Société

François Durpaire : « La commémoration de la fin de l’esclavage est l’affaire de tous »

François Durpaire est historien, membre du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage.

Mis à jour le 22 mai 2015 à 15:52

François Durpaire : « Réunir ultramarins et Africains autour d’une mémoire commune. » © DR

Jeune Afrique : À quoi sert ce comité ?

FRANÇOIS DURPAIRE : Il a été créé en 2009, avec pour mission de promouvoir et de faire vivre la loi Taubira dans trois domaines : la célébration de la Journée nationale de la mémoire de l’esclavage ; l’intégration de l’esclavage dans les programmes scolaires, du primaire au secondaire ; la recherche, avec la création de départements spécialisés dans les universités. Le comité se réunit en moyenne une fois par mois, généralement en présence de membres invités et de représentants de divers ministères.

L’histoire de l’esclavage reste un sujet sensible…

C’est vrai. En 2014, un maire Front national a refusé de participer à la célébration de cette journée pourtant nationale. Dommage que la loi ne permette pas de poursuivre des citoyens pour négation de l’esclavage, comme c’est le cas par exemple de la loi Gayssot pour la Shoah, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Cela dit, les Français s’intéressent de plus en plus à cette part de leur histoire. Les associations sont très dynamiques sur le sujet. La recherche française rattrape peu à peu son retard sur la recherche anglo-saxonne. Pendant des décennies, les universités américaines et britanniques étaient seules en pointe sur la question. Désormais, elles doivent compter avec les françaises, et notamment l’université Antilles-Guyane.

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Quels sont désormais les enjeux ?

Faire en sorte que la journée du 10 mai devienne une journée de mémoire pour tous, et pas seulement pour ceux qui seraient directement concernés, c’est-à-dire les descendants d’esclaves ou les Africains de la diaspora. Lorsqu’on parle de Shoah, l’ensemble de la société se sent concerné, pas uniquement la communauté juive. Il devrait en être de même quand il est question de l’esclavage. L’autre défi, c’est de réunir ultramarins et Africains autour d’une mémoire commune. Chez les premiers, l’identité de descendants d’esclaves découle directement de ce passé. Chez les seconds, elle s’est longtemps limitée à s’insurger contre les Occidentaux coupables d’avoir arraché à leur terre les forces vives qui auraient pu faire de l’Afrique un continent prospère. Il est important que ces deux mémoires s’unissent. Elles ne doivent pas permettre qu’on se serve de leurs différences pour les dresser l’une contre l’autre, comme ce fut parfois le cas dans le passé. 

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