Droits de l’homme

RDC – José Makila : « On ne peut pas entasser des Congolais comme des rats dans une fosse commune »

L'opposant congolais José Makila, président de l'ATD. © DR

Plus de 50 députés de l'opposition ont déposé dimanche une motion de défiance contre Évariste Boshab, vice-Premier ministre en charge de l'Intérieur. Selon eux, sa responsabilité serait engagée dans l'affaire de la fosse commune de Maluku. Quatre questions à José Makila, initiateur du vote qui devrait avoir lieu mercredi.

Nouveau rebondissement dans l’affaire de la fosse commune de Maluku. Un mois après "l’enterrement collectif" de 421 personnes dans le cimetière de cette banlieue nord-est de Kinshasa, l’opposition n’est toujours pas convaincue par les explications des autorités. Dimanche 19 avril, une cinquantaine de députés ont ainsi déposé une motion de défiance contre Évariste Boshab, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur.

Quelques jours après la découverte de la fosse commune, ce dernier était pourtant passé devant l’Assemblée nationale pour répondre aux préoccupations des députés. Sans convaincre, si l’on en croit la motion de défiance initiée par le député José Makila, ancien gouverneur de l’Équateur et président de l’Alliance des travaillistes pour le développement (ATD, opposition).

Jeune Afrique : Pourquoi initier une motion de défiance après les explications données par le gouvernement sur la fosse commune de Maluku ?

José Makila : Tout simplement parce que, dans ses explications devant les députés, le vice-Premier ministre Boshab a été tellement superficiel que plusieurs questions sont restées sans réponses : pourquoi la loi en vigueur n’a pas été scrupuleusement respectée ? Pourquoi la Croix-Rouge n’a pas été contactée, associée ? Pourquoi ce sont les gardes républicains qui ont procédé à l’inhumation ? Quelle est l’identité de ces indigents enterrés ? Pourquoi les avoir inhumés la nuit ?

Une enquête indépendante est nécessaire pour élucider l’affaire de la fosse commune de Maluku.

Nous estimons donc qu’une enquête indépendante ou internationale est nécessaire pour élucider cette affaire. D’autant que nous n’avons pas confiance en celle qui a été ouverte par le parquet général, lequel répond aux injonctions du ministère de la Justice.

Concrètement, en quoi la responsabilité du ministre pourrait être engagée dans cette affaire ?

Il n’y a jamais eu de communiqué officiel pour informer la population sur l’imminence d’un enterrement collectif de 421 personnes dans une fosse commune. Cela aurait permis à chacun de passer à la morgue centrale pour vérifier s’il s’y trouvait un membre de famille.

Pis, c’est la manière dont cette inhumation a eu lieu qui choque. On ne peut pas entasser des compatriotes comme des rats dans une fosse commune. Aucune loi ne l’autorise en RDC ! Mais le ministre est venu devant l’Assemblée nationale pour défendre cette pratique, prétextant qu’il s’agissait d’une habitude. Si c’en était vraiment une, pourquoi les autorités de la ville de Kinshasa ont-elles enterré aujourd’hui [20 avril] des gens dans des cercueils et dans des fosses séparées ?

Explications d’Adré Kimbuta, gouverneur de Kinshasa, avant "l’enterrement collectif" du 20 avril 2015.

Les autorités affirment en effet que ces "enterrements collectifs" ont toujours eu lieu depuis l’époque coloniale…

La législation congolaise en vigueur interdit d’enterrer les gens dans des fosses communes.

Le texte de 1919 stipule que dans les zones urbaines, les fosses doivent être séparées de 30 cm. Et dans des zones rurales, c’est un mètre de distance par fosse. La législation congolaise en vigueur interdit donc d’enterrer les gens dans des fosses communes. En plus, il faut avoir un certificat de décès avant de procéder à une inhumation. Ce qui n’a pas été respecté lors de l’enterrement de ces 421 personnes à Maluku. Il y a eu violation de la loi.

Le ministre Boshab estime par ailleurs que la législation en matière funéraire en RDC est "obsolète" et invite les députés à la faire évoluer. Que lui répondez-vous ?

Ministre de surcroît, constitutionnaliste de son état, Évariste Boshab ne peut pas dire que "la loi est obsolète". En plus, il a été président de l’Assemblée nationale (2009-2012). Sachant que la législation en matière funéraire était dépassée, pourquoi n’a-t-il pas proposé une nouvelle loi ?

Qu’à cela ne tienne, l’initiative même de la loi appartient concurremment aux parlementaires – députés ou sénateurs – et aux membres du gouvernement. Comme c’est l’exécutif qui se trouve sur le banc des accusés, pourquoi Boshab n’a-t-il toujours pas présenté un projet de loi pour faire évoluer la législation funéraire ? Celle-ci n’est d’ailleurs pas la seule à dater de l’époque coloniale dans notre arsenal juridique. Elle doit donc être respectée et appliquée comme telle, tant qu’elle n’a pas été abrogée.

>> Lire aussi : Tshisekedi dénonce les "escadrons de la mort" de Kabila

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