Défense

Comment Samir Tarhouni, l’ancien chef de la BAT, a empêché les Trabelsi de quitter la Tunisie en 2011

Devenu directeur général de la formation au ministère de l'Intérieur, le lieutenant-colonel a co © Sophia Baraket/J.A.

Samir Tarhouni, l'ancien patron de la brigade antiterrorisme (BAT) a été l'un des principaux protagonistes du départ de Ben Ali. Retour sur un épisode clé de l'histoire tunisienne récente, dans le cadre de notre enquête sur la BAT.

"Une brute aux allures de bandit" : c’est en ces termes peu amènes que Leïla Ben Ali décrit Samir Tarhouni. L’hommage du vice à la vertu, certainement. L’ancien commandant de la brigade antiterrorisme (BAT) est le grain de sable imprévu qui a fait basculer le destin de la Tunisie et provoqué la fuite du dictateur, le 14 janvier 2011.

Ce vendredi-là, vers 13 heures, le lieutenant-colonel Tarhouni reçoit un appel de son épouse, aiguilleuse du ciel à l’aéroport de Tunis-Carthage. "Les Trabelsi [la belle-famille du président] sont en train de se regrouper. Ils cherchent à fuir."

Son sang ne fait qu’un tour. Lui et ses hommes des forces d’élite de la police sont sous tension depuis trois jours. Au Bardo, au quartier général des unités d’intervention, on redoute l’assaut des émeutiers qui ont déjà brûlé plusieurs commissariats alentour.

Partout dans le pays, les policiers font face au même terrible dilemme : prendre les armes contre les civils pour protéger leurs casernes, ou les laisser s’emparer des armes, une faute passible de la peine de mort pour un officier… culot.

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Le lieutenant-colonel n’est pas le premier venu. Commandant de la BAT depuis 2007, il a le sens de l’honneur et la réputation de ne craindre personne, "seulement Dieu". Sorti de l’académie militaire parmi les premiers de sa promotion, c’est une forte tête.

Il a commencé sa carrière en 1996 au sein du Groupe d’intervention et de protection des personnalités (GIPP), qui relève de la garde présidentielle. Le 3 janvier 2007, c’est lui qui a mené l’assaut contre la maison servant de refuge aux jihadistes du groupe de Soliman.

Un épisode dramatique au cours duquel il perdra l’un de ses hommes, sur une méprise. La demeure désignée par les renseignements n’était pas la bonne. Les jihadistes étaient en réalité réfugiés dans une baraque voisine, ouvrent le feu sur les policiers d’élite.

Ordre est donné à Tarhouni d’interrompre l’intervention. Il n’obtempère pas, et conduit un second assaut qui lui permet de "neutraliser" les derniers terroristes… Ce 14 janvier 2011, Tarhouni est choqué d’apprendre que les Trabelsi vont quitter le pays. Il rassemble ses hommes et les harangue : "Nous devons les arrêter pour leur demander des comptes et éviter un bain de sang entre Tunisiens !"

À 14 h 30, avec un premier groupe d’une douzaine de commandos, il est sur le tarmac. Avec un culot incroyable, il fait croire à ses collègues de la sécurité de l’aéroport qu’il obéit à "un ordre venu d’en haut" (émanant directement de Ben Ali).

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La nouvelle de l’arrestation des Trabelsi atteint très vite le palais de Carthage, où elle déclenche un mouvement de panique. Croyant à une attaque terroriste ou à une tentative de coup d’État, Ben Ali déclare l’état de siège et transfère tous les pouvoirs à l’institution militaire, qui décide d’envoyer les commandos de l’armée pour reprendre le contrôle de la situation.

Tarhouni tente alors le tout pour le tout. Il demande et obtient l’aide de la Brigade nationale d’intervention rapide (BNIR) et de la redoutable Unité spéciale de la garde nationale (USGN), en s’appuyant sur ses fameuses "instructions d’en haut".

Persuadé qu’une terrible conspiration se trame, le général Ali Seriati, chef de la garde présidentielle, explique à Ben Ali qu’il n’est plus en mesure de garantir sa sécurité. À 17 h 47, l’avion du chef de l’État s’envole pour Djeddah.

Avant de remettre ses otages à l’armée, une heure après la fuite du dictateur, Tarhouni, qui craint une volte-face des nouvelles autorités de la transition, fait en sorte que la scène soit filmée et diffusée immédiatement sur les réseaux sociaux.

Les militaires ne pourront plus revenir en arrière, ils ne relâcheront pas les Trabelsi. Et Ben Ali sera dans l’impossibilité de revenir dès le lendemain, comme il en avait initialement l’intention… 

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