Économie

Marchés mondiaux : en 2015, le « Cyclope » broie du noir

Mis à jour le 21 mai 2015 à 09:10

Le rapport annuel du cercle Cyclope, intitulé « Pour qui sonne le glas », pointe la tendance baissière des grands marchés dans un monde marqué par l’instabilité.

Mis à jour le 21/05/2015, à 18H20 CET

« Ce qui a marqué ce rapport Cyclope, c’est bien le glas qui a sonné sur les marchés, aussi bien avec la chute des prix, le contre-choc pétrolier, le ralentissement des pays émergents et les guerres, civiles ou pas », a remarqué d’emblée le professeur Philippe Chalmin, lors de la présentation le mercredi 20 mai du rapport sur les marchés mondiaux qu’il dirige. Devant un parterre d’invités réunis à l’Automobile club de France, place de la Concorde à Paris, plusieurs co-auteurs de cette édition 2015 – ils sont en tout une soixantaine à avoir planché sur ce pavé de près de 800 pages – ont insisté sur le rôle joué par la géopolitique dans la fin de « l’euphorie » sur les marchés de matières premières, agricoles comme pétroliers.

Selon les estimations du rapport Cyclope, en 2014, le prix du blé a été en moyenne de 10 % inférieur au niveau de 2013, le maïs de 32 %, idem pour le caoutchouc. Toujours selon la même source, le cours du pétrole Brent l’an dernier était de 8 % inférieur à la moyenne enregistrée en 2013, celui du minerai de fer en recul de 28 %, celui de l’argent en baisse de 20 %. L’indice global Cyclope des marchés mondiaux affiche un recul de 7,35 % en 2014.

Crise

L’année a notamment été marquée par la guerre en Ukraine (la première annexion d’un pays en Europe depuis la seconde guerre mondiale a souligné le chercheur Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques – IRIS) et par des conflits en Afrique et au Moyen-Orient, à commencer par la progression de l’État islamique, ont souligné les intervenants.

Évoquant les crises qui ont touché la Syrie, l’Égypte ou encore la Libye, Sebastien Abis, chercheur associé à l’IRIS, a souligné que le pourtour méditerranéen était « un bon baromètre de l’état de stabilité de la planète ». Même dans ce contexte tendu, les matières premières et le contrôle de leur accès restent une valeur centrale, a-t-il insisté, observant que l’État islamique s’implantait « autour des grands fleuves (Tigre, Euphrate), des puits de pétrole ou encore des greniers à blé ».

En Asie, ce « glas » a par ailleurs sonné en 2014 pour l’économie chinoise, qui continue de ralentir, ont souligné les économistes. La Chine devrait désormais enregistrer un taux de croissance compris entre 6,5 % et 6,8 %, contre 7,5 % en 2012 et 2013, loin des 10 % des années précédentes.

Climat

Un dernier « glas » géopolitique plane enfin sur l’année 2015, celui du réchauffement climatique. Les Nations unies doivent parvenir à un accord sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans un contexte bien plus compliqué que celui des années 90, a insisté le spécialiste de l’économie du climat Christian de Perthuis.

« La géopolitique du climat a fondamentalement changé, a-t-il déclaré. Les pays développés représentaient 90 % des émissions de carbone au moment de la signature du protocole de Kyoto (1997). Aujourd’hui, ce groupe de pays ne représente plus qu’un tiers des émissions. » La Chine, les grands émergents, mais aussi les Pays les moins avancés et les producteurs d’énergies fossiles comme l’OPEP, le Canada et l’Australie seront donc des acteurs majeurs des négociations prévues cette année.

Perspectives

Le rapport Cyclope se montre de façon générale peu optimiste par rapport à 2015, même s’il estime que « l’hypothèse d’une baisse générale des prix des commodités ne peut être retenue ». Les marchés resteront « à l’affût des moindres aléas climatiques ou géopolitiques », estiment ses auteurs, qui prédisent qu’en 2015, le cours du pétrole (Brent et WTI) devrait être, en moyenne, inférieur de 35 % à celui de 2014, celui du minerai de fer en retrait de 25 %, celui de l’argent en recul de 12 %. Le prix moyen du blé, du coton et du caoutchouc, en 2015, devrait être inférieur de 10 %, 16 % et 12 %, respectivement, au niveau de 2014.