Économie

Ilyas Moussa Dawaleh : « D’autres institutions ont une meilleure appréciation des défis à relever »

Tout en soulignant les efforts réalisés par la Banque mondiale dans la région, Ilyas Moussa Dawaleh, ministre de l’Économie et des Finances de la République de Djibouti, se félicite de l’arrivée de nouveaux bailleurs…

Mis à jour le 22 mai 2015 à 19:18

Ilyas Moussa Dawaleh Ministre de l’Économie et des Finances de la République de Djibouti. © Vincent Fournier / J.A

Jeune Afrique : La Banque mondiale fait montre d’une volonté de se réformer en interne. Est-ce que vous ressentez cette volonté de changement sur le terrain ?

Ilyas Moussa Dawaleh : Absolument pas ! Je pense que pour l’instant ces réformes concernent essentiellement l’organisation même de la Banque plutôt que son volet opérationnel. Leurs représentants à Djibouti nous ont néanmoins confirmé que certains changements allaient intervenir à plus ou moins long terme. Il semble que la Banque souhaite appliquer une démarche transversale dans la diffusion de son expertise et non plus uniquement sectorielle et régionale comme jusqu’à maintenant.

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C’est-à-dire ?

Un expert de la Banque qui aura réussi sa mission en Amérique latine pourra apporter son expérience à Djibouti sur un secteur peut-être différent. Ce qui peut être un plus pour nos pays, car cela nous donnera l’occasion de voir ce qui se fait ailleurs et d’avoir accès à ce que la Banque a de mieux à offrir en matière d’expertise. Les solutions proposées ne seront plus uniquement africaines.

Comment ont évolué les méthodes de travail de la Banque mondiale ces dernières années ?

En ce qui nous concerne, elles se sont considérablement améliorées suite à la mise en place d’un bureau régional à Djibouti. Je déplore par contre les mouvements permanents et beaucoup trop rapides des experts de la Banque, qui ont donc une vision du pays limitée, surtout lorsqu’il s’agit de secteurs très pointus. Il faut du temps pour connaître nos spécificités. Parfois, cela peut générer une certaine frustration !

Que vous inspire l’arrivée de nouveaux acteurs multilatéraux ?

C’est une très bonne chose pour l’Afrique et le monde en général. C’est important de voir que d’autres banques s’intéressent à notre continent. Les besoins sont immenses, en matière d’infrastructures ou de développement humain, il faut donc avoir accès à davantage de ressources financières. En Afrique, la diversification ne doit pas seulement concerner les économies, mais également s’étendre aux moyens de financer leur développement.

Quelles différences constatez-vous entre les méthodes de la Banque mondiale et celles des autres bailleurs ?

Les Eximbank [banques d’import-export] chinoise ou indienne, par exemple, traitent les dossiers beaucoup plus rapidement. Elles ont, de mon point de vue, une meilleure appréciation du temps et de l’urgence des défis que nous devons relever. Je ne pense pas que ces nouvelles institutions multilatérales soient une menace réelle pour la Banque mondiale. Mais cela va l’obliger à s’adapter en développant une culture du résultat, qui n’était peut-être pas la sienne jusqu’à maintenant. 

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Propos recueillis à Djibouti par Olivier Caslin