Vie des partis

France : Jean-Marie Le Pen, la provoc de trop

Jean-Marie Le Pen, président d'honneur du Front national

Jean-Marie Le Pen, président d'honneur du Front national © AFP

Le vieux leader du FN a répété que les chambres à gaz étaient un "détail" de l'Histoire. À ses risques et périls : 67 % des sympathisants du parti français d'extrême droite souhaiteraient son départ.

Mis à jour le 11 mai 19h15.

Suspendu du Front national, Jean-Marie Le Pen a annoncé sur Radio courtoisie qu’il allait "créer une formation qui ne sera pas concurrente du FN." Selon l’ancien président d’honneur du FN il s’agit "d’un parachute contre le désastre, de façon à peser pour rétablir la ligne politique qui est celle qui a été suivie depuis des décennies".

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"Félonie !" éructe Jean-Marie Le Pen. Le vieux trublion de la droite extrême, xénophobe et vichyste, n’a pas de mots assez durs, ce 4 mai, pour qualifier la décision de Marine, sa fille, de suspendre son adhésion au Front national. Il dit avoir "honte" que la présidente du parti porte son nom et souhaite "qu’elle le perde le plus vite possible".

Il promet qu’il se battra "par tous les moyens pour faire rétablir la justice", afin d’empêcher que lui soit retirée la qualité de président d’honneur d’une formation qu’il a créée et dirigée d’une main de fer de 1972 à 2011.

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Estrapade

Le voici dans le rôle de l’arroseur arrosé ! En 1984, il avait répudié Pierrette, sa première femme, qui l’avait quitté. Puis, en 1997, chassé Bruno Mégret, son second de l’époque, et excommunié Marie-Caroline, l’aînée de ses trois filles, lorsqu’elle avait pris le parti de l’exclu.

C’est donc Marine qui lui fait subir aujourd’hui le "supplice de l’estrapade" (dislocation des épaules par pendaison par les bras) qu’il promettait naguère à ses subordonnés désobéissants. Car il a succombé une fois de trop à son péché mignon : la provocation.

Dans un entretien au journal négationniste Rivarol, qui exècre Marine Le Pen, il a répété le 9 avril qu’il considère les chambres à gaz des camps de concentration nazis comme un "détail" de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Il en a même rajouté une couche en jugeant que "l’occupation allemande [de la France] n’a pas été particulièrement inhumaine".

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Patatras ! C’était mettre par terre la ligne "assagie" fixée dès 2011 par Marine. Or celle-ci s’est révélée gagnante puisqu’elle a attiré au FN des suffrages de la droite et de la gauche classiques aux élections municipales et départementales et lui a permis de remporter de nombreux sièges d’élus locaux. La présidente ne pouvait tolérer le risque permanent d’un dérapage du père fondateur.

"Les adhérents du FN m’ont élue avec 100 % des suffrages sur une ligne extrêmement claire qui a toujours été la mienne, et c’est celle-là qu’ils veulent voir appliquer", claironne-t-elle. Autrement dit, le pouvoir ne se partage pas. Et au Front national moins qu’ailleurs.

Sondage

Jean-Marie Le Pen condamné au supplice sur la place publique par sa propre fille ? Sur un plan strictement familial, ça fait désordre. Mais politiquement, c’est une autre histoire. Un sondage Ifop pour Dimanche Ouest-France réalisé en ligne du 8 au 10 avril (avant donc le grand déballage père-fille) auprès d’un échantillon représentatif de 982 personnes âgées de plus de 18 ans, selon la méthode des quotas, montre que 67 % des sympathisants du FN souhaitent le départ de Jean-Marie, 7 % s’y déclarant opposés et 26 % étant indifférents.

Audience

Un tel départ "pourrait permettre au parti d’élargir son audience dans la mesure où 17 % des 80 % d’électeurs qui n’ont voté Front national ni à la présidentielle ni aux européennes pourraient ainsi être incités à le faire", commente l’Ifop. Apparemment, 5 % de ces 80 % y seraient même "tout à fait incités", ce qui représente quand même 4 % de l’ensemble du corps électoral. "Une marge de progression non négligeable", commente l’institut de sondages.

Pour pasticher la formule prêtée au protestant Henri de Navarre, qui n’avait pas hésité à se convertir au catholicisme pour devenir le roi Henri IV : Paris vaut bien un parricide. De là à qualifier la guéguerre familiale de "coup médiatique" en vue des régionales du mois de décembre, il y a un pas difficile à franchir.

Entre une fille qui veut le pouvoir coûte que coûte et un père qui assène que si "de tels principes moraux devaient présider l’État français, ce serait scandaleux", les ponts semblent totalement coupés. 

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