Politique

Arabie saoudite : 5 choses à savoir sur Mohammed Ben Nayef, le nouveau prince héritier

Mercredi 29 avril, le Prince Mohammed Ben Neyef a été nommé ce mercredi nouveau Prince héritier © Hassan Ammar/AP/SIPA

Le roi d’Arabie Saoudite Salmane el Saoud a annoncé mercredi un grand remaniement du gouvernement, le deuxième depuis son intronisation à la mort du roi Abdallah, en janvier dernier. Dans le même temps, il a remplacé le prince héritier, Moqren, fils de son prédécesseur, par son propre neveu, le prince Mohammed Ben Nayef. Qui est cet ex-businessman devenu ministre de l’intérieur, déjà désigné comme "l’homme fort du royaume" ?

  • Membre du puissant clan des "Soudayri"

Dans la dynastie des El Saoud, rivalités claniques et pouvoir politique s’imbriquent étroitement. Le prince Mohammed Ben Nayef, né le 30 août 1959, appartient au clan le plus puissant du pays, celui des Soudayri. Il s’agit de la branche la plus populaire et la plus puissante des El Saoud, qui prend le nom de Hasa Bint el Soudayri, épouse du roi Abdel Aziz, fondateur du royaume, à qui elle a donné sept fils dont le roi Salmane et Nayef, le père du prince héritier Mohamed.

Troisième homme le plus puissant d’Arabie Saoudite, Nayef Ben Abdelaziz occupe dès 1975 le poste de ministre de l’Intérieur. C’est seulement en 2012, à sa mort, que son fils, Mohamed Ben Nayef lui succède et prend le même portefeuille. S’il accède un jour au trône, il sera le premier petit-fils du roi Abdel Aziz à gouverner le royaume.

  • Formé par le FBI et Scotland Yard

Après des études élémentaires à Riyad, le prince s’envole pour les États-Unis où il étudie au Lewis & Clark College. Si l’ambassade saoudienne rapporte qu’il a obtenu un diplôme en sciences politiques en 1981, l’université américaine, elle le dément formellement. Le prince saoudien aurait bien étudié au Lewis and Clark College à la fin des années 70 mais il n’aurait jamais obtenu son diplôme, rapporte le Time dans son édition du 30 janvier 2015.

Le prince a, quoiqu’il en soit, préparé son avenir au ministère de l’Intérieur en se formant auprès du FBI pendant deux ans, de 1985 à 1988. Puis, il passe par Scotland Yard où lui sera dispensée une formation de lutte anti-terroriste de 1992 à 1994. Depuis son entrée en fonction comme ministre de l’’Intérieur, il n’a cessé de travailler au rapprochement entre le royaume et les États-Unis, en multipliant les collaborations en matière de lutte anti-terrorisme. Il a notamment appelé à créer "un tunnel de sécurité" entre les deux pays pour faciliter l’échange d’informations. Après la rencontre de Ben Nayef avec Barack Obama en 2013, le World Tribune rapporte qu’un diplomate américain avait résumé : "Il est le prince le plus moderne et le plus pro-américain du royaume"   

  • Maître de la lutte anti-terroriste

Resté discret, c’est en 2003 alors que l’Arabie saoudite est frappée par les attaques d’Al-Qaïda, que le prince Mohammed Ben Nayef entre réellement en scène. En tant qu’assistant du ministère de l’Intérieur, il coordonne une campagne anti-terroriste qui combine une approche traditionnelle répressive, et une approche nouvelle, dite  de "réinsertion". Alors que les arrestations de suspects se multiplient, le prince ordonne l’ouverture de deux centres de réhabilitation, à Riad, et à Jeddah (Ouest). Destinés aux ex-jihadistes repentis, les centres qui portent le nom du prince Mohammed dispensent des cours de théologie, de culture générale ou encore des prêches religieux. Parallèlement, il met en place un programme régional de lutte anti-terroriste.

Si l’on attribue le démantèlement d’Al-Qaïda dans le royaume en grande partie à sa politique de fer, l’Arabie saoudite n’en a pas terminé avec le terrorisme. Pour preuve, l’annonce récente, rapportée par l’AFP, de l’arrestation de 93 jihadistes sur le territoire saoudien. Et dans les pays voisins, la menace est toujours très aigüe. Au Yémen, où Al-Qaïda était très implanté, le prince a renforcé la coopération directe avec les tribus. Le mouvement terroriste, traqué et délogé, s’est alors réfugié dans des zones tribales du Yémen au sud, donnant naissance à Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) en 2009. Le nouveau prince héritier a également encouragé et organisé l’entrée en guerre de l’Arabie saoudite au Yémen, dans le cadre de l’opération "Tempête décisive", convaincu que le président Abd Rabbo Mansour Hadi perdait le contrôle du pays. Par ailleurs ces derniers mois, le royaume a dû fortifier puissamment sa frontière nord avec l’Irak, pour se protéger de l’État islamique qui n’a pas caché sa volonté de s’emparer de La Mecque et de Médine.

>> Lire aussi : Yémen : les raids aériens de l’Arabie Saoudite se poursuivent

  • Rescapé de quatre attentats

Son engagement contre le terrorisme lui a déjà valu quatre tentatives d’assassinat depuis 2004. La troisième en date a marqué les esprits. En 2009, un jihadiste yéménite, Abdullah Hassan El Assiri, avait pris contact avec le prince en se faisant passer pour un jihadiste repenti désireux d’intégrer l’un de ses centres de réinsertion. Après s’être introduit dans le palais du prince, il s’est fait exploser. Ben Nayef, blessé, est apparu le lendemain soir à la télévision, les doigts de la main gauche bandés et a déclaré : "Il m’a surpris en se faisant sauter à côté de moi. Cela accroît encore plus ma détermination à lutter contre le terrorisme dans le royaume".

  • Favori de l’opinion

Son courage, sa discrétion, et son efficacité dans la lutte anti-terroriste sont très appréciés dans le royaume. Interrogé en 2010 par le Middle East Journal, Thomas Hegghamer, professeur et spécialiste de l’islam politique à Princeton explique : "Il a la réputation d’un homme discret, aimable, et généreux".

Relativement jeune par rapport aux autres dirigeants du pays – 55 ans -, le prince joue la carte de la modernité en se montrant accessible et disponible. "Beaucoup pensaient qu’il agirait comme n’importe quel autre prince, ne travaillerait pas, serait seulement passif, resterait à se reposer et à regarder ce qu’il se passe autour de lui sans vraiment rien faire", raconte Saud al Sarhan, expert de l’islamisme. Et d’ajouter : "Au contraire, j’ai été surpris de voir à quel point il s’est investi dans la lutte contre le terrorisme."

Apprécié des diplomates occidentaux qui vantent son travail en matière de sécurité et sa coopération, loué par la majorité des Saoudiens pour ses qualités, Mohamed Ben Nayef est bien la pièce maîtresse du règne du roi Salmane. Qui ne s’y est pas trompé en le haussant au rang de n°1 dans l’ordre de succession au trône.

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