Energie

Maroc : objectif soleil

Peaufinant son image de pionnier de l'économie verte, le pays s'est associé à Solar Impulse. Le premier avion solaire expérimental, piloté par le Suisse Bertrand Piccard, a décollé de Rabat le 21 juin pour Ouarzazate. © Abdelhak Senna/AFP

Le plan marocain prend corps. Techniciens et bailleurs de fonds sont au rendez-vous, et le chantier de la première centrale solaire commence à Ouarzazate. Mise en service programmée en 2015.

Le départ de Mustapha Bakkoury de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), en juin 2009, fut une surprise. Sa nomination par Mohammed VI, le 30 décembre suivant, à la tête de la naissante Agence marocaine pour l’énergie solaire (Masen) fut tout aussi inattendue. « Tout ce que je connais du soleil, c’est qu’il fait chaud ! » confiait alors l’ancien banquier au ministre de l’Intérieur de l’époque, Chakib Benmoussa. Lequel lui répondit : « Cela doit être largement suffisant pour faire l’affaire. » Sa mission : entreprendre les études techniques et financières pour la mise sur les rails et la conduite d’un programme solaire, sur lequel le très ensoleillé royaume lui-même avait peu d’expertise.

Gadget onéreux

Ses détracteurs y voyaient un gadget onéreux, ses promoteurs un pari audacieux. Trois ans plus tard exactement, alors que la demande en électricité du pays progresse d’environ 7 % chaque année, le plan solaire marocain est en tout cas devenu un pilier de la politique énergétique du royaume, un vecteur majeur de son image « verte » à l’international et un générateur d’investissements de plusieurs milliards de dollars. Outre les préoccupations de production d’énergie d’origine solaire, l’agence doit également intervenir sur l’intégration industrielle et régionale, sur les volets de recherche et développement (R&D) et de formation, ainsi que sur la recherche de financements extérieurs pour limiter l’impact économique sur les ménages.

Cliquez sur l'image.Premier contrat

Fin septembre, la Masen a attribué au consortium composé du saoudien Acwa Power International (95 %) et des espagnols Aries Ingeniería y Systemas et TSK Electronica y Electricidad (5 %) le contrat pour la conception, le financement, la construction, l’exploitation et la maintenance de la centrale de Ouarzazate, qui constitue aussi le premier contrat de production indépendante d’électricité (pour vingt-cinq ans) du plan solaire marocain. Première tranche du complexe de Ouarzazate, qui aura à terme une puissance de 500 MW, cette centrale solaire à concentration est dotée d’une capacité de stockage d’énergie de trois heures (pour couvrir la pointe de consommation entre 19 heures et 22 heures) et d’une puissance de 160 MW, qui correspond aux besoins en électricité d’une agglomération de 1 million d’habitants, comme celle de Marrakech.

Les travaux commencent, pour une mise en service prévue début 2015, avec un prix du kWh en heure de pointe remis par le consortium à 1,62 dirham (DH, 15 centimes d’euro). Les 7 milliards de DH du projet sont cofinancés par le groupe allemand KfW, la Banque européenne d’investissement et la Banque africaine de développement, rejointes en novembre par l’Agence française de développement, à hauteur de 100 millions chacune, ainsi que par le Clean Technology Fund (150 millions), la Commission européenne (30 millions) et le ministère allemand de l’Environnement (15 millions). La Banque mondiale (153 millions) financera le différentiel entre le prix d’achat par la Masen et son prix de revente à l’Office national d’électricité (ONE).

Des centrales du même type doivent être réalisées sur les quatre autres sites retenus : Aïn Beni Mathar (400 MW), dans l’Oriental, qui accueille déjà une première centrale hybride solaire-gaz, Foum el-Oued (500 MW), Boujdour (100 MW) et Sebkha Tah (500 MW) dans le sud du pays. À partir de 2020, date d’entrée en service de tous ces complexes (qui couvriront une superficie de 10 000 ha), le Maroc devrait disposer d’une puissance installée en énergie solaire de 2 000 MW (soit une production annuelle de 4 500 GWh, qui équivaudra à 14 % de sa capacité électrique). De quoi économiser environ 1 million de tonnes équivalent pétrole et 3,7 millions de tonnes de CO2. 

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