Politique

Crise malienne : pourquoi Ménaka cristallise les tensions

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Le colonel major El Hadj Ag Gamou en compagnie de ses hommes, le 9 février 2013, à Gao.

Le colonel major El Hadj Ag Gamou en compagnie de ses hommes, le 9 février 2013, à Gao. © Émilie Régnier/J.A.

Alors que la rébellion du Nord-Mali réclame toujours des amendements à l’accord d’Alger pour le signer, la situation sécuritaire se détériore depuis la reprise de la ville de Ménaka, le 27 avril, par le Groupe d’autodéfense touareg imhad et alliés (Gatia), une milice loyaliste. Explications.

  • Pourquoi le Gatia ne veut pas lâcher Ménaka ?

Le mardi 19 mai, la Commission technique mixte de sécurité (CTMS), présidée par le commandant des forces de la Minusma et regroupant les représentants militaires de toutes les parties en conflit dans la crise malienne, devait se réunir à Gao pour parler de la situation sécuritaire et baliser le terrain pour l’accord de cessez-le-feu qui devrait être signé à la fin du mois à Alger par les rebelles. Mais la vieille de cette réunion, le Gatia a informé le commandant de la Minusma qu’il ne participerait pas à cette rencontre, car il considère que la CTMS n’existe plus depuis la signature de l’accord par Bamako, le 15 mai.

>> Lire l’interview de Fahad Ag Almahmoud (Gatia) : "Notre occupation de Ménaka n’a pas été préparée"

Pour la partie malienne, c’est désormais l’accord d’Alger qui s’applique, et le Gatia doit donc être remplacé par les forces maliennes – et non par la Minusma. Or, pour la médiation internationale, tant que l’accord de paix n’a pas été signé par l’ensemble des parties prenantes, tous les mécanismes de "l’accord de Ouagadougou" qui a permis l’organisation de la présidentielle en 2013, restent valables. Officiellement le gouvernement malien n’a pas déployé ses militaires à Ménaka, mais plusieurs dizaines de véhicules de l’armée malienne ont bien rejoint dans la ville les combattants du Gatia à la mi-mai.

  • Que pense la population de Ménaka de cette situation ?

Ménaka est traditionnellement le deuxième bastion de l’irrédentisme touareg depuis 1991. C’est à partir de cette ville que toutes rebellions ont été déclenchées. Mais depuis 2013, leurs leaders, notamment le député Bajan Ag Hamato et Ibrahim Ag Idbaltan, militant anti-esclavagiste, ont fait allégeance à Bamako. Depuis, Ménaka est divisée entre deux tendances, rebelles et loyalistes.

Depuis la reprise de cette ville par le Gatia, le 27 avril la ville semble avoir complètement basculé en faveur de Bamako. "On se reconnaît dans le Gatia pour deux choses. La première : ce sont des gens de Ménaka, n’oubliez pas que le général Ag Gamou est de cette ville, sa mère y vit. La deuxième, c’est que le Gatia se revendique du Mali. Et lorsque le groupe a pris la ville, les habitants sont sortis massivement pour scander son nom, mais ses combattants ont aussitôt demandé de scander plutôt le nom du Mali", explique Issouf Sotvar, un habitant de Ménaka

  • Pourquoi la CMA veut-elle reprendre Ménaka ?

La Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), a fait savoir à la médiation internationale qu’elle voulait reprendre ses positions à Ménaka. Cette ville est l’un des fiefs de la CMA et cela en vertu de l’accord de cessation des hostilités signé au mois de février dernier à Alger. Ce document stipule que chaque partie doit rester sur sa position et qu’aucune autre conquête de localité ne sera reconnue. "Nous demandons ce qui nous revient de droit. Nous allons prendre cette localité par le dialogue ou par la force", affirme Mossa Ag Attaher, un des porte-paroles de la CMA.

L’enjeu de Ménaka est surtout politique, car la ville sera bientôt une capitale régionale tout comme Taoudéni. "Quand l’accord d’Alger sera appliqué, deux nouvelles régions viendront s’ajouter aux trois existantes, Gao, Tombouctou et Kidal. Cette dernière ville est un fief des rebelles, et Taoudéni sera probablement une autre région aux mains de la CMA car cette zone appartient aux bérabiches du Mouvement arabe de l’azawad (MAA), hostiles à Bamako", analyse un notable du Nord qui a pris ses distance avec le processus négociation. "Si jamais Ménaka bascule à nouveau, alors, trois régions sur cinq seront des fiefs rebelles, ce que Bamako veut éviter à tout prix."

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