Politique

Présidentielle burkinabè : la veuve de Sankara, dernière chance des sankaristes ?

Les mouvements sankaristes burkinabè tenteront-ils un coup de poker, en désignant la veuve de Thomas Sankara candidate à la présidentielle d’octobre ? Ou le coup de théâtre se révèlera-t-il un coup d’épée dans l’eau ?

Mis à jour le 16 avril 2015 à 12:37

Est-il incongru qu’une ex-première dame se retrouve sur le fauteuil jadis occupé par son mari ? Officiellement dans la course à l’investiture démocrate, pour la présidentielle américaine de 2016, Hillary Rodham Clinton tentera de démontrer le contraire. Si l’ancienne secrétaire d’État a rongé son frein depuis 2001, date du départ de son mari de la Maison-Blanche, c’est un exil de 28 ans que s’est imposé la veuve de l’ancien président burkinabè Thomas Sankara, assassiné en octobre 1987.

Comme le saxophoniste Bill Clinton, le guitariste "Thom Sank" a laissé une image positive sur le continent africain. Le second est même considéré comme le Che Guevara de l’Afrique. Un capital d’idolâtrie que pourrait exploiter la mère de ses deux fils. Et si, en 2016, la première présidente burkinabè félicitait la première présidente américaine ?…

La première-première dame du rebaptisé Burkina Faso revient. Après un séjour burkinabè aussi court que triomphal, à l’occasion de la commémoration des 20 ans de l’assassinat de son mari, l’épouse Sankara évoque maintenant un retour définitif au pays des hommes (et donc des femmes) intègres. Une résidence qui pourrait rimer avec engagement politique.

Cartes à jouer

Selon les derniers sondages – qui sont aussi les premiers – parus à Ouagadougou, aucun candidat ne serait en position de remporter 30% des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle du 11 octobre prochain. La discrète Mariam Sankara a-t-elle vraiment des cartes à abattre, dans la perspective du scrutin ?

Première carte : celle de l’unité des sankaristes. La mouvance est divisée entre plusieurs partis politiques et l’obédience est régulièrement représentée par 3 ou 4 candidats. Malgré la popularité théorique du sankarisme – au regard des tee-shirts et autocollants à l’effigie du héros national -, l’émiettement des voix ne permet pas à Me Bénéwendé Sankara, président de l’Union pour la renaissance/Parti sankariste (UNIR/PS), de recueillir un dixième des intentions de vote. Les 25 et 26 avril prochains, une convention des forces sankaristes évoquera la désignation d’un(e) candidat(e) unique à la présidentielle. Madame Sankara sera-t-elle le ciment du sankarisme ?

Deuxième carte à jouer : celle de l’affect. Si Thomas Sankara est aujourd’hui une icône romantique, la légitimité de l’hymen pourrait valoir pertinence politique. L’émotion que suscitera notamment la possible exhumation de la présumée dépouille de son mari portera-t-elle les cœurs vers les urnes ?

"Balai citoyen", jeunesse et sankarisme

Troisième et quatrième carte : celles de la féminité et de la jeunesse. Comme dans tous les pays où la loi de la nature a été respectée, les femmes burkinabè sont légèrement plus nombreuses que les hommes. Si une phallocratie largement assumée a plombé nombre de carrières politiques féminines, un storytelling savant séduira-t-il une majorité de cette majorité ? Quant à la jeunesse traditionnellement abstentionniste – ou trop jeune pour voter aux précédents scrutins –, recevra-t-elle des consignes de vote de stars comme les artistes leaders du "Balai citoyen" ? Smockey et Sam’s K le Jah ne font mystère ni de la volonté d’impartialité politique de leur mouvement, ni de leur sympathie pour les idées sankaristes.

Mais si elle est tentée par l’aventure, Mariam Sankara devra mettre les mains dans le cambouis polémique, en ne se limitant pas à réclamer la justice pour son défunt mari.

>> Retrouvez ici tous les dessins de Damien Glez