Politique

Libye : comment les migrants sont poussés à traverser la Méditerranée

Des migrants devant le centre de rétention de Misrata.

Des migrants devant le centre de rétention de Misrata. © Mahmud Turkia-AFP

Violences, viols, persécutions religieuses… Un rapport d'Amnesty International démontre que les conditions de vie des migrants en Libye les poussent à tenter la traversée de la Méditerranée.

La "cruauté" et les violences auxquelles les migrants installés en Libye sont confrontés les poussent à tenter la dangereuse traversée de la Méditerranée pour rejoindre l’Europe au risque de leur vie, affirme Amnesty International lundi.

Enlèvements, viols, persécutions religieuses… Les passeurs ont les mains libres depuis que le pays est  tombé dans le chaos, miné par la lutte au pouvoir entre les deux gouvernements et meurtri par les combats, dénonce le rapport "La Libye est pleine de cruauté", paru lundi 11 mai. Conséquences, les départs de clandestins n’ont cessé de s’intensifier depuis les 1 770 km de côtes libyennes

"Les conditions épouvantables pour les migrants, ajoutées à la spirale de l’anarchie et des conflits armés, montrent à quel point la vie est dangereuse aujourd’hui en Libye", souligne Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty. Les violences touchent à la fois les réfugiés et "les communautés de migrants vivant et travaillant depuis des années" dans le pays, souligne Amnesty.

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"Quatre hommes m’ont kidnappé parce qu’ils ont vu que je portais une Bible"

Des migrants également confrontés aux persécutions religieuses. Charles, un chrétien du Nigeria, a raconté à l’ONG avoir été enlevé et violenté à plusieurs reprises par un groupe armé à Zouara en raison de sa religion.

"Ils venaient nous voler notre argent, et nous fouettaient. Je ne peux pas porter plainte auprès de la police en expliquant que je suis chrétien, parce qu’ils ne nous aiment pas… En octobre 2014, quatre hommes m’ont kidnappé, parce qu’ils ont vu que je portais une Bible", a-t-il expliqué.

"Sans moyens légaux pour fuir et rechercher la sécurité, [les migrants] sont contraints de mettre leur vie aux mains de passants qui cyniquement les extorquent, les maltraitent", dénonce ainsi Philip Luther.

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Les femmes victimes de violences sexuelles

Des femmes ont par ailleurs fait état d’abus sexuels. L’une d’elles, originaire du Nigeria, a indiqué à Amnesty en avoir été victime en arrivant à Sebha, à 600 km au sud de Tripoli. "Ils nous ont emmenés quelque part en dehors de la ville, dans le désert, ils ont attaché les mains et les pieds de mon époux à un poteau, et m’ont tous violée sous ses yeux. Ils étaient 11 hommes au total", a-t-elle raconté.

Amnesty s’est par ailleurs élevé contre l’enfermement des clandestins dans des centres de rétention en Libye dans d’horribles conditions. Une femme a ainsi raconté avoir été frappée avec des tuyaux en métal: "Ils ont même frappé une femme enceinte. La nuit, ils venaient dans nos chambres (…) Certaines femmes étaient violées (…) C’est pourquoi j’ai décidé d’aller en Europe".

Manque de moyens

Des responsables libyens, qui dénoncent un manque de moyens pour faire face à l’afflux des migrants, ont fait état de 16 centres de rétention à travers le pays. Ils abritent 7 000 migrants, arrêtés pour entrée illégale ou en tentant de prendre la mer pour l’Europe, et dans l’attente de leur expulsion.

Face à cette situation, Amnesty a exhorté l’Union européenne à lutter contre les passeurs tout en déployant des navires de sauvetage supplémentaires en Méditerranée. L’ONG a également appelé la Tunisie et l’Égypte à assouplir les restrictions à leurs frontières avec la Libye pour offrir un abri aux migrants.

Les côtes libyennes ne sont situées qu’à un peu plus de 300 km de l’île italienne de Lampedusa. Chaque semaine, des centaines de migrants venus d’Afrique, de Syrie ou d’autres zones de conflit tentent de rejoindre l’Europe.

(Avec AFP)

 

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