Société

Célibataires africaines et fières de l’être !

Le célibat en Afrique n'est pas toujours chose facile © Glez

Rencontre avec des femmes qui, malgré la pression de sociétés globalement conservatrices, ont décidé que mieux valait être seule que mal accompagnée.

Elle est passée en coup de vent à Paris. Une escale de vingt-quatre heures avant une semaine de vacances à Dubaï. Mariée à 26 ans, divorcée deux ans plus tard, Cécilia, 31 ans, dit savourer son célibat. Traits fins de Peule et yeux de biche, elle en égrène les avantages : "Sauter dans un avion quand le coeur m’en dit, ne pas rendre de comptes ni m’inquiéter des réactions de l’autre…"

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Cette mère d’une fillette de 4 ans décrit aussi un épanouissement professionnel. Malienne, consultante dans une agence des Nations unies à Bamako, la jeune femme se réjouit de pouvoir partir au pied levé pour une structure où les missions urgentes et imprévues sont monnaie courante. Et Cécilia n’est pas une exception : sa vie est peu ou prou celle de la bande de copines et de collègues qu’elle fréquente. Célibataires elles aussi, elles appartiennent toutes à des classes sociales aisées et ont fait le choix de s’assumer.

Marabout

Le célibat, Cécilia l’a expérimenté deux fois. D’abord, à son retour au pays en 2009, après des études en France. C’était difficile à vivre : les rappels à l’ordre ; les filles du voisinage citées en exemple. "On vous fait bien comprendre que le mariage, c’est la consécration suprême pour une jeune femme. Ne pas se marier, c’est admettre qu’on ne vaut rien."

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Cécilia a franchi le pas en épousant l’amour de ses années parisiennes. Depuis qu’elle est divorcée, elle vit ce deuxième célibat sans pression : moins de remarques assassines, plus de conseils attentionnés. Au moins, elle l’a "fait une fois". Il faut aussi dire que les divorces augmentent et se banalisent au Mali. Publiée en février 2014, une étude de l’Observatoire des droits humains et de la paix (ODHP) malien a recensé plus de 200 divorces par semaine (soit plus de 10 000 par an) dans le seul district de Bamako.

Pour l’indulgence, la journaliste sénégalaise Maïnouna S. devra encore attendre. Chaque fois qu’elle en a l’occasion, sa mère lui rappelle son âge canonique (35 ans),avant d’asséner cet argument massue, traduit du wolof : "La beauté de la femme, c’est le mariage ; une femme qui n’est pas mariée est un être incomplet." La jeune femme a pris le parti d’en sourire, mais regrette qu’au Sénégal tout tourne autour du couple : "À un certain âge, la femme doit être mariée, un point c’est tout. Plus encore si elle prétend être une bonne musulmane."

Elle se moque aussi des hommes mariés qui la courtisent, persuadés de lui faire une faveur.

Maïmouna s’amuse des conseils des uns (des virées chez le marabout pour "se laver le corps" et attirer les hommes) et des insinuations des autres (n’est-elle pas lesbienne ?). Elle se moque aussi des hommes mariés qui la courtisent, persuadés de lui faire une faveur. Maïnouna en convient : dans une société aussi conservatrice que la société sénégalaise, ses exigences et son rejet de la polygamie ne lui facilitent pas les choses, mais elle ne veut pas transiger.

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Aux malins qui attirent son attention sur l’emballement de l’horloge biologique, elle oppose l’absence de désir d’enfant. "Peut-être que ça viendra dans trois ans et je n’exclus pas de faire un enfant seule, même si ma mère est atterrée à cette idée." Au Cameroun, elles sont légion, les célibataires qui osent s’assumer. Avocates, médecins ou femmes d’affaires, elles se réunissent au sein d’associations féminines diverses qui, sans nécessairement mettre en avant le statut de célibataire de leurs membres, n’en organisent pas moins des manifestations qui leur sont consacrées.

Un besoin de se trouver entre soi qui tient sans doute au peu de considération que la société leur accorde : la femme célibataire est affublée de différents noms, souvent synonymes de prostituée. Obsession. Les Warriors, elles, refusent d’être ainsi stigmatisées. Célibataires endurcies ou divorcées, pharmaciennes, décoratrices ou sans emploi, les membres de ce groupe constitué au lycée dans les années 1990 n’ont qu’une obsession : prouver qu’elles n’ont pas besoin de mari pour exister.

Solidaires, elles se retrouvent une fois par mois pour discuter de leurs problèmes, se filer des tuyaux et user de leurs réseaux pour décrocher des marchés publics. Celles qui se vantent de disposer des trois V (villa, voiture, virement bancaire) justifient leur célibat par la recrudescence des mariages intéressés. Selon elles, dans certains milieux, il faut avoir un certain pedigree, être une fille de ministre ou d’un ancien DG pour se voir proposer une bague de fiançailles.

Ex-assistante médicale reconvertie dans l’événementiel à Brazzaville, la Congolaise Dorah, 30 ans, qui dit avoir elle-même mis un terme à sa relation avec le père de ses deux enfants, n’est pas loin d’éprouver des regrets. Ce célibat, elle affirme désormais le subir un peu. Et c’est en partie la faute de la société congolaise, qui considère qu’une jeune femme, même si elle a fait des études supérieures, ne quitte pas papa-maman tant qu’un homme n’est pas venu "l’honorer", c’est-à-dire lui demander sa main.

Solitude et injustice

Pour Dorah, le célibat a un prix, celui de la solitude et de l’injustice. En particulier depuis qu’elle entretient une relation avec un homme marié. En attendant de trouver mieux, Dorah fait contre mauvaise fortune bon coeur, se répétant qu’être célibataire sans enfants aurait été bien pire encore. Certes, des âmes bien-pensantes essaient souvent de jouer les entremetteurs, mais en vain.

Opter pour l’un des quelques clubs de rencontre qui existent à Brazzaville, quoique de manière complètement officieuse ? Elle n’y pense même pas. La spécialiste de l’événementiel qu’elle est se verrait bien organiser plutôt des speed datings.

Mais elle doute encore de la capacité de ses compatriotes à y participer pour de bonnes raisons. "Les hommes mariés ou en couple pourraient s’inscrire pour s’amuser et tourner en dérision la démarche." Pas sûr d’ailleurs que ça marche. Dans cette société particulièrement pieuse, les filles préfèrent se tourner vers les Églises de réveil pour trouver la perle rare. 

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