plus en plus efficacement. 40 % de l'électricité du pays sont déjà issus de la géothermie.

« C’est un premier pas de géant sur la voie de l’autonomie énergétique ! » C’est avec ces mots que le président Uhuru Kenyatta a inauguré en octobre 2014 la centrale géothermique Olkaria IV, d’une puissance de 140 mégawatts. Cette centrale, associée au démarrage, annoncé en décembre 2014, des unités IV et V (d’une capacité cumulée de 140 MW) de la centrale Olkaria I, a fait doubler les capacités de production d’énergie géothermique installées au Kenya, les portant de 260 à 540 MW en un trimestre.

Les 280 MW ajoutés au réseau national fin 2014 ont nécessité près de 1 milliard de dollars d’investissements, apportés en grande partie par les bailleurs internationaux tels que la Banque mondiale, l’allemand KfW, l’AFD et le japonais JICA. « Une coopération exemplaire » selon Arthur Honoré, responsable du département énergie au bureau de l’AFD à Nairobi, dont l’agence a contribué à hauteur de 150 millions d’euros à ce projet.

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Cette progression spectaculaire de la production géothermique du Kenya confirme la place du pays au premier rang africain et celle du champ d’Olkaria (240 km2), situé près du lac Naivasha, dans le parc national Hell’s Gate à 120 km au nord-ouest de Nairobi, comme premier site de production géothermique en Afrique.

« C’est le bon élève de l’Afrique et le pays le plus avancé dans ce domaine, loin devant l’Éthiopie ou Djibouti, par exemple, où depuis trente ans l’exploitation de la géothermie reste au stade de projet », avance Bernard Sanjuan, chef de l’unité ressources géothermales au Bureau de recherches géologiques et minières à Orléans. Pourtant, la route est longue vers l’objectif de 5000 MW de production géothermique (sur une capacité électrique totale de 15 000 MW) que s’est fixé le pays dans son programme de développement Vision 2030.

Sur le papier, cette « vision » n’a cependant rien d’utopique. Selon la Geothermal Development Company (GDC), société publique créée en 2006 pour diriger la prospection et le développement de cette énergie, les 900 kilomètres de la vallée du Rift kényan représentent un potentiel géothermique de 7 000 à 10 000 MW. Mais plus d’un demi-siècle après les premiers forages de puits d’exploration à Olkaria, en 1956, le pays n’exploite que 5% à 7 % de ce potentiel et l’augmentation de la production a été des plus laborieuses. La centrale Olkaria II a par exemple mis vingt-deux ans à atteindre sa capacité de 105 mégawatts. Pis, ce projet initié en 1988 a été interrompu de 1993 à l’an 2000, faute de financement.

Pour Arthur Honoré, le pays a « appris de ses déboires » et ses ambitions aujourd’hui sont plus réalistes. Premièrement, seize sites géothermiques ont été identifiés le long du grand rift. Le développement du champ de Menengai (180 km au nord-ouest de Nairobi), dont le pays espère extraire à terme une production de 1000 à 1600 MW, avance à grands pas. Deuxièmement, le secteur énergétique kényan, libéralisé depuis 1996, « dispose d’une bonne santé financière et d’une bonne organisation », explique Arthur Honoré. Les producteurs énergétiques indépendants apportent aujourd’hui 30 % de la production nationale selon GDC.

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La centrale électrique Olkaria III a pour opérateur une entreprise privée, OrPower, filiale de l’israélienne Ormat. Et trois opérateurs indépendants – Sosian Menengai Geothermal Power, QPEA GT Menengai et OR Power Twenty-Two – sont déjà impliqués dans le développement de trois centrales d’une capacité individuelle de 35 MW sur le champ de Menengai. Pour ce projet, ces opérateurs ont déjà signé un accord de vente d’électricité avec la compagnie nationale de distribution Kenya Power et reçu une garantie de 12 millions de dollars de la Banque africaine de développement (BAD).

Mieux, le Kenya « a mis en place des entités publiques efficaces », estime Arthur Honoré. Comme le GDC, qui assure l’essentiel du travail de sondage et d’exploration géothermique. De plus, le pays dispose de ressources humaines bien formées. Une soixantaine de Kényans ont bénéficié de la formation de haut niveau dispensée par le centre spécialisé de l’Université des Nations-Unies en Islande, soit 40 % du contingent africain. Des experts en géothermie de KenGen, l’entreprise nationale de production d’énergie, sont consultés par plusieurs pays africains, tels que l’Ouganda et la Tanzanie, le Rwanda, Djibouti ou les Comores.

Enfin, l’énergie géothermique est stable et peu chère. Comme le rappelle Albert Mugo, directeur général de Kengen, « un kilowattheure d’énergie géothermique au Kenya coûte 0,07 dollar, contre 0,18 pour l’énergie générée par le fioul ». Selon ses estimations, la centrale Olkaria IV devrait entraîner « une économie de 917 millions de shillings par mois [9,8 millions de dollars], soit 11 milliards de shillings par an [118 millions de dollars] ».

L’énergie géothermique a aussi l’avantage de ne pas dépendre des aléas du climat, contrairement à l’hydro-électricité. Alors que les centrales hydrauliques kényanes ont un taux de disponibilité moyen de 58 %, à Olkaria ce taux avoisine 95 %. D’ailleurs, alors qu’elle représente un quart du parc électrique installé au Kenya, la géothermie est depuis septembre la première source d’énergie du pays (39,7 %), devant l’hydraulique (37,6 %) et le thermique (22,7 %).

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