Économie

Burkina Faso : le patron de la Banque de l’Habitat entendu par la gendarmerie

Le directeur général de Banque de l’Habitat, la principale institution dédiée au financement de logements sociaux au Burkina Faso, est soupçonné de détournements et de malversations. Pierre Zerbo pourrait être déferré devant les juges cette semaine, selon les informations recueillies par « Jeune Afrique ».

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Mis à jour le 12 mai 2015 à 10:40

Le directeur général de la Banque de l’Habitat, arrêté le jeudi 7 mai, est toujours entendu par les gendarmes qui le soupçonnent de malversations et de détournements portant sur plusieurs milliards de F CFA, rapporte l’AFP. Selon une source sécuritaire contactée par Jeune Afrique, Pierre Zerbo a été dénoncé par des « individus qui l’accusent d’avoir octroyé des prêts à des clients – sans doute importants – au mépris de la procédure bancaire », notamment sans le contrôle du conseil d’administration présidé par l’ancien secrétaire général du ministère de l’Économie, le conseiller économique Tibila Kaboré, ou d’avoir dépassé les seuils fixés. Des soupçons concernant le versement de pots-de-vin entourent ce dossier « délicat et difficile à démêler », selon la même source.

L’enquête en cours vise donc à déterminer si le directeur général a commis une faute de gestion ou s’il a commis des infractions d’ordre pénal.

Son déferrement devant les juges pourrait intervenir dans les jours à venir. Pierre Zerbo avait été interpellé dans les locaux de la Banque de l’Habitat à Ougadougou avec sept autres cadres, relâchés aussitôt après quelques heures d’interrogatoire par la compagnie de gendarmerie de la province de Kadiogo.

Contacté par Jeune Afrique, Tibila Kaboré assure que l’arrestation de Pierre Zerbo ne gêne aucunement le fonctionnement de la Banque. « On a reçu un coup de marteau », admet-il toutefois, avouant ne pas être au courant des chefs d’accusations qui pèsent contre son collaborateur. L’assemblée générale des actionnaires, tenue le mercredi 6 mai, veille de l’arrestation de Pierre Zerbo, avait pourtant approuvé les comptes de l’exercice 2014.

Actionnariat

Fondée en 2005, la Banque de l’Habitat du Burkina Faso, au capital de 5 milliards de F CFA, est détenue par l’État à 49,57 % et à 25 % par des investisseurs privés, parmi lesquels figure la femme d’affaires Alizèta Ouedraogo, belle-mère de François Compaoré, le frère cadet du président déchu Blaise Compaoré. Le reste de l’actionnariat est constitué par des institutionnels tels que la Banque mondiale et la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina.

Bras financier de la politique de logements sociaux du gouvernement burkinabè, l’établissement est actif dans le financement des opérations d’acquisition de logements, de viabilisation de terrains et de production de matériaux locaux de construction. Dixième des douze banques actives au Burkina Faso, la Banque de l’Habitat a enregistré un total de bilan de 56,36 milliards de F CFA en 2014.

Par Nadoun Coulibaly, à Ouagadougou