Environnement

Cornes de rhinocéros : un juteux trafic en nette progression

Des rhinocéros dans le parc Kruger, le plus touché par le braconnage en Afrique du Sud. © Issouf Sanogo/AFP

Les rhinocéros, menacés d'extinction, sont traqués par les contrebandiers. Zoom sur un trafic très lucratif.

Année après année, les rapports se mutliplient pour dénoncer les dangers qui le guettent. Mais en 2015, c’est un constat d’échec qui risque de succéder aux cris d’alarmes car la catastrophe pourrait atteindre un point de non retour pour le rhinocéros.

Les derniers chiffres sont alarmants. Le ministère sud-africain de l’environnement a annoncé le 10 mai que le nombre de rhinocéros abattus par des braconniers avait bondi de 18% sur les quatre premiers mois de l’année par rapport à la même période l’an passé. De janvier à avril, 393 animaux ont déjà été tués. Un vrai bain de sang.

Les prises des braconniers connaissent une hausse spectaculaire, comme le démontrent les chiffres publiés par l’Afrique du Sud, où vit 80% de la population mondiale de rhinocéros africains, estimée à 20 000 en Afrique australe.

Manger de la corne de rhinocéros, aussi bénéfique que de manger ses ongles

Des animaux particulièrement recherchés en Asie pour la vertu supposée de leurs cornes. "Elles sont utilisées dans la médecine traditionnelle pour soigner tout un tas de maux, du rhumatisme jusqu’au cancer, cela sert même de remèdes aphrodisiaques", explique à Jeune Afrique Florian Kirchner, chargé de programme "espèces" à l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Des vertus en réalité inexistantes, selon toutes les études scientifiques menées. Les cornes de rhinocéros, commercialisées sous forme de poudre, sont en effet constituées de kératine, la matière qui compose les ongles. En clair, en avaler revient à manger ses ongles, résume Raj Amin de la société zoologique de Londres.

Au-delà de la seule médecine traditionnelle, la corne de rhinocéros est désormais perçue comme un signe extérieur de richesse au Vietnam. Dernière mode en date : la consommer dans des cocktails pour améliorer ses performances sexuelles, mais aussi dans des boissons detox, également utilisées pour venir à bout des gueules de bois les plus tenaces. Là encore, ces propriétés supposées n’ont aucune assise scientifique.

Presque deux fois plus cher que l’or

Conséquence, la demande explose, et la corne se monnaie à prix d’or. En 2013, elle valait 57 000 euros le kilo, soit treize fois plus qu’il y a vingt ans. "Le gramme de corne de rhinocéros est presque aussi cher que la cocaïne. C’est très lucratif", souligne Florian Kirchner.

Un trafic interdit par la convention CITES, mais favorisé par la corruption et l’impunité des trafiquants. "Au Gabon, une personne interpellée avec plusieurs tonnes d’ivoire ou de cornes risque six mois de prison", explique Luc Mathiot, co-directeur de l’ONG Conservation Justice pour le Gabon. "La faiblesse des risques au regard des énormes bénéfices encourage le trafic", poursuit Luc Mathot.

>> Lire aussi : Gabon : Minkébé, dernière frontière sauvage

Dans les poches d’organisations terroristes

Face aux juteux profits, les braconniers se sont professionnalisés. "Nous sommes passés d’un braconnage artisanal à des réseaux criminels avec de gros moyens financiers", assure Florian Kirchner de l’UICN. Des trafiquants par ailleurs armés jusqu’aux dents : "ils ont des armes de guerre, sont équipés de viseurs nocturnes et ont pour certains des moyens aériens de pister les animaux", précise Florian Kirchner.

"Les braconniers sont les petits soldats d’un syndicat criminel international", renchérit Ofir Drori, fondateur du réseau Eagle, organisation basée au Kenya, en lutte contre le trafic animalier. "Arrêter les petits braconniers ne sert à rien, il faut s’attaquer aux grands groupes organisés", poursuit-il.

Ces organisations ont pour certaines été identifiées. En 2011, plusieurs médias anglo-saxons révélaient ainsi qu’une partie du trafic de rhinocéros et d’ivoire arrivait directement dans les poches d’organisations terroristes comme Al-Qaïda ou les shebab somaliens. Des démonstrations qui n’ont visiblement pas encore convaincu la communauté internationale de s’emparer du problème.

>> Lire aussi : Braconnage : l’éléphant d’Afrique menacé de disparaître d’ici vingt ans

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