Politique

Burkina Faso : quand le Balai citoyen interpelle Annick Girardin

Le rappeur Smockey et le chanteur de reggae Sams K. Le Jah, du Balai citoyen, le 2 décembre 2014. © Ahmed Yempabou Ouobay/AFP

Annick Girardin, secrétaire d’État française au Développement et à la Francophonie, a tenu à rencontrer des responsables de la société civile lors de sa visite au Burkina Faso, du 25 au 27 avril. Ces derniers n'ont pas hésité à lui faire part de leurs inquiétudes, en particulier au sujet du code électoral.

Ce lundi 27 avril, dans le cadre majestueux de la résidence de France de Ouagadougou, Annick Girardin, la secrétaire d’État française au Développement et à la Francophonie, recevait à déjeuner les responsables de la société civile burkinabè. Au premier rang desquels les militants du mouvement burkinabè le Balai citoyen. Autour d’une grande table recouverte d’une nappe blanche et de mets délicieux, face à une délégation française en costume-cravate, le chanteur Smockey, cheveux en bataille et T-shirt noir, ou encore Sam Ska le Jah et ses dreads, détonent quelque peu. Et c’est un dialogue franc qui va s’engager, loin des circonlocutions diplomatiques de circonstance.

Au cœur des préoccupations des "cibals" et "cibelles" (membres du Balai citoyen) : le code électoral excluant des élections les anciens soutiens de Blaise Compaoré, dont ils craignent qu’il soit édulcoré sous la pression de Paris. Annick Girardin le répète dès qu’elle le peut : elle veut appuyer les organisations de la société civile et les organes de la presse africaine de sorte qu’ils constituent un vrai contre-pouvoir. Mais, comme les autres représentants français, elle a répété, au cours de sa visite au Burkina Faso, y compris après son entretien avec le président Michel Kafando, qu’elle espérait des élections "transparentes et inclusives" en octobre. Et c’est, bien sûr, ce dernier qualificatif qui inquiète les militants.

Démocratie ou exclusion ?

L’entrée était à peine servie que Claude Wetta lance le débat. "Il faut faire en sorte que tous ceux qui ont soutenu le projet de Compaoré soient mis de côtés", dit le secrétaire exécutif du réseau national de la lutte anti-corruption (Ren-lac). Et Luc Marius Ibriga, le contrôleur général d’État, de l’appuyer : "La France est la première à vouloir que l’on applique la charte africaine de la démocratie. Mais quand on veut le faire au Burkina Faso, on parle d’exclusion…"

Me Guy-Hervé Kam, porte-parole du Balai citoyen, développe l’argumentaire. "L’ancien président ne serait jamais allé aussi loin sans soutiens, y compris des députés. C’était compréhensible, car ils y trouvaient leur intérêt. C’est pourquoi, désormais, il faut que ce genre d’aventure devienne un risque politique. Cela passe par des sanctions."

Les meilleures institutions ont toujours été conçues dans le cadre de transitions, tranche Guy Hervé Kam.

De son côté, Annick Girardin s’emploie à rassurer ses interlocuteurs. "Il n’y a aucune ingérence de notre part", assure-t-elle. Mais l’ambassadeur de France insiste sur la nécessité d’éviter des discours "clivants", menaçant la concorde nationale. Ce que ce dialogue très ouvert souligne, progressivement, c’est aussi une différence d’approche sur ce que doit être la transition en cours au Burkina Faso. Pour Paris, la priorité est à la stabilité du pays et à l’organisation rapide d’élections qui rétabliront l’ordre constitutionnel. Mais pour certain militants de la société civile, rien ne presse : la tentation est grande de prolonger cette expérience pour mettre en œuvre des réformes profondes et irréversibles.

Réformes institutionnelles

"Personne ne nous dit que ceux qui vont prendre le pouvoir à l’issue de ces élections vont faire les réformes nécessaires", s’inquiète ainsi Guy Hervé Kam. Lui plaide pour des lois qui garantissent l’indépendance de la justice et des autorités électorales. "Les meilleures institutions ont toujours été conçues dans le cadre de transitions", poursuit-il.

"À vous écouter, on pourrait parfois penser que vous craignez que le résultat des élections n’aillent pas dans votre sens", s’interroge Girardin. "Nous n’avons pas peur du résultat de ces élections, répond Guy Hervé Kam. Mais le problème, c’est que, quand un président est tout puissant, cela représente toujours un risque avec le temps". Les militants Burkinabè ont-ils été entendus ? Ces échanges vifs n’ont en tout cas pas effacés les sourires, des deux côtés.

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