Société

Belounis : « Je ne suis pas en guerre contre le Qatar, j’ai subi une injustice »

Dans un livre à paraître le 15 mai, Zahir Belounis, bloqué pendant un an et demi au Qatar, a décidé de raconter son calvaire. Écrit en collaboration avec le journaliste Arnaud Ramsay, « Dans les griffes du Qatar » (éditions Robert Laffont) n’épargne ni les anciens employeurs du footballeur franco-algérien, ni la diplomatie française…

Mis à jour le 11 mai 2015 à 17:40

Le footballeur franco-algérien Zahir Belounis retrouve sa famille, le 28 novembre 2013, à Paris. © Francois Mori/AP/SIPA

Jeune Afrique : Quelles sont les raisons qui vous ont décidé à raconter votre histoire dans un livre ?

Zahir Belounis : Je suis rentré en France en novembre 2013. Des personnes m’avaient conseillé de faire un livre. J’ai réfléchi et je me suis décidé à le faire, avec l’aide d’Arnaud Ramsay. Pendant cinq mois, on a beaucoup travaillé pour raconter le calvaire que j’ai vécu là-bas. Je ne suis pas en guerre contre le Qatar, mais ce que j’ai subi est injuste. Je suis une victime, et j’espère que la justice le reconnaîtra, puisque j’ai déposé plainte en France et au Qatar.

Dans votre livre, vous n’épargnez pas la diplomatie française…

J’ai été très déçu par l’attitude des diplomates français, hormis Muriel Poireault, la consule adjointe à Doha, qui s’est beaucoup démenée. L’ambassadeur de l’époque, M. Peaucelle, et le premier conseiller, M. Safa, savaient ce que je vivais, et ils n’ont quasiment rien fait. J’ai compris que c’était en raison des relations économiques entre la France et le Qatar. Mais est-ce une raison pour laisser tomber un ressortissant français ?

Vous égratignez également Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères…

Je l’avais rencontré à Doha en juin 2013, lors de la visite de François Hollande. Et il s’est montré assez méprisant, agacé. Manuel Valls, à l’époque ministre de l’Intérieur, s’était au contraire montré attentif. J’ai compris il y a quelques jours pourquoi lors de cette visite, certains responsables étaient gênés par mon affaire : ils venaient négocier la vente d’avions Rafale par la France au Qatar…

Avec le recul, avez-vous compris pourquoi votre ancien club d’Al Jaish, le club de l’armée, s’est comporté ainsi ?

Parce les dirigeants ne s’attendaient pas à trouver en face d’eux quelqu’un d’aussi déterminé. J’ai déposé plainte pour réclamer mes salaires, et ils ont été vexés. Il y a pas mal de joueurs qui préfèrent se taire, trouver un arrangement ou s’asseoir sur ce qui leur est dû. Pas moi. [Belounis, sous contrat jusqu’au 30 juin 2015, avait un salaire mensuel de 5000 euros, assorti de primes diverses, pouvant faire grimper sa rémunération à 9000 euros, NDLR].

Vous attendez-vous à des réactions hostiles à la sortie de votre livre ?

Oui. Et je n’ai pas tout dit dans le livre, car j’ai une plainte en cours d’instruction. Les Qataris m’ont obligé à mettre un terme à ma carrière. Ils me doivent de l’argent. Ils m’ont fait souffrir, ils ont fait souffrir ma famille, en exerçant des pressions, en faisant du chantage. J’ai été soutenu médiatiquement, mais je pense aussi aux immigrés qui vivent au Qatar, dont certains dans des conditions très dures. J’espère que le système de kafala, qui oblige un étranger désirant quitter le Qatar d’avoir l’accord de son employeur, disparaîtra un jour. De mon côté, je suis en phase de reconstruction. J’ai abandonné le foot, je travaille dans la restauration avec un ami, à Marbella (Espagne), dont je suis désormais l’associé. Une nouvelle vie commence, mais je garderai longtemps des séquelles…