Immigration

UE – Afrique : comment lutter contre le drame des migrants en Méditerranée ?

| Par Jeune Afrique
Un des 27 survivants du naufrage qui a fait plus de 800 morts, le 20 avril à Catane, en Italie.

Un des 27 survivants du naufrage qui a fait plus de 800 morts, le 20 avril à Catane, en Italie. © Alessandra Tarantino/AP/SIPA

L’Union européenne tient jeudi un sommet extraordinaire pour répondre en urgence aux drames des migrants en Méditerranée. Quelles sont les pistes avancées ?

Renforcer Triton

Avant le sommet extraordinaire de jeudi 23 avril, l’Union européenne a d’ores et déjà adopté lundi un plan d’action en dix points qui prévoit notamment le doublement des moyens pour la mission de surveillance maritime Triton.

Cette opération de surveillance qui a remplacé Mare nostrum est beaucoup plus modeste dans ses objectifs et son financement (2,9 millions d’euros par mois de budget abondés par l’Europe contre 9 millions apportés par l’Italie précédemment) et ses moyens (deux avions, un hélicoptère, sept navires et soixante-cinq officiers).

Certains gouvernements néanmoins doutent de l’efficacité à long terme de ces mesures, pourtant ardemment réclamées par les organisations humanitaires.

>> Lire aussi : pourquoi l’immigration en Méditerranée est devenue un drame global

Pourchasser et punir les passeurs

Le problème n’est pas celui du contrôle des mers, mais bien la mise hors d’état de nuire des passeurs, ces nouveaux "esclavagistes", y compris par le biais d’actions militaires ciblées, avait indiqué dimanche le chef du gouvernement italien Matteo Renzi.

Les milices qui font la loi en Libye, y compris des groupes extrémistes comme Ansar Asharia, gagnent de l’argent avec ce trafic. Soit en l’organisant soit en percevant des paiements des trafiquants lorsqu’ils passent par les territoires qu’elles contrôlent.

"Il n’y a pas un gouvernement efficace en Libye pour limiter la traite des êtres humains ou même assurer un contrôle minimum des frontières", souligne Issandr El Amrani, directeur Afrique du Nord à Crisis Group. "Il est donc devenu beaucoup plus facile pour les trafiquants d’acheminer les migrants à travers le pays sans police ou l’armée pour les arrêter", précise-t-il.

Les trafiquants opèrent dans le cadre de réseaux, les "migrants remis d’un trafiquant à un autre jusqu’à ce qu’ils se retrouvent sur un bateau". "Il arrive que les transferts, qui ont lieu dans le désert, ne se produisent pas et les migrants sont alors abandonnés" à leur sort. Certains se perdent et meurent de soif. "Les tragédies ne se produisent pas seulement en mer", souligne Issandr El Amrani.

Pour le géopolitologue Karim Bitar, "les immigrés deviennent une marchandise" aux yeux des trafiquants. Ils "sont pris en otage dans cette guerre des milices et paient le prix lourd du vacuum sécuritaire".

Dans ce contexte, l’Italie a indiqué lundi qu’elle étudiait la possibilité d’"interventions ciblées" contre les passeurs en Libye.

Développer les "visas humanitaires"

Pour les organisations d’aide aux migrants, dont la Croix-Rouge italienne, il faut remettre l’humanitaire au centre du débat. Car, "on peut fermer une route de migrants, y compris en Libye, mais une autre s’ouvrira ailleurs", a expliqué devant la presse son président Francesco Rocca.

>> Lire aussi : ce que l’on sait des circonstances du naufrage qui a fait plus de 800 mort

La communauté catholique Sant’Egidio, très impliquée en Italie dans l’aide aux migrants, estime qu’il faut accepter de traiter sur place les demandes des réfugiés, qui ne sont pas des clandestins, en créant des "desks humanitaires" au Maghreb ou au Liban, qui procèderaient à un "premier screening" des immigrés et les aideraient à obtenir des "visas humanitaires" pour l’Europe. Une solution que les gouvernements européens ont déjà refusé par  le passé.

S’attaquer aux causes profondes de l’immigration

Avant 2011, l’écrasante majorité des migrants provenaient des pays de l’Afrique subsaharienne comme le Niger, le Soudan, la Somalie, l’Érytrée, l’Éthipie, du Ghana, mais aussi le Cameroun et le Gabon.

La plupart d’entre eux passaient plusieurs mois, voire des années à travailler en Libye dans des conditions difficiles, le temps de gagner le prix de la traversée vers l’Europe, entre 1 000 et 2 000 dollars. Après la chute du régime Kadhafi et la multiplication des conflits au Proche-Orient, en particulièrement en Syrie, la Libye est aussi devenue le pays de transit de ceux qui fuient la guerre.

Aujourd’hui, "ce n’est pas un hasard si un grand nombre des migrants traversant la Méditerranée sont originaires de pays déchirés par des conflits comme la Syrie, la Palestine (Gaza en particulier), l’Érythrée, ou le Mali", souligne Issandr El Amrani.

Il estime que l’Europe devrait s’attaquer "aux causes profondes de la migration, qui ne sont pas seulement la pauvreté ou le manque d’opportunité, mais de plus en plus, les conflits qui ont engendré d’importantes populations de réfugiés". Bref, une coopération plus poussée avec les pays de départ des migrants s’avère de plus en plus indispensable.

(Avec AFP)
 

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