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Cet article est issu du dossier «Pétrole : quand les juniors taquinent les majors»

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Économie

Hydrocarbures : poker menteur au Maroc

Pura Vida Energy détient ainsi 75 % de participation sur la licence de Mazagan qui détiendrait selon la société 7 milliards de barils. DR

Pura Vida Energy détient ainsi 75 % de participation sur la licence de Mazagan qui détiendrait selon la société 7 milliards de barils. DR ©

Bénéficiant d’hypothétiques ressources en pétrole et en gaz, le royaume tente d’attirer les sociétés d’exploration à coups de contrats avantageux. Espérant décrocher le gros lot, les juniors jouent le jeu.

Le Maroc intégrera-t-il un jour le cercle fermé des pays producteurs d’hydrocarbures ? Ce vieux serpent de mer défraie périodiquement la chronique, comme ce fut le cas en mai. À l’origine de l’agitation médiatique, cette annonce : le champ offshore de Mazagan, au large d’Essaouira, recèlerait 3,2 milliards de barils de brut. Cette estimation – réévaluée à 7 milliards de barils en septembre – émane de l’australien Pura Vida Energy. Spécialisée dans l’exploration de gisements pétroliers, la société bénéficie d’une licence décernée par l’Office national des hydrocarbures et des mines (Onhym).

Cliquez sur l'image.Un mois auparavant, le britannique Longreach Oil & Gas faisait état de possibles ressources, estimées à 2,1 milliards de barils de pétrole et 28 milliards de mètres cubes de gaz naturel, dans les blocs offshore de Foum Draa et Sidi Moussa.

Emballement

Info ou intox ? « Ces chiffres, qui correspondent à ce qu’on appelle des estimations de « ressources prospectives », sont classiques dans l’industrie pétrolière. Mais ils ne sont en aucun cas des estimations de réserves », clarifie Francis Perrin, directeur de la rédaction de Pétrole et Gaz arabes. L’Onhym prend d’ailleurs soin de tempérer tout emballement, par la voix de sa directrice, Amina Benkhadra. Ainsi déclarait-elle en avril, dans les pages de l’hebdomadaire L’Observateur du Maroc, que l’annonce de Longreach Oil & Gas ne concernait que des « ressources potentielles » résultant des « premières phases d’exploration ».

De là à dire que le Maroc est un miroir aux alouettes, il y a un pas. Pour attirer les entreprises pétrolières, l’Onhym propose des contrats très avantageux : Pura Vida Energy détient ainsi 75 % de participation sur la licence de Mazagan. Les majors ne jugeant pas le Maroc prioritaire – du moins sur le secteur des hydrocarbures conventionnels -, les juniors spécialisées dans l’exploration ont les coudées franches pour répondre à l’appel.

En 2011, les investissements des compagnies d’exploration ont dépassé 100 millions d’euros.

« Leur modèle économique n’est pas tant de produire le pétrole que de découvrir des gisements en limitant le risque, observe Christian Besson, analyste de l’Agence internationale de l’énergie. N’ayant généralement pas de cash pour assurer la production, elles ont donc intérêt à faire « monter la sauce » [en communiquant sur des ressources prospectives prometteuses, NDLR] afin de vendre au mieux tout ou partie de leur licence à une compagnie productrice. »

Patience

Beaucoup d’indépendants auraient prospéré de la sorte, mais seuls des forages concrétiseront ces espoirs. L’Onhym s’arme de patience, sa directrice n’évoquant la possibilité de premiers forages sur le champ offshore de Mazagan qu’à l’horizon 2014, sous réserve que la phase d’exploration s’avère concluante. Pendant ce temps, l’office continue de conclure de nouveaux contrats de partenariat avec des entreprises de l’amont (90 licences étaient attribuées fin octobre, dont 59 offshore). Selon l’Onhym, le total des investissements des compagnies d’exploration pétrolière a atteint l’an dernier près de 1,2 milliard de dirhams (108 millions d’euros).

Le précédent brésilien

Pour nourrir leurs espoirs, les compagnies pétrolières prospectant au large du Maroc ont le regard tourné vers l’ouest. « Leur argument est que la géologie présente au large des côtes du Brésil se retrouve au large de celles d’Afrique », explique Christian Besson, de l’Agence internationale de l’énergie. Par ailleurs, ces couches géologiques renfermant de possibles gisements d’hydrocarbures au large de l’Afrique échappaient jusqu’ici aux techniques d’investigation sismique, car recouvertes d’amas de sel. Un biais surmonté depuis une dizaine d’années par la mise au point de nouvelles techniques d’imagerie 3D, reposant sur l’étude de la réflexion d’ondes acoustiques envoyées dans les couches géologiques. I.Z.

 

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