Économie

Aerolia, le fournisseur tunisien d’Airbus

Entourée de ses fournisseurs, la filiale d’EADS fabrique une partie du fuselage des Airbus A320 à El-Mghira, au sud de Tunis. Reportage sur un parc aéronautique qui fonctionne en vase clos.

Mis à jour le 11 janvier 2013 à 08:56

Chez Mecahers Aerospace, fournisseur de pièces élémentaires. © Ons Abid/JA

Le site de production est entouré d’une clôture. Vu de l’extérieur, il a un air de camp retranché lorsque à la pause les ouvriers passent les mains au travers des grilles pour acheter sandwichs et provisions. Depuis trois ans, c’est dans ce lieu entièrement sous douane, au sud de Tunis, qu’Aerolia, filiale du numéro deux mondial de l’aéronautique et de la défense, EADS, fait fabriquer une partie du fuselage des Airbus A320.

Tout le monde ou presque l’ignore, mais c’est ici, dans le gouvernorat de Ben Arous, que la Tunisie trouve jour après jour une nouvelle vitrine pour son savoir-faire. Sur 20 ha, le parc aéronautique d’El-Mghira réunit dans une même zone industrielle tous les fournisseurs directs d’Aerolia, propriété à 100 % d’EADS. Au total, environ 120 millions d’euros ont été investis pour sa construction, dont 52 millions directement supportés par la filiale du groupe européen.

Aerolia2 Ons-Abid-JAUne délocalisation qui ne dit pas son nom ? « Pas du tout, assure Alphonse San Emeterio, directeur administratif et financier d’Aerolia Tunisie. Depuis l’annonce de notre arrivée, le groupe a recruté 800 personnes en France et y a investi 380 millions d’euros pour répondre à l’augmentation de sa charge de travail. » La maison mère ne manque pas de perspectives : le carnet de commande d’Airbus, filiale d’EADS, est plein pour les sept prochaines années.

Dans un grand hangar, une trentaine d’ouvriers découpent, façonnent, trempent puis ajustent de petites pièces d’aluminium qui serviront notamment à renforcer les grandes plaques utilisées en bout de course par Aerolia. Nous sommes chez Mecahers Aerospace, l’une des six PME françaises implantées à El-Mghira.

Le site accueille aussi Figeac Aéro (pièces dites élémentaires), Mecaprotec (traitements de surfaces), Mecanyvois (mécanique générale et outillages aéronautiques), Corses Composites aéronautiques (matériaux composites) et SFTL, une coentreprise entre le français Blondel et le tunisien Socotu, qui assure le transport des productions, le stockage des pièces, la gestion du transit douanier et, in fine, la préparation de l’expédition vers la France des morceaux de fuselage à partir du port de Radès. Prochaine étape, l’implantation de l’allemand ThyssenKrupp, qui fabriquera sur place les tôles et feuilles d’aluminium nécessaires à Aerolia.

Toutes ces entreprises sont installées de part et d’autre d’une voie privée d’environ 300 m montant vers l’usine principale. « Le fait d’être implanté au même endroit facilite la communication et la logistique », souligne Alain Robert, responsable de Mecahers Aerospace. « Nous sommes presque en totale autonomie. C’est le gage d’une bonne réactivité », confirme Ouassim Berraies, directeur général d’Aerolia Tunisie. Un impératif pour EADS, qui doit livrer chaque mois 44 Airbus à ses clients.

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Dans l’usine d’Aerolia, construite sur 10 000 m2, 120 salariés se relaient en permanence pour ajuster les parties inférieures du fuselage allant du cockpit jusqu’aux réacteurs. Quasiment toutes les tâches sont exécutées manuellement, contrairement aux chaînes de montage de l’industrie automobile. En dépit de la taille imposante de certains éléments, la précision des opérations est inférieure au millimètre. Et c’est grâce à un pont roulant capable de soulever 3,5 tonnes que la barque (partie inférieure du fuselage) équipée de son plancher sort finalement du hangar. Auparavant, un technicien aura procédé aux ultimes contrôles pour vérifier rivets, soudures et joints d’étanchéité. Essentiel pour des pièces qui, en vol, doivent assurer la pressurisation de la cabine et encaisser une amplitude thermique de 80°C entre l’intérieur et l’extérieur de l’appareil.

Dans l'usine d'Aerolia, 120 salariés se relaient en permanence. © Ons Abid/JACette qualité de travail est garantie par le passage des salariés de l’usine par le centre de formation mis en place par l’État tunisien. Recrutés à des niveaux allant du CAP au BTS, tous effectuent un cycle de six mois intégrant, entre autres, une phase d’alternance puis une période d’immersion en entreprise. Un système qu’il a néanmoins fallu réviser en profondeur pour répondre aux exigences de l’industriel européen. « Le niveau s’améliore, mais nous sommes conscients que nous devons continuer d’y veiller », reconnaît Ouassim Berraies. Le président tunisien, Moncef Marzouki, a été directement informé de ces difficultés lors de sa visite à El-Mghira, en mars.

Les questions liées au personnel demeurent au centre des préoccupations de la filiale d’EADS et de ses partenaires. Pour preuve, c’est le seul dossier qui fasse l’objet d’une gestion globale impliquant toutes les entreprises du parc, sur lequel 1 000 emplois ont déjà été créés et où 500 nouvelles embauches sont prévues avant la mi-2014. Le sujet est tellement sensible que Jeune Afrique n’a pas été autorisé à interroger directement les ouvriers d’Aerolia sur leurs conditions de travail. Deux ans après la révolution, un bras de fer avec les représentants syndicaux fait figure d’épouvantail. Pour désamorcer tout risque de conflit social, Ouassim Berraies a d’ailleurs créé un comité consultatif réunissant employés et membres de la direction de l’usine d’Aerolia. Pour l’heure, l’ambiance est officiellement au beau fixe.