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Karim Bernoussi, le PDG d’Intelcia, à Casablanca, organise une fois par mois un « café matin » au cours duquel il rencontre une vingtaine de salariés tirés au sort. © Alexandre Dupeyron/J.A.

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Emploi & Formation : les ressources humaines, aux petits soins pour les salariés

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Matthew Gribble, PageGroup : « Les groupes africains sont de plus en plus exigeants vis-à-vis de leurs dirigeants »

Spécialisé dans le recrutement de managers, le cabinet britannique PageGroup se réorganise en Afrique. Objectif : satisfaire les besoins, toujours plus élevés, des entreprises du continent.

Mis à jour le 12 mai 2015 à 12:05

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Emploi & Formation : les ressources humaines, aux petits soins pour les salariés

En Afrique, 2014 a été une année de profond changement pour le britannique PageGroup (anciennement Michael Page) : le cabinet de recrutement de managers a unifié le pilotage de l’ensemble de ses activités sur le continent. Basé à Dubaï, Matthew Gribble supervise désormais, en plus de Johannesburg, les bureaux de Paris et Casablanca. Pour Jeune Afrique, le nouveau patron Afrique et Moyen-Orient de PageGroup présente sa stratégie pour les années à venir et décrypte les évolutions du marché.

Propos recueillis à Genève par Julien Clémençot

Jeune Afrique : Depuis novembre, vous dirigez l’ensemble des activités africaines de PageGroup. Auparavant, l’Afrique francophone était pilotée depuis Paris. Pourquoi ce changement ?

Matthew Gribble : C’est une manière de mieux définir les responsabilités des différents bureaux. Doté de 14 collaborateurs, celui de Casablanca consacre l’essentiel de son temps au Maghreb. Celui de Paris, où nous avons une dizaine de collaborateurs, se concentre sur l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest. Johannesburg, dont le bureau compte 40 salariés, couvre le reste de l’Afrique subsaharienne, et notamment l’Afrique de l’Est. Pour compléter ce dispositif, nous sommes en train de créer une petite équipe à Dubaï et nous cherchons à développer davantage de synergies avec notre bureau de Londres.

PageGroup JA2833Développer l’activité africaine à Londres, c’est une nouveauté ?

Nous le faisions déjà. C’est la fréquence et l’intensité des échanges qui changent. La forte présence du groupe sur le marché britannique est un argument pour mieux faire connaître les services que nous offrons en Afrique.

Cela traduit-il des ambitions au Nigeria ?

Le Nigeria est évidemment un pays à fort potentiel, et Londres est une place importante pour l’industrie pétrolière. Mais cela va au-delà. Cela illustre notre volonté de développer l’ensemble de nos activités sur le continent.

Allez-vous ouvrir de nouveaux bureaux en Afrique ?

C’est une possibilité que nous envisageons. Lagos, Nairobi et Le Caire constituent les objectifs les plus évidents, que nous continuons d’étudier.

Quelle est l’importance de l’Afrique pour PageGroup ?

C’est une petite partie de notre activité, mais elle offre une rentabilité identique à la moyenne du groupe. Nous avons des milliers de concurrents sur ce marché, mais très peu d’entre eux offrent les mêmes services, que ce soit en matière de couverture géographique ou de qualité de processus de recrutement. C’est la force d’un groupe qui est présent dans 36 pays à travers le monde. Nous investissons beaucoup pour avoir cette présence globale. Cela correspond à une demande des multinationales, notamment sur les marchés émergents. Et encore plus en Afrique qu’ailleurs.

La chute des matières premières influe-t-elle sur votre niveau d’activité ?

Ces dernières années, de manière assez évidente, le secteur des mines a moins recruté. Depuis six mois, avec la baisse du prix du baril, nous observons la même chose pour les entreprises pétrolières. Mais les sociétés des secteurs des biens de consommation, de l’éducation, de la santé, des infrastructures, du transport, de la banque et de l’assurance voient quant à elles leurs besoins augmenter. En 2014, nous avons connu une croissance soutenue, supérieure à 10 %. Les chiffres sont confidentiels, mais ce fut une année record pour nos bureaux de Casablanca et de Johannesburg. Notre effort porte maintenant sur le développement d’une approche panafricaine.

Les multinationales constituent-elles encore la majorité de vos clients ?

Non, ce n’est plus le cas. Les groupes locaux sont de plus en plus exigeants vis-à-vis de leurs dirigeants et sont donc plus attentifs à la qualité du recrutement. La moitié des 1 000 recrutements que nous avons faits l’an dernier, c’était pour des entreprises africaines. Multinationales et entreprises locales recrutent-elles de la même façon ? Comme les multinationales, les entreprises africaines recherchent maintenant des collaborateurs qui sont au fait des meilleures pratiques à l’échelle mondiale. La différence intervient surtout au niveau des procédures de recrutement. Pour les groupes locaux, le processus de décision est encore très centralisé. Même pour le management intermédiaire, il n’est pas rare que le directeur général procède aux derniers entretiens de sélection.

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Les meilleurs profils sont-ils encore dans les diasporas ?

Pas nécessairement. Toutefois, pour les postes qui réclament une grande technicité, avec une expérience dans une multinationale, les réservoirs de candidats restent localement limités. Nous plaidons auprès des clients pour étendre la recherche à l’ensemble du continent, en y ajoutant les marchés internationaux si nécessaire.

Y a-t-il au sein des entreprises une préférence pour les candidats résidant hors d’Afrique ?

C’est variable. Certaines entreprises se focalisent sur l’expérience internationale, quand d’autres considèrent qu’il est plus important de recruter une personne qui a une réelle connaissance du marché local.

Arrivez-vous à travailler dans les pays qui imposent une préférence nationale pour le recrutement ?

Cela n’empêche pas l’embauche d’étrangers, si vous apportez la preuve que vous ne pouvez pas trouver localement les profils recherchés. La seule condition est d’organiser ensuite le transfert de compétences vers des collaborateurs locaux. Les pays africains ne sont pas les seuls à recourir à ces politiques, c’est aussi le cas des États du Golfe. Il y a pourtant beaucoup d’étrangers qui y travaillent. 

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