Société

Mali : quand les mausolées des saints de Tombouctou ressuscitent

La pose symbolique de la première pierre de la reconstruction des mausolées, le 8 avril. © Baba Ahmed

Trois ans après la destruction des mausolées de Tombouctou, classés au patrimoine mondial de l'Unesco, la "Ville aux 333 saints" a entamé leur reconstruction. Et renoué avec une partie de son identité millénaire. Reportage.

"L’invasion des profanateurs de sépultures". Si le titre (français) d’un célèbre film américain de 1956 représente assez mal l’intrigue qu’il est censé annoncer, il pourrait en revanche aller comme un gant à la tragédie vécue par Tombouctou entre avril 2012 et janvier 2013. Meurtres, pillages, destructions… La ville du nord du Mali a payé un lourd tribu aux terroristes d’Aqmi, d’Ansar Eddine ou du Mujao, unis dans une ferveur aussi destructrice que barbare.

Dès le 4 mai 2012, la tombe de Cheikh Sidi Mahmoud Ben Amar, importante figure de la fin du XVe et du début du XVIe siècle, faisait les frais de la vindicte jihadiste. En dix mois d’occupation, pas moins de 14 mausolées de saints – sur les 16 inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco – seront ainsi entièrement rasés. Personne n’imaginait que moins de trois ans après la première profanation, les tombeaux emblématiques de la "Ville aux 333 saints" seraient en bonne en voie d’être tous reconstruits.

Le 8 avril dernier, une délégation de diplomates africains et occidentaux, conduite par des responsables de l’Unesco qui finance les travaux, pose la première pierre de la reconstruction du mausolée de Cheikh Sidi El Mikki. Dans un pays encore en crise, l’acte est doublement symbolique. "D’abord, il y a la volonté politique de remettre en état ce que les esprits obscurantistes ont détruit. Ensuite, il s’agit de rassembler toutes les communautés de Tombouctou autour des valeurs fédératrices que sont les mausolées des saints et l’islam soufi. À Tombouctou, la religion passe avant le communautaire. De ce point de vu là, l’islam est un lien très fort qui unit les gens", explique Alboukhari Ben Essayouti, directeur de la mission culturelle de Tombouctou.

Proches d’Allah et de son prophète

Les travaux, qui avaient commencé en réalité plus d’un mois avant le 1er avril, sont déjà bien avancés. "Aux moins trois des quatorze mausolées sont presque fini et n’attendent plus que le crépissage, les portes et  les fenêtres", explique Alassane Hassey, le superviseur général des travaux. Une nouvelle qui semble bien contenter Sidi Yahiya, enseignant et habitant de Tombouctou, qui vient rendre visite aux mausolées chaque vendredi. "L’architecture est vraiment très bonne, ça répond exactement aux normes, à ce qui a été recommandé, à ce que nous nous voulions", se réjouit-il.

Objectif : terminer la reconstruction des mausolées avant la saison des pluies, qui débute en juillet.

Comme lui, les habitants de la ville sont nombreux à visiter les mausolées tous les lundis, jeudis et vendredis, considérés comme des jours saints. "Pour eux, ces saints, figures d’hommes très érudits, sont proches d’Allah et de son prophète Mahomet. C’est pour cela qu’ils viennent", explique Baba Ahmed El Kounti, gardien du mausolée de Cheick Sidi Ahmed ben Amar.

Et bientôt, l’ensemble des mausolées sera à nouveau accessibles aux fidèles. "Nous avons réussi à mobiliser près de 3 millions de dollars sur les 11 millions que nous recherchons pour faire un programme global pour la ville d’une durée de quatre ans", explique Lazare Eloundou, chef du bureau de l’Unesco à Bamako. Objectif de la première tranche des travaux : terminer la reconstruction des mausolées avant la saison des pluies, qui débute en juillet.

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