Politique

Burundi : le gouvernement lie la contestation à « une entreprise terroriste »

Le gouvernement burundais a accusé samedi les auteurs des attaques à la grenade qui la veille ont tué deux policiers à Bujumbura d’être liés à la contestation contre un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza et a promis de stopper des manifestations qualifiées d' »entreprise terroriste ».

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Mis à jour le 2 mai 2015 à 16:54

Manifestation, le 1e mai 2015 à Bujumbura, contre un éventuel troisième mandat de Nkurunziza. © Simon Maina/AFP

Les auteurs "ont utilisé des grenades et des fusils, nous les lions à ceux qui disent manifester" à Bujumbura, car "ils considèrent la police, qui est en train de ramener la paix et la sécurité, comme leur ennemie", a dénoncé le ministre de la Sécurité publique, le général Gabriel Nizigama.

"On ne savait pas que ces manifestations cachaient une entreprise terroriste", a ajouté le général Nizigama, dans un enregistrement vidéo en langue nationale kirundi, diffusé devant la presse, promettant que "les tueurs" seraient arrêtés.

"La police, en collaboration avec l’armée du Burundi, va tout mettre en oeuvre pour arrêter ce soulèvement", a-t-il assuré: "dès aujourd’hui nous ne verrons plus des manifestants, mais des malfaiteurs, des terroristes et même des ennemis du pays".

Trois personnes, dont deux policiers, ont été tuées dans une double attaque à la grenade, suivie de tirs d’armes automatiques vendredi vers 19H30 à Kamenge, quartier périphérique nord-est de la capitale Bujumbura, selon un nouveau bilan de la police. Quasi-simultanément un grenade a été lancé contre des policiers dans le centre-ville.

Au total, 17 personnes dont 13 policiers ont aussi été blessés dans les deux attaques, selon la police.

Des observateurs doutent que des jeunes participant aux manifestations aient pu mener ces attaques, notamment celle de Kamenge, véritable opération commando dans un quartier épargné par la contestation, selon le récit fait à l’AFP par un témoin.

Centre ville interdit aux manifestants

Le centre-ville est lui totalement interdit aux manifestants, contenus par la police dans les quartiers périphériques. Depuis dimanche dernier, le mouvement de contestation, émaillé de violents affrontements avec la police, agite la capitale burundaise en réaction à la désignation de M. Nkurunziza par son parti comme son candidat à la présidentielle prévue le 26 juin.

Les protestataires estiment inconstitutionnel un troisième mandat de M. Nkurunziza, élu en 2005 et réélu en 2010, ce que nient ses partisans, livrant une interprétation différente de deux articles de la Constitution.

Le général Nizigama a également accusé l’opposition et la société civile, d’aider "les manifestants en leur donnant des vivres, de l’argent et même dans la confection de leurs plans d’action".

"Nous demandons à la justice de les arrêter et de les juger pour que notre pays retrouve la paix et la sécurité, pour que les élections puissent avoir lieu (…) dans la paix et la sécurité", a insisté le ministre.

Les attentats de vendredi sont survenus peu après que le Collectif contre un 3e mandat, qui regroupe un millier d’associations de la société civile et les deux centrales syndicales du pays, ait annoncé une trêve de deux jours des manifestations. Il a appelé le président Nkurunziza à "en profiter pour réfléchir" et "à renoncer" à sa candidature d’ici lundi.